Revue de presse
« Dans une tribune publiée dans Le Monde du 31 août 2011, Claude Lanzmann s’est élevé contre une « action néfaste » imputée au ministère de l’Education nationale et aux éditeurs de manuels scolaires. « Une circulaire, parue dans le Bulletin officiel n° 7, de septembre 2010 […], insistait sur la nécessité de supprimer le terme « Shoah » des manuels scolaires », écrivait l’écrivain et cinéaste. […]
La polémique est antérieure cet article. En juillet, le journaliste et écrivain Guy Konopnicki signait une tribune sur le Net, « Le nouvel enseignement du mépris ». L’ancien porte-parole du comité de soutien à Catherine Pederzoli (enseignante suspendue quatre mois pour manquements professionnels) dénonçait « une circulaire recommandant de remplacer le mot « Shoah » par « anéantissement » ». Et reprochait à l’éducation nationale de « refuser un traitement trop singulier, trop juif, ce qui revient à réduire la dimension singulière de l’événement à sa durée et à son ampleur ». […]
« Le terme « Shoah » n’est pas présent dans l’intitulé du programme, reconnaît le ministère, mais la Shoah est enseignée en CM2, 3e et 1re ». « C’est un devoir d’histoire et une exigence morale avec laquelle je ne transige pas, a rappelé le ministre de l’éducation, Luc Chatel, le 1er septembre. Il n’y a aucune instruction concernant le choix des mots. » […]
« Le mot « Shoah » n’apparaît que dans le programme de CM2, instauré en 2008″, rappelle Annette Wievorka. L’historienne ne minimise pas l’importance du « débat sur la terminologie », qui remonte aux années 1970. « L’enseignant est libre d’utiliser le terme qui lui semble adéquat, souligne-t-elle. Et s’il est un bon enseignant, il expliquera son choix, et laissera ses élèves libres d’opter pour l’un ou l’autre mot. » « Le mot « Shoah » n’est pas tabou à l’école, confirme Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah. Les pays anglo-saxons parlent d' »holocauste »; pour ma part, j’utilise « Shoah », mais aussi « destruction », comme Raul Hilberg [historien, auteur de La Destruction des juifs d’Europe]. » […]
Mais le « noeud du problème est la méconnaissance du nazisme », explique [Iannis] Roder, [historien, formateur au Mémorial de la Shoah], avec un déficit de formation de beaucoup d’enseignants. Et pour cause : il n’existe pas de chaire d’histoire de la Shoah en France, et peu de cours spécialisés à l’université. « Les politiques visant les juifs et les Tziganes relèvent de deux logiques très différentes », relève-t-il, et « les coupler dans l’intitulé du programme n’aide pas à leur compréhension ». « Les Tziganes, comme les juifs, ont été « tués en famille », mais les procédures conduisant à la mort des Tziganes sont radicalement différentes de celles menant à la mort des juifs », précise Annette Wieviorka.
Les éditeurs dénoncent une « polémique incompréhensible ». « Nous n’avons eu connaissance d’aucune consigne ministérielle, répète Sylvie Marcé, présidente du Syndicat national de l’édition. Tous les manuels comportent le mot « Shoah » dans les pages de cours ou dans les glossaires ». «

