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« Elisabeth Badinter, mauvaise conscience de la gauche » (E. Conan, Marianne, 15 jan. 16)

Revue de presse

« L’objectif et la méthode » du « concept militant d’islamophobie » : « accorder à l’islam un statut dérogatoire lui épargnant la mise au pas qu’ont subie judaïsme et christianisme. Depuis trente ans, droit et pouvoirs publics font plus montre d’islamophilie que d’islamophobie. »

« Il y a ceux qui font semblant de ne pas l’avoir entendue. Et ceux qui font semblant d’avoir entendu autre chose. «Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe !» [Lire Elisabeth Badinter : « Je ne veux pas qu’on me ferme la bouche avec l’islamophobie » (marianne.net , 6 jan. 16) (note du CLR).] C’est clair. Elisabeth Badinter a rompu le ronron d’une commémoration interminable, plus suivie par les médias que par les Français, qui ont boudé Johnny, Hollande et cette répétition d’hommages tournant en rond. Ils se lassent des grandes phrases automatiques qui noient le poisson.

Elisabeth Badinter a osé s’attaquer à cet interdit de l’«islamophobie» d’autant plus indiscutable que mal défini […].

Lâcheté des élites qui a laissé les islamistes et leurs alliés assimiler l’islamophobie au racisme pour «fermer le bec de toute discussion sur l’islam», explique Elisabeth Badinter qui veut trancher ce nœud coulant idéologique. «A partir du moment où les gens auront compris que c’est une arme contre la laïcité, peut-être qu’ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses.» En quelques phrases sont résumés l’objectif et la méthode du concept militant d’islamophobie ainsi que son résultat, en grande partie atteint : accorder à l’islam un statut dérogatoire lui épargnant la mise au pas qu’ont subie judaïsme et christianisme. Depuis trente ans, droit et pouvoirs publics font plus montre d’islamophilie que d’islamophobie.

Et, depuis trente ans, Elisabeth Badinter est la mauvaise conscience de la gauche, principale responsable de cette régression. «La laïcité, devenue synonyme d’islamophobie, a été abandonnée à Marine Le Pen. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche.» [Lire Elisabeth Badinter : « Trahie par la gauche » (Marianne hors-série, fév. 15) (note du CLR).] Dans les années 80, la philosophe se faisait accuser d’«ethnocentrisme» par Jack Lang parce qu’elle combattait l’acceptation de la polygamie et de l’excision alors prônée à gauche au nom du respect de la différence. Elle alertait sur l’installation du communautarisme, «cette idée que tous les rituels culturels ou religieux, y compris les plus intégristes, sont respectables et doivent être respectés». Elle dénonçait le sabotage d’une tradition universaliste portée depuis un siècle par la gauche. Pourquoi ? Hier, «par manque de courage». Aujourd’hui, «par électoralisme». Comment ? Par le «déni : pour avoir la paix, on pense qu’il suffit de nier les problèmes».

L’intimidation à l’islamophobie clôt tout débat. Il y a treize ans, les Territoires perdus de la République, recueil de témoignages d’enseignants révélant l’ampleur de l’antisémitisme d’importation musulmane, avaient été qualifiés d’«islamophobes». Aujourd’hui, et malgré ce qui s’est passé, Charlie Hebdo subit toujours la même accusation. Cette escroquerie est aidée par des sociologues pensionnés par le CNRS qui ont inventé le concept de «musulman facilitateur d’islamophobie», l’attribuant à Malek Boutih, Mohamed Sifaoui, Soheib Bencheikh, Abdennour Bidar, aux militantes algériennes des droits de la femme en exil à Paris, et plus généralement aux musulmans appelant à un islam respectant les droits de l’homme. Elle profite aussi de la paresse des médias acceptant de se faire enfumer par des associations islamistes qui dressent des «statistiques» d’«actes islamophobes» incluant des condamnations pour entreprise terroriste, des expulsions d’imams antisémites, des fermetures de salles de prière illégales et des provocations contre la loi sur les signes religieux à l’école, elle-même qualifiée d’islamophobe…

Mais, comme le disait Charb, ces militants œuvrant à l’islamisation font moins peur que les idiots utiles qui leur donnent du crédit [« J’ai moins peur des extrémistes religieux que des laïques qui se taisent » Charb, président du jury, lors de la remise du Prix de la Laïcité, le 8 octobre 2012 à l’Hôtel de ville de Paris. Voir VIDEO Charb : « J’ai moins peur des extrémistes religieux que des laïques qui se taisent » (Prix de la Laïcité, 8 oct. 12) (note du CLR).]. Outre le Parti socialiste, qui les reçoit rue de Solferino, le comble est la légitimité que leur apporte le très officiel Observatoire de la laïcité, dont le premier réflexe a été de donner une interview à ces manipulateurs pour répliquer à Elisabeth Badinter. Cet Observatoire qui n’observe rien est présidé par Jean-Louis Bianco, lequel avait étrenné sa sinécure en expliquant qu’«il n’y a pas de problème de laïcité en France» [Lire Jean-Louis Bianco (président Observatoire de la laïcité) : « La France n’a pas de problème avec sa laïcité » (Le Monde, 26 juin 13) (note du CLR).] tout en appelant ensuite avec le Parti socialiste au «développement de l’enseignement confessionnel musulman» [Lire Observatoire de la laïcité : des propositions angéliques, cosmétiques, voire antilaïques (J. Glavany, P. Kessel, F. Laborde, 15 jan. 15), Observatoire de la laïcité : des propositions contestées par trois de ses membres (AFP, nouvelobs.com , 15 jan. 15), « L’Observatoire de la laïcité est-il encore crédible ? » (Ufal, 20 jan. 15) (note du CLR).]… Il a laissé son second produire un tweet indigne sur la philosophe, cette fine équipe pensant avoir ainsi identifié l’ennemi principal du moment. Pour se désolidariser de cette dinguerie, trois des membres de l’Observatoire de la laïcité, l’ancien ministre socialiste Jean Glavany, la sénatrice radicale de gauche Françoise Laborde et l’ancien grand maître du Grand Orient Patrick Kessel ont suspendu leur participation à cet organisme qui dépend de… Matignon ! Manuel Valls, qui considère que «l’islamophobie est le cheval de Troie des salafistes» [Lire Valls : « L' »islamophobie » est le cheval de Troie des salafistes » (nouvelobs.com , 31 juil. 13) (note du CLR).] et dit vouloir défendre la laïcité, pourrait commencer par là : trancher clairement entre la gauche Bianco et la gauche Badinter [Lire « La gauche cannibale » (E. Conan, Marianne, 22 mai 15), « Laïcité, trente ans de démissions » (E. Conan, Marianne, 27 juin 14) (note du CLR).]. »

Lire "Elisabeth Badinter, mauvaise conscience de la gauche".


Lire aussi le communiqué de Jean Glavany, Patrick Kessel et Françoise Laborde Un petit monsieur qui s’attaque à une grande dame (J. Glavany, P. Kessel, F. Laborde, 11 jan. 16) (note du CLR).

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