« Une situation qui fait aujourd’hui de Ghazi Béji le premier candidat au statut de réfugié politique de la Tunisie post-révolution. »
« Sans cette image d’une vilaine blessure au torse, les quelques photos prises d’étape en étape par Ghazi Béji, posant en tee-shirt, souriant, pourraient passer pour un banal album de vacances. Mais c’est un tout autre périple que ce jeune Tunisien de 28 ans décrit : sept pays parcourus, sept mois d’épreuves, la clandestinité, les coups, la faim, le froid, l’épuisement, la peur.
La longue errance d’un blasphémateur, condamné dans son pays à sept années et demie de prison pour avoir publié sur Internet des caricatures et un pamphlet sur le Prophète. Ghazi Béji n’avait jamais quitté la Tunisie.
Echoué depuis fin septembre à Paris, où il bénéficie de l’aide de plusieurs associations de défense des droits de l’homme, cet athée revendiqué espère y trouver refuge. Un comité de soutien international s’est constitué en sa faveur, avec des signataires de poids – parmi lesquels figurent le philosophe Jean-Luc Nancy, l’éditeur Antoine Gallimard, les écrivains Patrick Chamoiseau, Abdelwahab Meddeb et Patrick Deville, ou encore les historiens Benjamin Stora et Sophie Bessis.
Ils agissent au nom « du droit inaliénable à la liberté de conscience tel que stipulé dans l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme votée à l’ONU en 1948 » et de la protection d’une personne menacée de mort. Une situation qui fait aujourd’hui de Ghazi Béji le premier candidat au statut de réfugié politique de la Tunisie post-révolution. Mais comment accorder l’asile politique au ressortissant d’un pays qui vient de se libérer d’une dictature ?
Sept mois plus tôt, le 8 mars, cet employé d’un atelier de pâtes alimentaires à Mahdia, sa ville natale, titulaire d’un BTS en agroalimentaire, a ramassé toutes ses économies, 1 000 euros, et s’est enfui. Son ami et complice, Jabeur El-Mejri, venait d’être attrapé par la police et incarcéré. Aucun avocat n’a voulu le défendre. Bochra Belhadj Hmida, elle, prendra le dossier de Ghazi Béji, après sa fuite. « Par principe », dit cette avocate engagée, bien connue à Tunis.
Ce sont même deux avocats qui avaient déposé une plainte après la publication par Jabeur et Ghazi de caricatures de Mahomet dans la blogosphère. Auteur d’un texte en arabe, non traduit, « L’illusion de l’islam », Ghazi Béji n’y est pas allé avec le dos de la cuillère en accusant notamment le Prophète de pédophilie. La justice tunisienne a condamné les deux compères à la même peine de prison. Les menaces de mort n’ont pas tardé à pleuvoir.
Bien sûr, Ghazi Béji ne se serait pas lancé dans une telle aventure sous Ben Ali, mais une fois le régime de l’ancien dictateur tombé, lui qui a participé avec enthousiasme aux manifestations de janvier 2011 pense que tout est permis dans la nouvelle Tunisie.
« La majorité des musulmans ne connaissent rien à leur religion, justifie-t-il dans l’appartement parisien où il est hébergé. Pour moi, tous les problèmes des pays arabes sont liés à la religion, sinon, pourquoi les gens sont pauvres alors que tous ces pays sont riches ? » « Le problème, s’entête-t-il, c’est l’islam. » Naïf ou inconscient, il ira même jusqu’à porter les épreuves de son brûlot au ministère de l’intérieur tunisien, pour un visa d’impression, qu’il n’obtiendra évidemment pas. »
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