« Près de deux mois après la condamnation à mort pour « blasphème » contre le Coran de Perwiz Kambakhsh, étudiant et journaliste de 23 ans, par un tribunal de Mazar-e-Charif (nord de l’Afghanistan), la famille de celui-ci espère que la mobilisation internationale en sa faveur permettra de le sauver de l’exécution.
De passage en France avant de se rendre en Belgique et aux Pays-Bas, son frère, Yacub Ibrahimi, s’efforce de consolider un mouvement de soutien qui s’est déjà traduit par de nombreuses interventions de dirigeants occidentaux. Le Parlement européen a exhorté, jeudi 13 mars, les autorités de Kaboul à gracier M. Kambakhsh.
Journaliste à Jahan-e Naw (« le monde nouveau »), M. Kambakhsh avait été condamné à la peine capitale, le 22 janvier, pour avoir prétendument téléchargé à partir d’un site Internet, puis distribué sur son campus de Mazar-e-Charif, un document – écrit par un intellectuel iranien en exil – qui a déclenché la fureur des groupes fondamentalistes. Le texte considérait que les prescriptions du Coran sur la condition des femmes étaient contraires à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Lors d’une conférence de presse à Paris dans les locaux de Reporters sans frontières (RSF), Yacub Ibrahimi a dénoncé, mardi 11 mars, les manipulations ayant entouré ce procès tenu à huis clos et sans la présence d’un avocat de la défense.
M. Ibrahimi a nié que son frère ait téléchargé l’article incriminé, a fortiori qu’il l’ait distribué autour de lui. Journaliste lui-même, et collaborateur de médias étrangers dans le nord de l’Afghanistan, M. Ibrahimi a expliqué que la condamnation de son frère visait en fait ses propres engagements professionnels. « Mes articles m’ont valu d’être dénoncé par les chefs de factions armées dont j’ai critiqué les exactions, a-t-il précisé. Comme ils ne peuvent s’attaquer directement à moi en raison de mes relations avec la presse internationale, ils s’en prennent à ma famille. Seigneurs de la guerre et fondamentalistes partagent la même haine de la liberté d’expression. »
M. Kambakhsh a fait appel. Son dossier devrait en principe être transféré de Mazar-e-Charif à Kaboul où, selon sa famille, les pressions politiques sont moins fortes. RSF affirme avoir obtenu du président Hamid Karzaï l’assurance qu’il ne signerait pas l’ordre d’exécution de M. Kambakhsh. »

