Revue de presse

"Un cloaque nommé Notre-Dame de Bétharram" (Riss, Charlie Hebdo, 19 fév. 25)

(Riss, Charlie Hebdo, 19 fév. 25). Riss, directeur de "Charlie Hebdo" 25 février 2025

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

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Lire "Un cloaque nommé Notre-Dame de Bétharram".

L’affaire du collège-lycée de Bétharram met François Bayrou dans l’embarras. On l’accuse d’avoir été au courant des agressions ­commises dans cet établissement lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale, de 1993 à 1997. À défaut d’avoir obtenu son départ de Matignon par une mention de censure qui a été rejetée, les Insoumis demandent sa démission. Les Insoumis qui, rappelons-le, avaient eu du mal à se dépêtrer de l’affaire Adrien Quatennens et qui trouvent là une bonne occasion de redorer leur moralité.

Alors que tout le monde s’excite sur les conséquences de cette affaire pour Bayrou, le plus scandaleux est ailleurs. Le problème dont personne ne veut parler a un nom : l’école privée. En 1984, Alain Savary avait déposé un projet de loi pour un « grand service public unifié et laïque de l’Éducation nationale », qui devait faire évoluer le statut des écoles privées en les intégrant d’avantage dans l’Éducation nationale. La grande manifestation pour l’école dite « libre », en juin 1984, menée par la droite, fit reculer le gouvernement, et depuis, plus personne n’a osé toucher à ce système scolaire confessionnel qui revendique sa dissidence vis-à-vis de l’école publique, tout en bénéficiant de subventions considérables de l’État.

C’est à l’occasion de scandales que ces écoles se rappellent à notre bon souvenir. Stanislas, Notre-Dame de Bétharram, institution du Sacré-Cœur de ceci ou de Sainte-Thérèse de cela, ils ne manquent pas, ces établissements aux mains de l’Église et dont la qualité dépend de la sainteté de ses dirigeants. Ainsi, à l’Immaculée Conception de Pau, les cartables des enfants sont bénits par cette prière (authentique) : « Dieu qui sanctifies tout par Ta parole, répands Ta bénédiction sur ces cartables et fais que tous ceux qui s’en serviront avec amour et courage, selon Ta volonté, reçoivent de Toi l’intelligence et la force de travailler. Par le Christ Notre Seigneur. » Une liberté fondamentale à un enseignement de qualité, probablement.

Des contrôles insuffisants
Ces étranges institutions catholiques ont pourtant du succès, car les parents veulent mettre leur descendance dans ces minicasernes qui assurent de bons résultats et appliquent une discipline quasi militaire. À l’heure où le laxisme et le déclin de la France sont dénoncés à longueur de journée dans les médias, et alors que l’Éducation nationale souffre de mille maux, ces établissements apparaissent aux parents comme des safe spaces où leurs enfants seront protégés de la décadence ambiante. Dans ces écoles, pas d’éducation sexuelle prévue par les programmes bolcheviques de l’Éducation nationale. À Notre-Dame de Bétharram, certains prêtres s’en seraient chargés et auraient fait découvrir à au moins une centaine d’élèves les merveilles dont est capable un appareil reproducteur masculin en érection. Ces institutions religieuses où la bourgeoisie locale case sa progéniture pour qu’elle ne se mélange pas avec les bohémiens et les serfs du coin sont une verrue sur le système scolaire français. Des établissements sous contrat comme celui de Bétharram n’ont pas été suffisamment contrôlés. La dernière inspection date de 1996 et n’a duré qu’une journée. Comme si, pour éviter les emmerdes avec l’école privée, il était plus prudent de ne pas s’y attarder. Déjà le « surtout pas de vagues » était à l’œuvre et visiblement bien ancré dans l’Éducation nationale.

L’existence de ces boîtes privées est légitimée par l’idée qu’il ne doit pas y avoir un monopole de l’enseignement et que les parents doivent pouvoir choisir où inscrire leurs enfants. Et ce n’est pas la gauche qui s’en offusquera puisque bon nombre de ses électeurs y scolarisent leurs gosses. La gauche de 2025 n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1984. Une illustration supplémentaire du « déclin » du pays ? En tout cas, ce système est une aubaine pour les religieux musulmans, qui se sont engouffrés dans cette brèche et ont créé un réseau éducatif parallèle et parfois hostile à celui de l’Éducation nationale. Les catholiques le font, pourquoi les musulmans devraient-ils se priver d’en faire autant ? Les conséquences du « surtout pas de vagues » sont bien plus graves qu’on ne l’imagine.

Au moins une centaine de viols et violences physiques auraient donc été commis entre les murs de ce collège-lycée de Bétharram ! Des crimes passibles des assises qui vont être discrètement étouffés par des commissions et des indemnités. Des établissements privés ont perdu leur habilitation pour moins que ça. Un groupe scolaire qui fut le lieu d’autant de crimes doit être purement et simplement fermé. Définitivement. Et les directeurs en poste au moment des faits doivent être renvoyés devant les assises. Le combat contre le laxisme dénoncé par la droite exige une fermeture totale de cette institution. Un message de fermeté que toutes les autres comprendront vite. Le retour de l’autorité, c’est aussi ça. Mais la loi de Dieu serait-elle encore au-dessus de celle des hommes ? C’est malheureusement toujours à cette question qu’on en revient.


Voir aussi dans la Revue de presse les dossiers Notre-Dame de Bétharram dans L’Eglise catholique et la pédocriminalité dans Eglise catholique,
Ecole privée (note de la rédaction CLR).


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