Revue de presse

"Manuel Valls, Dieu, la République, les religions" (lefigaro.fr/vox , 3 av. 14)

Samuel Pruvot est rédacteur en chef du magazine Famille Chrétienne. 7 avril 2014

"Quelle est la conception de la laïcité de Manuel Valls ?

Il a théorisé une laïcité de dialogue en pratiquant parfois une laïcité de combat. Manuel Valls fait partie des rares politiques qui ont pris le temps de réfléchir sur la laïcité. Il a publié en 2005 La laïcité en face (Desclée de Brouwer), en réponse au livre de Nicolas Sarkozy.

Il n’est pas, je crois, dans le même état d’esprit qu’un Vincent Peillon qui donne l’impression de vouloir ressusciter les pires heures de la IIIe République. Il ne s’agit pas d’abord pour Manuel Valls d’éradiquer toute influence de l’Eglise catholique dans la cité. Valls a une mystique républicaine proche d’un Jean-Pierre Chevènement. Il croit à la nation, à la République, en la matrice de la Révolution française. En dépit de ses connexions avec le Grand Orient, il n’est pas fondamentalement hostile aux religions et aux catholiques en particulier.

Quelles furent ses rapports avec les responsables religieux ?

L’expérience de ses relations avec les catholiques le démontre : c’est un homme qui peut pratiquer, dans la filiation d’un Jospin, une laïcité de dialogue. Il n’a aucun problème à discuter avec les responsables religieux. Manuel Valls est prêt à dialoguer dès lors qu’il s’agit de questions de fonctionnement (bâtiments, fiscalité, formation, etc). En revanche, quand ça touche des sujets de société comme l’euthanasie ou le mariage pour tous, il se fera le héraut d’une laïcité de combat. Il ne lâchera rien et fermera toutes les écoutilles. Par sa gestion crispée et très rude de la Manif pour tous, il s’est mis à dos une bonne partie de l’opinion catholique.

Cette rupture avec les catholiques est-elle irréversible ?

Rien n’est irréversible mais cela peut mettre du temps à cicatriser. Aujourd’hui, la relation entre Valls et les catholiques est au point mort, mais elle n’est pas morte. Il peut, à mon avis, renouer le dialogue. La rupture avec les catholiques a été double : chez les cathos de droite à cause du mariage pour tous et des lois sociétales, chez les cathos de gauche à cause de ses propos cassants sur les Roms.

Durant la Manif pour tous, Manuel Valls a voulu prouver sa loyauté totale en se faisant le bras armé de Christiane Taubira. Cette loyauté sans faille à François Hollande lui permet aujourd’hui d’être à Matignon. Mais il y a aussi une dimension phobique chez Manuel Valls. Dès qu’il pense, à tort ou à raison, que des groupes peuvent remettre en cause les principes républicains - qui sont pour lui transcendants - il cogne tout de suite. Valls a une horreur profonde des groupuscules sectaires. Qu’ils soient dans la mouvance extrême droite ou salafiste, il tire dessus à boulets rouges ! [...]

Justement, quelle vision a-t-il de l’islam français ?

Il veut un islam de France progressiste, en rupture claire avec toute forme d’extrémisme. A Evry, Manuel Valls a laissé la réputation d’une certaine fermeté à l’égard des musulmans. En 2002, l’affaire du Franprix hallal avait défrayé la chronique. Dans le quartier populaire des Pyramides, une supérette hallal avait ouvert ses portes avec l’enseigne Franprix. Manuel Valls s’était battu contre l’enseigne au motif que cette marque était aconfessionnelle et laïque, jusqu’à obtenir gain de cause. Le magasin a continué d’ouvrir mais sans l’enseigne.

Il faut rappeler aussi sa position en 2010 sur la burqa : il fait partie de ceux qui, au PS, ont voté contre au nom d’une certaine idée de la laïcité. Dans une tribune publiée pour justifier son opposition, Manuel Valls fait le tri entre le « bon » islam républicain et progressiste et les « méchants » fondamentalistes. « Il y a le bon grain, c’est celui qui fera germer une discussion constructive mais sans concessions sur la place que doit occuper l’islam en France », écrit-il. L’ivraie, sous-entendu, ce sont les groupes fondamentalistes qui font le jeu du communautarisme et qui n’hésitent pas à prêcher la violence.

[...] Valls a donc deux visages. D’un côté, il s’inscrit dans une tradition anticatholique par ses reflexes de gauche. Mais je crois qu’il est surtout rétif aux dogmes et aux contraintes que feraient peser sur lui une institution. Mais il n’est pas pour autant dans l’athéisme primaire : il se déclare agnostique et ne ferme pas complètement la porte à la grâce. Mais la politique d’abord, Dieu ensuite... "

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