Edito du président

L’antisémitisme islamique et le meurtre de Sarah Halimi (G. Abergel, 19 av. 21)

par Gilbert Abergel, président du Comité Laïcité République. 19 avril 2021

La « haine du juif » a toujours pris des formes adaptées aux peurs du temps. L’Empire Romain, le Moyen Age par la suite, ne proposaient aux juifs que la conversion ou l’expulsion. Le régime nazi a poussé jusqu’à son paroxysme cette logique destructrice. Le silence qui a frappé l’occident dans les années d’après guerre n’est dû qu’à la sidération devant l’effroi de la Shoah.

L’apparition de l’antisémitisme s’est faite toujours à bas bruit, provoquant accoutumance puis tolérance. Cette accoutumance a fini par produire ses effets.

Il fallait bien que la persistance de cette haine sourde trouve une faille pour faire son retour sur la scène du visible. Cette faille a été ouverte par le silence et le déni des responsables politiques, tous partis confondus, qui n’ont voulu voir dans l’émergence de l’antisémitisme que la conséquence regrettable du malheur social, ou une forme banale du racisme contre lequel, ils le jurent chaque matin, « il faut lutter sans répits ».

Des juifs sont morts parce que juifs. Et ils sont morts de la main de ceux qui éructent leur haine au grand jour, prenant prétexte d’un conflit israélo-palestinien dont ils ne savent rien. Georges Bensoussan, parce qu’il a dit une vérité, s’est fait conspuer par l’élite qui pense bien. L’islamisme radical a annoncé qu’il tuerait des juifs et il tue des juifs. Des victimes de Mohamed Merah à Sarah Halimi en passant par l’Hyper Casher, les preuves de cette détermination s’étalent au grand jour. Le grand écrivain algérien, Boualem Sansal, que le CLR s’honore de compter parmi ses lauréats du prix international de la laïcité, écrivait déjà en 2018 : "L’antisémitisme français traditionnel qui avait reflué dans les marges obscures de la société reprend du poil de la bête à la faveur de la montée vertigineuse de l’antisémitisme islamique."

Qui peut croire que cette funeste ambiance serait étrangère à la pulsion assassine du meurtrier de Sarah Halimi ?

Son article se concluait par ces mots : "Reculer sur cette affaire [le meurtre de Sarah Halimi], se taire, c’est très directement se comporter en complices des Merah, des Coulibaly, des Fofana, et pis de ceux qui les arment aux plans religieux et idéologique et leur désignent les cibles. La justice en la matière est de punir sévèrement le coupable matériel, de dénoncer les maîtres à penser mais aussi et surtout d’agir fermement pour faire reculer l’idéologie qui fabrique aujourd’hui de l’antisémitisme au grand jour, en masse, et en toute légitimité.”

La décision qui vient d’être rendue va à contre-courant de ce que proposait Boualem Sansal.

Rappelons enfin ce qu’écrivait, il y un an déjà, le psychanalyste Daniel Sibony dans la Revue des Deux Mondes (30 avril 2020) : "[...] selon la loi, le malade qui tue n’est déchargé de son‎ crime que si seule la maladie l’a poussé à le commettre." Pas d’antisémitisme donc dans ce geste …

« Défoncez-vous au crack et allez tuer du juif, vous serez pardonné ! » C’est le message que vient d’adresser la justice de notre pays à cet antisémitisme de banlieue, bien réel et pourtant nié.

Gilbert Abergel


Voir aussi dans la Revue de presse la rubrique Meurtre de Sarah Halimi (avril 17) (note du CLR).


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