Revue de presse

"Couacs entre l’Elysée et Matignon sur les traites négrières" (Le Monde, 14-15 oct. 12)

16 octobre 2012

"Ce fut à peine perceptible. Un bref écarquillement des yeux. Mais ceux qui le suivent au quotidien l’ont remarqué : vendredi 12 octobre, deux heures après avoir atterri à Dakar, François Hollande a été surpris qu’une journaliste l’interroge sur les "réparations" que la France pourrait engager dans le dossier des traites négrières.

La question n’avait pas été posée par hasard. Le matin même, le site d’information Mediapart indiquait que Matignon était "très ouvert" à des réparations, ajoutant la tenue prochaine d’une "réunion interministérielle" sur le sujet.

Apparemment, M. Hollande n’était pas sur la même ligne. "La réparation n’est pas que morale, elle est aussi de savoir ce que nous voulons faire ensemble. Est-ce que nous nous tournons vers le passé pour nous en féliciter autant que pour nous en flétrir, ou est-ce nous sommes capables de définir un développement partagé ? C’est ce que nous faisons entre la France et le Sénégal", a déclaré le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse avec son homologue sénégalais, Macky Sall. Lequel a clairement dit que les réparations n’avaient pas lieu d’être : "La reconnaissance morale devrait suffire."

Tout l’après-midi, les conseillers de l’Elysée se sont relayés auprès des journalistes présents à Dakar pour étouffer l’affaire. L’article en question ? "Une pseudo info fausse." Une réunion interministérielle ? "Sur la question des réparations, il n’en a jamais été question." Pour l’Elysée, "on peut évoquer des actions sur le terrain éducatif, par exemple, mais il n’est absolument pas question de réparations financières."

A Matignon, le discours n’était pas tout à fait le même. Oui, "le cabinet du premier ministre a demandé à un collectif d’associations de faire des propositions sur ce qui peut être fait en termes de réparations". Oui, "elles seront ensuite débattues avec des conseillers de plusieurs ministres". Y compris sur le plan financier ? "On ne va rien exclure a priori, mais les réparations ne sont pas forcément financières", a d’abord répondu Matignon, avant de s’aligner sur la position de l’Elysée et d’indiquer qu’il n’était pas question de "sortir le carnet de chèques".

Dans cette affaire, un homme est aujourd’hui inquiet : Louis-Georges Tin. Président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), il croyait avoir convaincu le gouvernement, lors de deux réunions à Matignon le 29 mai et le 8 octobre, d’ouvrir un débat sur les réparations, "financières ou symboliques". Vendredi soir, il ne cachait pas son désarroi : "M. Hollande rétropédale le jour même où il se rend à Gorée : c’est honteux !" "

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