(Charlie Hebdo, 2 juil. 25) 8 juillet 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
"Le gouvernement s’apprêterait à se débarrasser discrètement de son outil le plus efficace pour lutter contre les dérives sectaires. Pourquoi ? C’est bien la question que tout le monde se pose.
Jean-Loup Adénor, Rédacteur en chef adjoint
Foolz, Dessinateur

Lire "Miviludes : feu vert pour les gourous".
Si quelque chose fonctionne, vous pouvez toujours compter sur le gouvernement pour vous le foutre en l’air. Dernier exemple en date : la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), l’organisme gouvernemental chargé de mettre hors d’état de nuire les gourous, qui pullulent depuis la pandémie. « Ça y est, c’est la fin, on le sait », a confié, dépité, un fonctionnaire de l’institution à Charlie. Dans combien de temps ? On ne sait pas – « sûrement en septembre », nous dit-on -, mais les signes sont évidents.
D’abord, la démission, ou l’éviction, selon les versions, de l’actuel chef de la Miviludes, Donatien Le Vaillant – qui a jugé préférable de ne pas nous répondre. Nommé le 31 janvier 2023, alors que la Mission était encore sous la tutelle de la secrétaire d’État à la Citoyenneté Sonia Backès, ancienne victime de la scientologie, Donatien Le Vaillant était supposé incarner le renouveau de la structure. L’institution, déjà menacée de suppression à l’époque, avait été sauvée pour gérer l’explosion du nombre de signalements dus aux dérives dans le domaine de la santé et aux délires new age. Seulement voilà : quelque trois ans après que le gouvernement a juré sa fidélité à la Miviludes – garantissant recrutements, budget et tout le tintouin -, la même odeur de roussi se dégage de la Place Beauvau.
Des intérêts convergents
Et le liquidateur en chef s’appelle Étienne Apaire1. Le bonhomme, magistrat, grenouille depuis des lustres dans les belles institutions de la République. C’est aujourd’hui le nouveau secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), organisme auquel la Miviludes a été rattachée il y a cinq ans. « Apaire est arrivé au CIPDR pour tout nettoyer », nous confie notre source interne. Une manoeuvre 100 % politique : Retailleau voudrait avoir la main sur les unités « lutte contre la radicalité » et « contre-discours républicain » du comité, qui devraient être directement rattachées à son cabinet, révèlent nos confrères de Marianne. Au passage, c’est la saignée : 23 postes seront supprimés du CIPDR.
Que le dernier ministre de l’Intérieur en date fasse n’importe quoi avec les outils de lutte contre la radicalisation pour imprimer sa marque, il fallait s’y attendre. Mais qu’est-ce que la Miviludes vient faire là-dedans ? « Maintenant que le CIPDR a été dégraissé, Apaire va s’occuper de la Miviludes, poursuit notre source. Il y a beaucoup de forces différentes qui ont un intérêt convergent à ce que disparaisse la Mission. » Et de citer la scientologie et l’anthroposophie, deux puissants groupes d’intérêt, des « pieuvres » particulièrement bien représentées dans le gotha parisien. Et qui se frotteraient bien les tentacules si la Miviludes, seule institution étatique au monde à les désigner comme des groupes sectaires, venait à disparaître.
L’autre raison ? La philosophie politique macronienne : désengager l’État le plus possible des questions que la société civile peut gérer. Contacté par Charlie, le ministère de l’Intérieur nous a bien évidemment assuré que le « successeur de Donatien Le Vaillant sera[it] chargé de maintenir la dynamique enclenchée ». Dans le même mail, le service presse joint un communiqué à destination des associations, dans lequel le ministère relance son appel à projets. Le carnet de chèques est ouvert, avec 800 000 euros à la clé pour les associations qui seront choisies. « La puissance publique délègue son travail au monde associatif… C’est ça, l’ère Macron : on fait de la com et, en même temps, on démantèle le service public. »
1. Contacté par Charlie, il n’a pas souhaité nous répondre."
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