Revue de presse

Laurence Rossignol : « Pour Yvette Roudy, la laïcité était la meilleure amie de l’émancipation des femmes » (lepoint.fr , 18 août 26)

Laurence Rossignol, sénatrice PS, présidente de l’Assemblée des femmes, ex-ministre des Droits des femmes 23 août 2026

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"Propos recueillis par Thomas Graindorge

« C’était une personnalité peu banale, une forte personnalité », explique Laurence Rossignol. AFP
Figure majeure du féminisme politique en France, Yvette Roudy est décédée ce mardi 18 août à l’âge de 97 ans. Ancienne ministre des Droits des femmes, militante féministe et femme politique socialiste, elle a marqué l’histoire politique de son époque. Pour Laurence Rossignol, sénatrice PS et elle aussi ex-ministre des Droits des femmes, Yvette Roudy incarnait une conviction essentielle : la cause féministe ne peut avancer durablement que si elle est portée au cœur du pouvoir politique. Présidente depuis 2018 de l’Assemblée des femmes, association fondée par Yvette Roudy en 1992, Laurence Rossignol raconte au Point une personnalité à la fois bienveillante et redoutablement déterminée.

Le Point : Quelle influence Yvette Roudy a-t-elle eue sur votre parcours, à la fois politique et féministe ?

Laurence Rossignol : C’était une personnalité peu banale. C’est celle qui, probablement, à mes yeux, a le mieux incarné l’idée que la cause des femmes passe par la politique. Que les droits des femmes ont besoin, pour avancer, d’être portés et défendus à la fois dans les partis politiques et dans les lieux de pouvoir.

C’était une femme politique féministe, pas simplement une militante féministe venue en politique. C’est ce qui lui a permis, d’abord, de convaincre François Mitterrand de créer un ministère des Droits des femmes de plein exercice en 1981, ce qui n’avait jamais existé auparavant. Elle voulait un ministère parce qu’elle savait que ce qui comptait, c’était d’être au Conseil des ministres. Pour moi, elle reste une référence. Je sais ce que les femmes politiques lui doivent : d’avoir fait respecter le féminisme en politique. D’avoir fait du féminisme un sujet politique, ce qui n’était pas le cas auparavant.

C’était à la fois une militante féministe et une personnalité consciente des mécanismes politiques ?

Elle était très habile politiquement. Habile et déterminée. C’est ce qui lui a permis de porter un certain nombre de réformes majeures, comme le remboursement de l’IVG, qui n’allait pas de soi. Elle a aussi porté la féminisation des noms de métiers, l’égalité professionnelle.

Elle est derrière la première loi sur la parité aux élections municipales. Elle a su rassembler Simone Veil, Michèle Barzach, des femmes de droite et de gauche, pour exiger ensemble une réforme constitutionnelle et une loi imposant cette parité. Le projet a été censuré par le Conseil constitutionnel à l’époque, mais il a conduit, vingt ans après, à la réforme constitutionnelle sur la parité, pour permettre une loi conforme à la Constitution.

Elle savait donc dépasser les clivages ?

Elle n’était pas sectaire. C’était une femme très ancrée à gauche, socialiste, formée sur les questions de la condition ouvrière, de la condition des femmes. Mais son sens politique l’a conduite à rassembler au-delà de son propre camp, pour aboutir à ses fins.

Dans un entretien qu’elle avait accordé au Point en 2019, elle défendait des positions fermes sur le voile et une conception universaliste du féminisme.

Elle était en effet inscrite dans un courant républicain et universaliste qui ne soumet les droits des femmes à aucune autre priorité. Elle était profondément laïque. Elle considérait que la laïcité était la meilleure amie de l’émancipation des femmes, que l’emprise religieuse était un obstacle aux droits des femmes. Elle savait que tout recul de la laïcité mettait en danger les droits des femmes.

Elle n’avait pas peur non plus de provoquer et d’aller au combat. Elle avait une grande force de conviction.

Yvette Roudy évoluait dans un environnement misogyne : le monde politique des années 1980. Mais elle pratiquait un féminisme offensif et son habileté lui permettait de faire avancer ses causes. C’était une forte personnalité. Elle ne s’en laissait pas conter ! Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds par les hommes. Et elle savait que, pour défendre sa cause et se défendre elle-même dans un environnement aussi macho, il fallait ne rien lâcher. Elle savait se faire respecter.

Est-ce que cette force lui a permis de gagner des combats dont le féminisme actuel récolte les fruits ?

Les combats qu’a menés Yvette Roudy ont marqué l’histoire du mouvement féministe, l’histoire des droits des femmes, incontestablement, en partie en raison de leur caractère universaliste. Elle considérait que le féminisme est un humanisme. Et les combats qu’elle menait ont servi les générations suivantes. Mais surtout, en tant que socialiste, elle a imposé la question féministe dans un parti qui ne l’était pas spontanément.

Depuis 1981, les seules réformes féministes qui ont eu lieu dans ce pays ont été faites à l’initiative des socialistes et de la gauche. Elle a beaucoup contribué à ce que le PS devienne un parti porteur de la question féministe. Pendant les dernières années, alors qu’elle s’était retirée de la vie publique, elle n’a jamais cessé de s’enthousiasmer pour les mouvements féministes et d’enrager des reculs. Elle avait un œil politique extrêmement acéré sur l’état de nos sociétés et la place des combats féministes."


Voir aussi dans les Communiqués du CLR Hommage à Yvette Roudy (CLR, 18 août 26) (note de la rédaction CLR).
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]


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