(L’Express, 5 mars 26) 11 mars 2026
Brice Couturier, 1979, le grand basculement du monde, éd. Perrin, 26 sept. 2024, 400 p., 23.50 €.
"Interview. Et si une page d’un demi-siècle d’histoire mondiale se refermait avec la mort du guide suprême Ali Khamenei ? L’auteur de "1979 : le grand basculement du monde" raconte quelles ont été les répercussions de la révolution islamiste jusqu’à aujourd’hui. Et étudie les conséquences possibles d’un renversement du régime.
Propos recueillis par Sébastien Le Fol

Sommes-nous en train de vivre la fin d’une ère qui s’est ouverte en 1979 avec le retour en Iran de l’ayatollah Khomeini à Téhéran ? Le journaliste, essayiste et historien des idées Brice Couturier a raconté cette année clé dans un livre magistral, "1979 : le grand basculement du monde" (Perrin), dont la (re)lecture s’impose aujourd’hui à la lumière de l’opération "Rugissement du lion" menée conjointement par les Etats-Unis et Israël. Le retour de l’ayatollah Khomeini ne fut certes pas le seul événement qui marqua cette année-là. Brice Couturier en étudie une dizaine, de la contre-révolution thatchérienne au pèlerinage de Jean-Paul II en Pologne, en passant par la nouvelle Chine de Deng Xiaoping. Mais la première révolution islamiste du monde moderne a peut-être encore davantage modelé notre présent politique et géopolitique.
L’Express : Vous consacrez un chapitre de votre ouvrage "1979" à l’Iran de Khomeini. En quoi ce dernier a-t-il fait "basculer le monde" ?
Brice Couturier : C’était la première révolution islamiste du monde moderne et c’est l’acte de naissance de ce qu’on a appelé l’islamo-gauchisme. Ali Shariati, un Iranien mort en exil peu de temps avant la révolution khomeiniste, avait théorisé une doctrine mêlant la lutte des classes marxiste avec le chiisme. Le moteur de l’histoire, selon lui, était la lutte des "moustadafines" (les déshérités, les bons musulmans) contre "moustakbirines" (les orgueilleux, les mauvais musulmans et les impies).
Il dénonçait la démocratie comme incompatible avec le véritable islam et préconisait la violence politique. C’est une des inspirateurs de la révolution iranienne de 1979. Une "revanche de Dieu", comme l’a baptisée Gilles Kepel, tellement inattendue par nos sociétés sécularisées que sa nature religieuse a échappé à la plupart des observateurs de l’époque. Ils y ont vu, comme le président français de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, une révolution politico-sociale classique, maquillée en révolution religieuse. [...]"
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