Revue de presse

Antisémitisme : "LFI ne fait plus semblant" (P. Sastre, Le Point, 12 mars 26)

(P. Sastre, Le Point, 12 mars 26) Peggy Sastre, journaliste scientifique et essayiste 18 mars 2026

JPEG - 104 kio
JPEG - 107.8 kio

Lire "LFI, l’antisémitisme en signal fort".

"Le saviez-vous ? Quand un chien aperçoit son maître de loin, il court de plus en plus vite à mesure que la distance qui l’en sépare se réduit. Certaines études – je vous les épargne – estiment même que la seconde moitié de la course se fait deux fois plus vite que la première. Ce qui est rigolo, c’est que cette règle s’applique à une palanquée d’autres phénomènes dans la vie : quand on s’approche d’un but, d’un objectif, et même, allons-y gaiement, d’une raison d’être, la vitesse de progression croît d’une manière quasi exponentielle. C’est qu’on a si hâte d’arriver à destination.

Ces derniers jours, telle est la science qui m’est remontée à la cervelle en observant les plus glorieux cadres de LFI péter tous leurs derniers câbles, abandonner tout ce qui pouvait encore leur rester de surmoi, de pudeur dans l’expression de leur antisémitisme. La place manque pour en dresser une liste à peu près exhaustive, mais je retiendrai déjà les deux sorties « humoristiques » de Jean-Luc Mélenchon à la tribune sur les noms d’Epstein et de Glucksmann. La blague dans la blague : un ami m’a raconté comment, alors qu’il écoutait à la radio celle sur Epstein-Epstine, son fils adolescent, passant dans les parages et parfaitement naïf des choses de la politique contemporaine, lui a demandé : « C’est qui ce nouveau comique ? »

Difficile de lui en vouloir. En plus du calembour mélenchonien, ce qui choque – au sens premier : ce qui heurte, percute –, ce sont les rires francs et massifs de la salle, comme si on était, justement, au spectacle d’un talentueux stand-uppeur. Je suis peut-être simple et outrageusement fermée d’esprit, mais s’il devient impossible de faire la différence, à l’aveugle, entre un politique et un comique, c’est que quelque chose cloche, quelque part.

Reste que la palme du craquage revient à Sophia Chikirou, le 3 mars, sur X. À un tweet du mirifique collectif juif de gauche Golem, qui venait de publier des images de son sardonique collage « Jean-Luc, comment ça se prononce antisémite ? » devant le siège de LFI, l’ancienne conseillère en communication de Mélenchon, aujourd’hui députée de la 6ᵉ circonscription de Paris et candidate à la mairie de la capitale, répondit un laconique « Ça se prononce “Free Palestine”. De rien. » Ce qu’à peu près tout le monde aura compris comme : il y a dans les actuels mouvements de (fausse) défense du peuple palestinien une authentique haine des Juifs dont je suis fière.

Les voilà donc arrivés à destination, au but, à la raison d’être – en ayant parcouru la seconde moitié du trajet deux fois plus vite que la première. La France insoumise est un parti passionnément antisémite, comme dirait l’autre : c’est crié, assumé, étalé aux plus hauts rangs de son état-major. Pour reprendre une métaphore informatique, ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité.

Si ma jeunesse commence (hélas) à dater, je me souviens d’un temps (relativement) pas si lointain où, pour espérer un peu peser sur l’échiquier politique, les partis devaient faire très attention à ne pas passer pour antisémites. Du côté des plus enhardis, comme Jean-Marie Le Pen, on entourloupait par des mots codés, du double sens, de la « gaffe » ensuite épongée par un habile « vous avez l’esprit mal tourné ». Sauf que, même faible, ce signal suffisait à agir comme un cordon de sécurité – et à rappeler que les ambitions des intéressés n’étaient pas gouvernementales. Le but, en somme, n’était pas d’accéder au pouvoir, mais de l’agacer comme la proverbiale mouche du coche. S’afficher comme un pouvoir de nuisance, pas une force de gouvernement crédible.

Avec La France insoumise, tout a été vitrifié. Son antisémitisme relève désormais du signal fort. Le parti et ses chefs – Mélenchon, le premier des premiers – ne craignent plus d’afficher ce qui les rend populaires chez ceux qu’ils veulent séduire – ou, du moins, telle est leur analyse, leur stratégie.

Alors on accélère. Plus la place ni le temps pour la petite protestation de façade qui ne trompera personne. Le sifflet à chiens a retenti et voilà qu’on détale comme une grosse cylindrée sur une autoroute allemande. Plus rien ne les arrêtera. Les indignations – surtout si elles émanent du « système » qu’ils prétendent renverser – ne feront que les conforter.

Plus de sous-texte, rien qu’une annonce claire, nette, officielle : l’antisémitisme est redevenu bankable à gauche."

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]


Comité Laïcité République
Maison des associations, 54 rue Pigalle, 75009 Paris
Voir les mentions légales