(Le Point, 21 août 25) 28 août 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
"ENQUÊTE. Soucieux de gagner des voix dans les classes populaires, le parti, qui organise ces journées d’été jusqu’à samedi, s’est engagé dans une dérive communautariste.
Par Erwan Seznec et Géraldine Woessner

Lire "Les écologistes confrontés aux accusations d’entrisme islamiste".
C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le 24 mai 2025, recevant une délégation palestinienne à l’hôtel de ville, Jeanne Barseghian, maire Les Écologistes de Strasbourg (Bas-Rhin), pose en keffieh et accepte en cadeau une carte du Proche-Orient aux couleurs de la Palestine… sans Israël.
Quatre jours plus tard, la Licra annonçait la suspension de son partenariat avec Strasbourg, ville qui accueille les universités d’été 2025 des écologistes, du 21 au 23 août. Jeanne Barseghian, de son côté, déplorera des « propos mensongers et diffamatoires sur les réseaux sociaux », jurant se montrer impartiale sur le conflit à Gaza.
Le mal, en réalité, est plus profond. La communauté juive alsacienne est travaillée par le sentiment que la majorité municipale la sacrifie symboliquement pour donner des gages à son électorat musulman, radicaux compris. En 2021, Strasbourg a accordé une subvention de 2,56 millions d’euros à l’association pro-Erdogan Millî Görüs pour la construction d’une grande mosquée.
La même année, la ville a adopté la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste… mais dans une version tronquée. Les dispositions assimilant la négation du droit à l’existence d’Israël à de l’antisémitisme n’ont pas été retenues. Puis, ce printemps, Strasbourg a gelé son jumelage avec la ville israélienne de Ramat Gan. Incidents isolés ? Non. Voilà plusieurs années que des prises de position des Écologistes suscitent des remous.
Deux candidats « débranchés » en catastrophe
Certes, Les Écologistes ne sont pas les Insoumis. À la suite de la présidentielle de 2017, où Jean-Luc Mélenchon a raté le second tour de 600 000 voix seulement, La France insoumise (LFI) a adopté une tactique de conquête de l’électorat musulman, assumant de frayer avec des islamistes.
Les Verts se sont montrés pour leur part plus flous dans leur démarche. Mais pas moins naïfs. Aux cantonales de 2021 à Roubaix, ils investissent un candidat (ex-soutien de La Manif pour tous) proche de Tariq Ramadan et de Hassan Iquioussen, prédicateur de la mouvance frériste, faisant éclater l’union de la gauche locale. Malgré ses démentis véhéments, Ali Rahni a été jugé trop ambigu sur la laïcité par les Insoumis locaux. Un comble.
Toujours en 2021, lors des élections départementales, le parti a dû « débrancher » en catastrophe deux candidats à Évreux (Eure) qui avaient manifesté sur les réseaux sociaux leur sympathie pour diverses figures de l’islamisme. Ces deux personnes n’étaient pas arrivées sur les listes écologistes par hasard. En 2021, les identitaires musulmans et leurs relais font chemin commun avec les tenants d’une « écologie des quartiers ».
Militante indigéniste à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), Fatima Ouassak récupère les derniers mots de George Floyd, étouffé par un policier en mai 2020 (« Je ne peux pas respirer. »), pour en faire un slogan syncrétique dénonçant à la fois les violences policières et la pollution de l’air.
Elle est invitée aux journées d’été des écologistes cette même année pour une conférence sur le thème : « Violences policières, dérèglement du climat, même système, même combat ». Sur le terrain, le succès est mitigé. « Il n’y avait pas grand monde à ses réunions, raconte une ex-militante de Bagnolet, et ce n’était jamais les gens des cités qu’elle prétendait représenter. »
« Sentiment de culpabilité de Blancs aisés »
En avril 2023, un certain Nabil Ennasri, invité « historique » du média Reporterre et des radios de service public, communique sur son pèlerinage à La Mecque depuis Paris, à bicyclette. Objectif, « sensibiliser la communauté musulmane au défi ultime de l’humanité », la préservation de la planète.
Frère musulman, ami d’Ali Rahni, le quadragénaire semblait aussi en pleine infiltration chez les Verts. Opération interrompue. Lobbyiste du Qatar, Nabil Ennasri a été mis en examen et écroué pour soupçons de corruption et de blanchiment dans une enquête sur une affaire d’ingérence étrangère en octobre 2023 – il a été libéré en janvier 2025.
Les ficelles sont évidentes, mais les Verts foncent souvent tête baissée, travaillés, comme d’autres partis de gauche, « par un sentiment de culpabilité de Blancs aisés », analyse l’ancien ministre François de Rugy, qui a milité dix-huit ans chez EELV (Europe Écologie-Les Verts). Une mauvaise conscience qui entraîne des postures ambiguës sur la laïcité.
En novembre 2020, au conseil de Paris, les écologistes parisiens s’opposent à Anne Hidalgo, qui veut donner le nom de Samuel Paty à une rue de la capitale (présidente du groupe EELV, Fatoumata Koné invoque des « raisons techniques »). Août 2023, le rappeur Médine est l’invité vedette des Journées d’été des Verts, au Havre. Auteur de la chanson « Don’t Laïk », il n’a jamais caché sa proximité avec une organisation locale frériste, Havre de savoir. Médine aggrave encore les tensions avec un jeu de mots antisémite sur l’essayiste Rachel Khan.
Marie Toussaint et Karima Delli ne cachent pas leur désaccord. Marine Tondelier, secrétaire nationale, ne cède pas : Médine fera le show sous les acclamations aux Docks du Havre. Juin 2025, Manon Aubry (LFI) poste un selfie avec Médine à l’occasion de la Fête de la musique… Au même moment, le conseil fédéral acte l’adhésion du parti au mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), structure éminemment antisioniste, financée par le Fatah palestinien. « Nous adhérons, assume Marine Tondelier auprès du Point,et nous le soutenons avec notre propre langage, nos propres valeurs, notre propre stratégie. »
« Ils sont largués »
« Les écologistes sont largués, dénonce un membre (non élu) de la liste Europe écologie aux européennes de 2024. Ils sont déjà en plein désarroi sur leurs fondamentaux, comme l’opposition au nucléaire. Sur des thèmes plus éloignés comme la laïcité et l’antisémitisme, ils ne pensent rien, ils n’ont pas de doctrine. »
« Les Écologistes, en particulier, ne saisissent pas le lien entre antisionisme et antisémitisme. Depuis les attaques du 7 octobre 2023, cet impensé est devenu plus lourd de conséquences » confirme l’historien Emmanuel Debono, auteur du chapitre sur les Verts dans l’Histoire politique de l’antisémitisme en France, Robert Laffont, 2024. Comment s’y retrouver ?
Pensée comme un mouvement tactique visant à reconstituer une base électorale effritée, l’ouverture aux identitaires musulmans s’est en réalité amorcée il y a plus de trente ans, rappelle l’ancien porte-parole, puis secrétaire national des Verts (2005-2006) Yann Wehrling, qui a vécu de l’intérieur « un mouvement massif d’arrivée de militants de l’extrême gauche trotskiste et maoïste au sein du parti. Des proches de Noël Mamère, de Gilles Lemaire, d’Alain Lipietz… »
Beaucoup avaient entendu l’appel du Britannique Chris Harman, figure du Socialist Workers Party (Parti socialiste des travailleurs), qui proposait une alliance de l’extrême gauche avec les islamistes – dans The Prophet and the Proletariat, paru en 1994 – afin de « hâter la révolution ».
L’environnement passe alors « au second plan ». « Eux attendaient le grand soir, et avaient identifié les “quartiers” comme la fraction la plus en révolte de la société, sur laquelle il faudrait s’appuyer. Mais quand vous fréquentez matin, midi et soir des associations communautaires qui portent, pour certaines, des discours antisémites, et que vous essayez de leur envoyer des signaux, la ligne devient compliquée à tenir », détaille Yann Wehrling.
« Une alliance brun-vert-rouge »
Les Forums sociaux européens de 2002 et de 2003 rapprochent les islamistes, représentés alors par Tariq Ramadan, des mouvements altermondialistes. José Bové, leader de la Confédération paysanne, déclarera espérer que des religieux « seraient capables d’élaborer une véritable théologie de la libération dans l’islam » (« “Affaire” Ramadan, réfléchir et faire la part des choses », L’Humanité, 22 novembre 2003).
Cette année-là, pour la première fois, le président du Crif Roger Cukierman dénonce publiquement « une alliance brun-vert-rouge » entre « une extrême droite nostalgique des hiérarchies raciales » et « un courant d’extrême gauche antimondialiste, anticapitaliste, antiaméricain, antisioniste ». Yann Wehrling tentera de recoller les morceaux. En vain. « Ce que j’observe chez LFI aujourd’hui ne fait que renforcer ce mouvement amorcé par les Verts. À Strasbourg, j’ai vu les islamistes gagner peu à peu de l’influence dans la ville… »
Aujourd’hui, Les Écologistes semblent avancer dans le brouillard. « Je ne reconnais plus le parti dans lequel j’ai milité », soupire l’ancien ministre François de Rugy. Nadine Herrati, présidente du Conseil fédéral des Écologistes de fin 2022 à avril 2024, diagnostique la bourde politique parfaite, un renoncement éthique qui ne paye pas dans les urnes.
« Les électeurs écologistes ne vivent pas dans les cités », rappelle-t-elle. Elle a démissionné du parti en avril 2024, dénonçant dans sa lettre à Marine Tondelier « une surenchère incompréhensible ». L’antisionisme n’est pas mentionné, mais c’est bien de cela qu’il s’agit. L’ex-élue du Val-de-Marne déplore également l’abandon de la « laïcité ouverte, mais ferme » que le parti défendait à une certaine époque.
Marine Tondelier assume la position d’équilibriste du parti, opposée aux repas confessionnels dans les cantines, mais pas au burkini dans les piscines, défenseure de la laïcité, mais convaincue que son invocation par « Retailleau et consorts » masque des discriminations. L’entrisme islamiste ? « Je ne comprends pas de quoi vous parlez, répond-elle au Point. Est-ce que vous voulez dire que les musulmans ne devraient pas pouvoir adhérer à un parti politique ? »
Comme si musulmans et islamistes ne faisaient qu’un… Elle est assistée depuis janvier 2025 par le Belge Jean-Marc Nollet. Nommé délégué général du parti Les Écologistes, ce dernier a été ministre dans son pays et coprésident d’Écolo, parti qui a dépassé LFI dans la surenchère communautariste. Avec, à la clé, une débandade électorale en juin 2024…"
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