Note de lecture

S. Mayol - Chaque courant de pensée a son extrêmisme (G. Durand)

par Gérard Durand 28 avril 2025

[Les échos "Culture" sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Samuel Mayol, Les extrémistes à l’assaut de la République, éd. L’Harmattan, novembre 2024, 276 p., 28 e.

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La France a connu de très longue date des mouvements extrémistes de toutes sortes et plus particulièrement quand, devenue République, elle a vu s’opposer, souvent de façon violente, des mouvements d’extrême droite souhaitant abolir cette République détestée et rétablir sous diverses formes les régimes du passé. Les Camelots du Roi, l’Action Française, les Croix de Feu et autres Cagoule deviennent des mouvements de masse à partir des années 1930. De l’autre côté du spectre politique le même phénomène se produit sous prétexte de défense et les partis de gauche, communistes, socialistes ou anarchistes ont chacun organisé leur propre milice.

Les extrémistes ont perdu de leur force après la fin de la Seconde guerre mondiale mais ils se réveillent en France lorsque vient la période de décolonisation, le plus célèbre d’entre eux étant l’OAS qui va sévir au moment de la guerre d’Algérie. Ce n’est qu’après quelques années de répit qu’un autre extrémisme va surgir, l’extrémisme musulman qui, à partir de 2010 multiplie meurtres et attentats sur le territoire national.

Mais n’est-il pas l’arbre qui cache la forêt et une sorte d’avant-garde de multiples mouvements qui tous menacent la République ? Samuel Mayol va en faire le thème de ce livre et son constat est inquiétant.

A droite comme à gauche et même chez les laïques, des groupes se forment pour toujours plus d’exigences sécuritaires. Ils influencent les électeurs qui votent de plus en plus pour une extrême droite qui n’a jamais été aussi forte dans notre pays et s’approche du pouvoir. Il y a bien sûr le Front national dont la politique de « dédiabolisation » est un franc succès même si parfois elle a du mal à dissimuler quelques relents fascistes, et il serait naïf de croire que ce Rassemblement dédiabolisé a coupé les ponts avec des mouvements d’ultra droite, comme les identitaires, Troisième voie ou Némésis, ou autres groupes d’ultra droite, sans parler d’intellectuels comme Renaud Camus, inspirateur de la théorie du « Grand remplacement ». Il y a encore les clubs ou centres de réflexion comme le Grece fondé sur l’antisémitisme et le rejet des immigrés.

Puis notre auteur se tourne vers l’extrême gauche, et pour l’essentiel vers La France insoumise (LFI), dont il décrit la contradiction entre les déclarations officielles prônant la démocratie et la gestion interne, jugée autoritaire. De la même façon il souligne les soupçons d’antisémitisme dont ce mouvement fait l’objet.

Plusieurs autres mouvements sont situés à l’extrême gauche, tels le NPA et Lutte Ouvrière. Tous issus du trotskisme et souvent organisés pour une éventuelle clandestinité. Viennent s’y ajouter de petits cercles d’ultra gauche partisans d’actions violentes, tels les "blackblocs".

Vient ensuite l’extrémisme musulman, longuement détaillé dans ses origines remontant pour certains aspects aux croisades, et qui fait pendant à l’extrémisme chrétien, conquérant et massacreur tant en France avec l’inquisition et la guerre civile contre les protestants. Elle a coûté des morts par centaines de milliers pendant près de trois siècles. Mais comment oublier les massacres de peuples entiers en Amérique du Sud et en Afrique ?

Chaque mouvement, religieux ou non, a ses extrémistes. Le judaïsme n’en est pas exclu avec la Ligue de défense juive et ces partis d’extrême droite qui bien au-delà de la défense d’Israël vont nous plonger dans la situation de guerre actuelle.

Même le mouvement laïque n’en est pas exempt quand certains confondent laïcité et lutte contre les religions et d’autres comme un prétexte de lutte contre l’islam tel le Rassemblement National. Souvenons-nous du livre de Patrick Kessel Ils ont volé la Laïcité.

D’autres types d’extrémisme sont également cités, comme le féminisme radical. Mais il serait vain de confondre ce livre avec une simple énumération. Chaque mouvement, chaque thème y est longuement expliqué dans ses origines et les motifs ayant généré sa création. La conclusion en est évidente : il n’y a pas d’extrémisme neutre, chacun, même très minoritaire doit être surveillé et parfois combattu.

Merci à Samuel Mayol pour ce bilan très documenté et éclairant, à lire absolument.

Gérard Durand


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