Avec la participation du CLR

G. Abergel : « "Islamophobie", un mot menteur » (Rassemblement "Pour la République... La France contre l’islamisme !" Collectif, Paris, 26 mars 25)

Gilbert Abergel, président du Comité Laïcité République. 28 mars 2025

JPEG - 118 kio

Monsieur le Premier ministre, Cher Manuel Valls, Madame la ministre, Chère Noëlle Lenoir, Monsieur le ministre Cher Jean Michel Blanquer, mesdames messieurs les élus, chers amis.

Je vais vous parler de laïcité.

Il y a 120 ans, notre république se dotait d’une « loi concernant la séparation des Églises et de l’État », pour affirmer son idéal d’émancipation universaliste face à la prégnance de la religion catholique, en particulier, au sein même des institutions de la République.

En dépit de quelques soubresauts, que je n’ai pas le temps d’aborder, ce débat s’apaisa avec le temps.

Que s’est-il passé depuis, pour que cette séparation des Églises et de l’État que l’on croyait définitivement acquise, soit remise en cause, et violemment, pour que ce pacte de discrétion des appartenances religieuses dans l’espace public soit rompu, pour que l’égalité entre les femmes et les hommes, un combat qui reste d’actualité, passe pour obsolète, pour qu’au sein de nos écoles même, la croyance prétende concurrencer sinon supplanter la connaissance, pour que l’on risque sa vie quand on enseigne l’art, l’histoire, la philosophie des Lumières ?

Que s’est-il donc passé pour que certains de nos amis d’autrefois rechignent à apporter leur soutien à Boualem Sansal, Boualem qui fut lauréat du Prix de la Laïcité, tous comme Kamel Daoud, dont nous devons entendre l’invitation récente à ne plus avoir peur de l’islamisme ?

Les premiers coups de boutoir, ce furent les affaires dites du voile à l’école. Certains voulurent n’y voir qu’une pratique culturelle, quand ce n’était une coquetterie vestimentaire adolescente, alors qu’il s’agissait bien de l’affirmation d’une appartenance à vocation prosélyte. Nous étions vers la fin des années 80.

C’est alors que fut créé, avec le parrainage de femmes et d’hommes dont l’humanisme et l’attachement aux principes républicains ne font aucun doute, Elisabeth Badinter, Alain Finkielkraut, Régis Debray, Catherine Kintzler etc ... le Comité Laïcité République.

Plus de trente ans de militantisme, de mises en garde, de dénonciation des attaques contre la liberté absolue de conscience.

Quelques-unes de ces attaques sont venues des vaincus de 1905, mais une seule a tué nos amis journalistes, nos enseignants, nos concitoyens, notre jeunesse. Et j’ajouterai a grièvement blessé cet islam pratiqué paisiblement par une majorité de nos concitoyens de confession musulmane qui savent, comme l’a écrit Ghaleb Bencheikh, président de la fondation de l’islam de France et membre du Conseil des sages de la laïcité, faire la part des choses entre les affaires des hommes et les affaires de dieu. Cette menace c’est l’islamisme.

Beaucoup, tétanisés par la crainte de stigmatiser « la religion des opprimés », et se voir accuser d’être racistes, islamophobes, ont détourné le regard.

"Islamophobie", un mot menteur uniquement destiné à empêcher la critique d’une religion, d’une croyance.

Or, pour nous, porteurs de l’héritage des Lumières, aucune croyance n’échappe au filtre de la raison.

Nous,

Nous n’avons jamais tenu Mohammed Merah pour un "loup solitaire".

Nous n’avons pas considéré que les assassins de Mireille Knoll avaient agi ainsi parce qu’ils étaient sous l’emprise de stupéfiants,

Nous avons pris au sérieux les menaces qui ont inondé notre République,

Et avions, nous, la conviction que ces massacres étaient l’œuvre, non pas de l’islam, mais de ce projet totalitaire né chez ces fous de dieu rêvant d’étendre sur le monde leur domination et cet antisémitisme consubstantiel de leur idéologie.

Il faut les écouter, et les croire lorsqu’ils déclinent leur projet, lorsqu’ils parlent d’« oumma » montpelliéraine pour désigner la communauté des croyants de cette ville, dévoilant ainsi leur projet d’un séparatisme qui s’affiche sans vergogne.

Et il faut regarder du côté où ils sont au pouvoir, en Afghanistan, en Iran mais aussi chez Monsieur Erdogan, avec sa criminalisation de toutes revendications de liberté, Monsieur Erdogan qui prétend que le coran suffit à lui seul pour dire la loi des hommes. Regarder aussi du côté de leurs conquêtes en occident, en Grande Bretagne, et en Belgique.

Mais que veulent-ils ?

Que le lien politique qui unit les citoyens soit calqué sur un modèle religieux ou le dogme tient lieu de vérité et ou la liberté des individus cède devant la loi de la communauté.

Que les femmes se soumettent à des prescriptions obscurantistes.

Qu’un enfant, dès sa naissance, soit un membre de « l’oumma » quand nous le voulons un être libre en devenir.

Nos lois ne nous ont pas été dictées par une divinité. Elles sont nées de la volonté de femmes et d’hommes libres.

Car la laïcité, cette philosophie du silence sur le religieux selon cette jolie formule de notre amie la philosophe Catherine Kintzler, c’est aussi, et peut-être avant tout, un principe juridique. C’est-à-dire des lois, celle du 29 juillet 1881, sur la liberté de la presse abolissant le délit blasphème, mettant hors la loi ces pseudo vengeurs du prophète (souvenez-vous du cri des assassins de la rédaction de Charlie ), c’est la Loi de Séparation, qui assure, ne l’oublions pas, la liberté absolue de conscience, c’est la « loi du 15 mars 2004, encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics », c’est la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, et, bientôt, nous l’espérons, une loi assurant le principe de neutralité dans le sport. La victoire, devant le Conseil d’État, de la Ligue du Droit International des Femmes emmenée par sa présidente Annie Sugier et Maître Frédéric Thiriez face à l’association des "hidjabeuses" qui réclamaient l’abolition d’un article des statuts de la Fédération française de football interdisant le port de signes religieux lors de compétitions est la preuve que la cause n’est pas perdue. C’est un exemple dont devraient s’inspirer nos élus en passe de débattre de cette question.

Chers amis, nous sommes nombreux ce soir et nous pouvons aisément imaginer que nous aurions quelques différences d’appréciation sur ce que dit la laïcité et ce qu’elle ne dit pas. Peut-être même que certains d’entre vous seriez prêts à accepter ce mensonge d’une laïcité dite "ouverte", "tolérante".

Vous auriez tort. Adjectiver la laïcité c’est lui faire perdre son sens, sa force, c’est ouvrir la porte aux petits arrangements, aux « ce n’est qu’un bout de tissu, ce n’est pas si grave » ou encore « qu’est-ce que ça peut vous faire qu’ils ne serrent pas la main des femmes, si c’est leur tradition ». Et si vous résistez, vous aurez droit à l’injure suprême : « islamophobe ».

Nous sommes ensemble, ici, ce soir, parce que nous partageons tous l’amour de la République, le rejet de la haine, le refus des petits arrangements, et de toute récupération de l’idéal laïque à des fins d’ostracisation. Nous sommes déterminés à défendre cet héritage des Lumières cet humanisme laïque aujourd’hui menacé.

Ce combat tirera sa légitimité de notre capacité collective à tenir à égales distances toutes les religions dès lors qu’elles prétendraient imposer leur loi, à assurer, en cette année anniversaire de la loi de 1905, les grands principes de notre République laïque :

. Séparation des religions et de l’état,

. Distinction de l’espace publique et de la sphère privée

. Liberté absolue de conscience

Ce combat, n’est pas perdu.

Et ce combat commence à l’école. Là où ces citoyens en devenir apprennent à penser par eux-mêmes. Là où ils doivent apprendre que la laïcité c’est la liberté.

Alors, ce soir, je vous fais une proposition.
Joignez-vous à nous et à nos amis du collectif Vigilance Collège Lycée, qui regroupe des enseignants à la pointe du combat laïque, pour réclamer que la laïcité à l’école soit déclarée « Grande cause nationale », et, qu’ainsi les Lumières héritées du XVIIIe continuent d’éclairer l’intelligence de nos enfants.

Je vous remercie.

Gilbert Abergel



Comité Laïcité République
Maison des associations, 54 rue Pigalle, 75009 Paris
Voir les mentions légales