Note de lecture

Lydia Guirous - L’intégration n’est pas une alternative à l’assimilation (J.-P. Sakoun)

par Jean-Pierre Sakoun. 22 mars 2021

[Les échos "Culture" sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Lydia Guirous, Assimilation. En finir avec ce tabou français, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2021, 96 pp., 10 €.

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Lydia Guirous, ancienne porte-parole et secrétaire nationale de LR en charge des valeurs de la République et de la laïcité, donne avec cet ouvrage un livre de combat, appelant à la réhabilitation du concept éminemment républicain d’assimilation, abandonné depuis une quarantaine d’années au profit de l’intégration, voire désormais de l’inclusion. Ce sont ces abandons et ces lâchetés qui ont conduit la France au bord de la déchirure, l’islam politique et radical ayant profité de ces reculs pour faire naître et favoriser un véritable comportement séparatiste chez une partie des Français de confession musulmane et d’origine maghrébine.

Lydia Guirous montre avec fougue et finesse que l’intégration n’est pas une alternative à l’assimilation mais qu’elle en est la voie et l’instrument. Á considérer qu’elle suffit à faire cohabiter des populations sans aller jusqu’au bout du processus, la gauche a remplacé l’idéal républicain de fraternité et d’égalité par une proposition dont on constate aujourd’hui l’échec, la coexistence des communautés, le fameux « vivre-ensemble ».

Cette politique menée ou subie par des élites intellectuelles et politiques peureuses, voire lâches, a été redoublée par la domination du modèle culturel américain, qui a imposé sa vision communautariste et dont on mesure chaque jour l’échec, dans ce pays ou la violence intercommunautaire est une constante.

Au nom de l’antiracisme dévoyé, du respect quasi-sacré de la « diversité » on a renoncé à l’exigence d’élévation collective qui permet de construire un peuple souverain et assuré. On a laissé à l’extrême-droite le bénéfice des mots, des idées, des concepts-mêmes qui ont permis depuis la Révolution française de construire une France où la liberté, l’égalité et la solidarité sont des réalités. Est-il encore possible de parler de Nation, d’amour de la patrie, de fierté de son pays, du drapeau tricolore, de la Marseillaise, de la laïcité, sans lire dans les yeux de son interlocuteur le soupçon d’être un suppôt du fascisme, alors que tous ces idéaux sont nés avec la République et en sont les principaux architectes ?

Face à ce constat, Lydia Guirous veut réhabiliter l’assimilation, non pas comme l’exigence d’une « page blanche », d’un « total recall » à la Aldous Huxley qui voudrait que chacun subisse un lavage de cerveau en arrivant sur le sol national, mais comme l’engagement de tous à appartenir à la seule communauté non essentialisée, « la communauté nationale qui s’appelle France ». « Premier pilier de la lutte contre l’intégrisme, meilleur remède contre le séparatisme », l’assimilation est aussi un point de vue qui permet de rendre aux personnes leur dignité, en ne les considérant plus au mieux comme des victimes, au pire comme des arriérés incapables de comprendre la beauté de cet idéal. Ceux que l’on s’est mis un jour à appeler des « beurs », sans prendre conscience de la charge insultante de ce sobriquet dérisoire, doivent être considérés comme des citoyens en devenir capables du même parcours émancipateur que les millions d’immigrés qui les ont précédés.

La France du 21e siècle ne peut plus, ne doit plus être un « territoire de hasard », mais doit donner à chacun ce qui lui est dû, au nom de son histoire, de ses idéaux et de ses moyens et pas en tant que guichet dispensateur de droits sociaux. Ceci passe par une projet ambitieux consistant, comme le disait Ferdinand Buisson à accomplir « le premier devoir de la République, faire des républicains ». Tout doit être entrepris pour atteindre cet objectif, du parcours citoyen à la rénovation de l’école et de la formation des maîtres, en passant par le rétablissement du principe d’égalité, par exemple en exigeant que l’uniforme, comme dans les départements ultramarins, efface les différences sociales et les engagements partisans des élèves et de leurs parents.

Lydia Guirous affirme aussi clairement la nécessité de mettre fin au port « du voile dans l’espace public pour réaffirmer nos valeurs et notre conception de la dignité humaine et de l’égalité hommes/femmes ». Ce signe est le symptôme d’une véritable prise en main des jeunes musulmans par l’islam radical en Europe et particulièrement en France.

L’auteur en appelle enfin à la reconstruction de « mythes républicains » renouvelés et modernisés, au sens que donne à ce terme Roland Barthes, pour que Marianne ne soit plus une figure froide sans lien avec le réel et le quotidien de notre jeunesse, mais un idéal désirable.

Après le discours des Mureaux du président de la République, ce livre convaincu et convaincant, bourré de propositions et d’idées, propose aux immigrés comme aux responsables politiques et aux élites intellectuels, de renoncer à une posture victimaire en miroir. Nous devons recommencer à aimer ensemble ce grand pays parmi les plus libres, les plus solidaires et les plus généreux du monde, pour y reconstruire un peuple, une communauté qui ne doivent rien à la race, à la religion, à l’ethnie, au sang, mais tout à la fraternité républicaine.

Ce programme se nomme « assimilation ». La lecture de ce livre, qui, après les trois ouvrages précédents de Lydia Guirous, continue à creuser le sillon fertile de l’émancipation, vous convaincra de sa pertinence et de son urgence.

Jean-Pierre Sakoun


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