Note de lecture

C. Fourest : Face à la revanche de l’intégrisme

par Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République. 17 octobre 2016

Caroline Fourest, Génie de la laïcité, Grasset (sept. 16).

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Au lendemain de la Révolution française, Chateaubriand, dans Génie du Christianisme, avait voulu affirmer ce qu’il considérait comme la supériorité de la religion chrétienne sur les valeurs des Lumières. En intitulant son dernier livre « Génie de la laïcité », Caroline Fourest entend montrer que la laïcité constitue une clé indispensable pour préserver ces valeurs face à « la revanche de l’intégrisme ».

Car le terrorisme « qui menace le siècle se réclame de Dieu ». « Plus ils tuent, plus des démocrates leur trouvent des excuses quand ils ne se mettent pas à blâmer leurs victimes », plus de faux prophètes annoncent depuis des années le retour du religieux comme une source de réenchantement du monde, dénoncent le « laïcisme » comme une menace et expliquent le danger intégriste comme une menace imaginaire, sortie de cerveaux « islamophobes » écrit l’auteure.

Caroline Fourest, dont le courage n’est plus à démontrer face aux menaces dont elle fait l’objet, nomme ceux qui fragilisent la laïcité. L’extrême-droite qui « doit en partie dissimuler sa xénophobie sous un vernis républicain et laïque » afin d’élargir son électorat [1] . Mais aussi une partie de l’extrême-gauche, les « Indigènes de la République » notamment pour qui la laïcité serait « bourgeoise » et participerait de la « colonisation culturelle », voire du « racisme d’État ». « Quand elle ne se solidarise pas carrément avec les intégristes ultraréactionnaires, perçus comme les nouveaux damnés de la terre ! » 

Une thématique qui, souligne Caroline Fourest, n’est paradoxalement pas sans similitude avec la culture politique américaine pour laquelle la laïcité est coupable de violer la liberté religieuse alors que le sécularisme à l’américaine place la liberté religieuse avant le respect de l’égalité. Le New York Times, au cours de l’été, s’est saisi de l’affaire du burkini pour étriller une nouvelle fois la laïcité française alors même qu’elle n’était pas en cause [2]. En 2009, alors que la France était déjà menacée par Al-Qaïda, le président américain, Barak Obama, avait trouvé judicieux de mettre la France à l’index dans un passage de son fameux discours du Caire [3]. En 1953, Nasser, le président égyptien, s’était moqué du guide de la confrérie qui lui avait demandé de voiler toutes les Egyptiennes [4]. « Qu’il le porte lui-même », avait-il dit…

La laïcité n’a pas que des ennemis, elle a aussi de faux amis. Entre les deux extrêmes, les communautaristes et les xénophobes, il y a ces « politiques qui voudraient au choix toiletter la laïcité, la réactualiser, l’accommoder, l’ouvrir », pour mieux la vider de son contenu. On se souvient des tentatives de « toilettage » de Nicolas Sarkozy, des concessions à l’école privée et des accommodements de la gauche. L’auteure cite néanmoins l’engagement de Manuel Valls qui « dénonce les aveuglements d’une certaine gauche envers l’islamisme » alors que, poursuit l’auteure, « la stratégie des islamistes est de convaincre les musulmans de basculer dans le camp de la terreur ».

Caroline Fourest critique également l’évolution de grandes associations, la Ligue de l’enseignement, la Ligue des Droits de l’Homme, la Libre Pensée, « toujours anticléricale quand il s’agit du catholicisme mais criant à « l’islamophobie » quand il s’agit de l’islam », la « gauche Mediapart tendance Edwy Plenel qui a mis son énergie à relayer la propagande des Frères musulmans », l’Observatoire de la laïcité...et une « certaine presse, terrorisée à l’idée de penser ». « La République française ne deviendra pas plus démocratique en devenant moins républicaine », répond-elle à ceux qui oublient, selon la formule de Régis Debray que « la République, c’est la démocratie plus la laïcité ».

Répondant à ceux qui réclament une renégociation de la loi de 1905, Caroline Fourest rappelle que cette loi « pensée pour tous les cultes s’adapte à chaque religion et non l’inverse ». « Elle ne fut pas le fruit d’une séparation à l’amiable » entre la République et l’Église mais d’un difficile compromis entre républicains. L’Église a combattu cette loi comme elle avait condamné la République naissante. Ses ultra, l’équivalent des islamistes d’aujourd’hui, avaient appelé à la désobéissance civile. Les députés qui avaient voté la séparation furent tous été excommuniés. Les relations entre le Vatican et la République furent rompues. Bref, ils firent preuve d’un courage politique qui semble faire défaut aujourd’hui.

Il est vrai que « l’époque n’est plus aux Lumières mais à la revanche des anti-Lumières », écrit Caroline Fourest qui appelle au sursaut. Aussi, afin que « la laïcité serve de bouclier et non de glaive », avance-t-elle des propositions dont certaines ont été soutenues par le Comité Laïcité République. Débattre sans brutaliser, protéger l’université du prosélytisme sans légiférer, consacrer à l’école laïque l’argent versé à l’école religieuse, abroger la loi Debré et toutes celles qui ont suivi, clarifier la situation des crèches par la loi, faire appliquer les chartes de la laïcité dans les hôpitaux, clarifier par la loi la neutralité religieuse sur les lieux de travail, ne plus accepter le clientélisme des élus locaux, réintégrer l’Alsace-Moselle... Quand à la construction et au financement des mosquées, « le rattrapage est largement opéré », le ratio de lieux de culte musulmans par croyant étant quasiment équivalent au ratio de cultes catholiques. « Le vrai danger ne vient pas de l’étranger mais des jeunes nés en France, ne parlant pas un mot d’arabe et qui se bricolent une identité religieuse radicale », précise-t’elle.

Qui peut croire que le combat laïque est terminé alors que « le retour d’un ordre moral politico-religieux s’observe sur tous les continents ? » lance-t-elle en guise de conclusion provisoire.

Une contribution argumentée qui sera utile à ceux qui, au-delà des polémiques stériles, à quelques coudées de l’élection présidentielle, souhaitent que s’ouvre le véritable débat sans se tromper d’adversaires. Il y va de la paix sociale et de la pérennité des principes des Lumières.

Patrick Kessel



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