Note de lecture

Amos Oz - Israël-Palestine : testament pour deux Etats (G. Durand)

par Gérard Durand. 4 février 2021

[Les échos "Culture" sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

Amos Oz, Rien n’est encore joué, Gallimard, oct 2020, 48 p., 7 €.

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Amos Oz est né à Jérusalem en 1939 et mort à Tel Aviv en 2018. Il est probablement le plus grand écrivain israélien de sa génération, ses livres ont été traduit dans le monde entier et couverts de nombreux prix littéraires. Ce petit ouvrage est le texte d’une conférence prononcée le 2 juin 2018 à l’université de Tel Aviv, alors qu’il était gravement malade et savait ses jours comptés. Il a refusé de la considérer comme son testament politique, même si elle en a vraiment l’apparence.

Les relations entre Israël et les Palestiniens sont aujourd’hui comme une plaie ouverte. Or qui peut prétendre guérir une blessure en la frappant à coups de bâton ? C’est pourtant l’attitude actuelle du gouvernement israélien et, pour notre auteur, elle est sans issue. Pourtant Amos Oz n’a rien d’un pacifiste et considère que le bâton peut être nécessaire dans les situations de crise extrêmes, mais il ne doit être qu’un instrument parmi d’autres pour permettre le règlement des problèmes.

La seule solution possible est celle de deux Etats. La raison en est très simple. Un seul Etat finira tôt ou tard en Etat arabe, même si entre temps il passe par des situations d’apartheid ou même de guerre civile. Le seul état multinational existant est la Suisse, tous les autres ont échoué. Dans cette région du monde, comme la Syrie, l’Irak ou le Liban, mais ailleurs où tous connaissent des tensions pouvant les faire éclater. L’URSS l’a prouvé, l’Angleterre, l’Espagne ou la Belgique, le Canada et même les Etats-Unis n’en sont pas loin. Comment imaginer qu’un Etat comme Israël, incluant la Palestine, échapperait à cette règle ?

Pour Amos Oz, la prière « L’an prochain à Jérusalem » pouvait se répéter pendant des siècles jusqu’à l’arrivée du nazisme et le fuite des juifs d’Europe de l’Est. Il s’appuie sur l’exemple de son grand père recherchant sans succès un pays d’accueil. Tous les rejetaient, personne ne voulait d’eux, avec souvent des arguments très spécieux comme l’Afrique du Sud arguant qu’en accueillant des juifs elle introduirait chez elle l’antisémitisme. Alors « L’an prochain à Jérusalem » est devenu réalité parce qu’il n’y avait pas d’autre endroit ou aller.

Il démonte le mythe de ce qu’il appelle la « reconstructite », qui consiste à penser qu’après une très longue absence on va pouvoir retrouver à l’identique, un pays, un village ou un être que l’on a quitté alors que tout a changé. Il se demande si ce n’est pas devenu la quintessence du sionisme alors que ce n’est qu’une utopie.

En conclusion, Amos Oz appelle de ses vœux la venue d’un véritable homme d’état, c’est-à-dire de celui qui aura le pouvoir de convaincre les Israéliens de faire ce qu’ils n’ont pas envie de faire tout en sachant que c’est inévitable même si c’est douloureux, convaincu que la majorité des Israéliens le pensent. Celui qui osera leur dire « Les gars, ça suffit, il est temps de passer sur le billard. Au fond vous le saviez depuis le départ ». Comme l’a fait Harry Truman, ce fermier du Middle Ouest avec les Américains avant de retourner enseigner la musique dans un lycée du Missouri.

Ces quarante-huit pages se lisent en moins d’une heure mais elles nous enrichissent bien plus que nombre d’épais ouvrages souvent trop bavards

Gérard Durand


Lire aussi la note de lecture de Patrick Kessel Amoz Oz : Ultime salve contre le fanatisme avant de mourir (P. Kessel) (note du CLR).


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