(F.-O. Giesbert, Le Point, 20 fév. 25 ) 27 février 2025
[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]
Michel Onfray, L’Autre collaboration. Les origines françaises de l’islamo-gauchisme, éd. Plon, fév. 2025, 448 p., 22 e.
Lire " FOG : « Michel Onfray atomise les nouveaux “collabos”, les islamo-gauchistes »".
Suppôt de toutes les dictatures, pourvu qu’elles soient antioccidentales, voici Edwy Plenel, devenu le garçon de courses de la véreuse dictature algérienne, qui vient de monter une opération foireuse contre notre ami Kamel Daoud, Prix Goncourt 2024, accusé par une victime des violences islamistes des années 1990 de lui avoir « volé » son histoire : le site Mediapart orchestre donc sans vergogne la campagne d’une puissance étrangère contre l’auteur de Houris. Les « collabos » sont revenus, on vous le dit.
Appelons un chat un chat : comme leurs ancêtres crypto-nazis des années 1940, les islamo-gauchistes de 2025 s’appuient sur une avant-garde pour propager la haine de l’Occident « dégénéré » incarné par le mâle blanc colonialiste, réhabiliter la théocratie avec sa charia au détriment de la démocratie et transformer Israël comme le peuple juif en boucs émissaires à éradiquer l’un comme l’autre. Comme sous l’Occupation, ils ont des relais partout, dans l’intelligentsia, les médias, la magistrature, etc. Ce sont les personnages de L’Autre Collaboration, de Michel Onfray, un grand livre à lire et à faire lire qui paraît la semaine prochaine (1).
Si Michel Onfray n’existait pas, il faudrait l’inventer. Que serait le débat intellectuel sans lui ? Une vieille ragougnasse oubliée sur le feu. Dans cet essai de combat sous-titré Les origines françaises de l’islamo-gauchisme, il montre du doigt les fourriers du nouvel antisémitisme, celui qui, au nom de Gaza, vient de la gauche, repue de bonne conscience. Tout était déjà dans Marx qui, pour être juif (mais assimilé), n’en était pas moins antisémite : l’auteur nous le montre, textes à l’appui. Après quoi beaucoup de chapeaux à plumes de l’intelligentsia ont été entraînés sur une pente antisémite.
Rares sont ceux qui, comme Camus ou Malraux, échappent à la sulfateuse de Michel Onfray. S’il a, de notre point de vue, la main trop lourde avec Jacques Derrida, on ne peut contester ses accusations, citations accablantes à la clé, envers tant de nos grands intellectuels partis à la dérive. Ainsi Sartre qui, pour faire oublier sa couardise pendant l’Occupation, crut nécessaire de « nazifier » le régime instauré par de Gaulle, qu’il osa traiter de « foutu salaud ». Ainsi Ricœur qui, après avoir participé aux « cercles Pétain » jusqu’en 1943, n’hésita pas, pour le faire oublier, à célébrer la Chine de Mao. Ainsi tous ceux qui ont fait un rempart de leurs corps pour protéger le grand philosophe allemand Heidegger, lequel, malgré leurs dénégations, fut bien nazi et encarté de 1933 à 1943, comme l’établit Onfray sans appel.
Le ver de l’islamo-gauchisme était dans le fruit de la société française. Jusqu’à la flambée actuelle, il n’a cessé de marquer des points depuis que la gauche, jadis universaliste, s’est mise à piétiner la tradition ou l’identité – sauf, bien sûr, si elles étaient antifrançaises ! – tandis que l’antisémitisme, d’abord historiquement chrétien, puis antichrétien, devenait… socialiste. La complaisance de l’intelligentsia de gauche envers le racisme antijuif ou le totalitarisme islamique ne date pas d’hier. Dans son passage en revue spectral des idées faisandées de nos chers penseurs, Onfray nous en apprend de belles, comme les extases de Foucault devant « un islam salafiste, rigoriste », dont l’antioccidentalisme « fait la joie des philosophes ».
Prophétique fut le rôle que joua Roger Garaudy, intellectuel communiste défroqué, devenu, dans les années 1980 puis 1990, une référence planétaire. Fatras de citations, ses livres ne valent certes pas tripette. Feignant de s’interroger sur l’existence des chambres à gaz, qu’il écrit toujours avec des guillemets, il considère que les Juifs sont les nazis du peuple palestinien. À la même époque, soit cinquante ans avant Aymeric Caron, le philosophe Gilles Deleuze faisait des Juifs des… génocidaires. Le Monde s’inquiétait, le week-end dernier, de la « menace diffuse » du néonazisme. À droite, il va de soi. Il aurait été fondé, mais c’eût été trop demander, de regarder aussi à gauche. Ou du côté de son fondateur, Hubert Beuve-Méry, dont le nom figure toujours à la une et qui, dans un livre (2), écrivait en 1939, après l’avoir critiqué, que le nazisme avait « contribué à redonner aux hommes le goût de la vie et le courage du sacrifice ». Sans oublier le sens d’« une certaine grandeur ».
1. Plon. À paraître le 27 février. 2. « Vers la plus grande Allemagne ».
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