<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&rsquo;Harmattan, 2021) &#8211; Comité Laïcité République</title>
	<atom:link href="https://laicite-republique.org/category/9-culture/42-livres/marianne-toujours-50-ans-dengagement-laique-et-republicain-par-patrick-kessel-lharmattan-2021/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://laicite-republique.org</link>
	<description></description>
	<lastBuildDate>Thu, 11 Jun 2026 14:20:22 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.1.4</generator>

<image>
	<url>https://laicite-republique.org/wp-content/uploads/2026/07/logo_CLR-150x150.jpg</url>
	<title>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&rsquo;Harmattan, 2021) &#8211; Comité Laïcité République</title>
	<link>https://laicite-republique.org</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>« L&#8217;émouvant exemple du frère Allende » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/109-lemouvant-exemple-du-frere-allende-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/109-lemouvant-exemple-du-frere-allende-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Sep 2023 05:25:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=19016</guid>

					<description><![CDATA[Livre (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). Par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Il n&#8217;était pas de ces élus qui voudraient faire oublier leur appartenance à la franc-maçonnerie dès lors qu&#8217;elle pourrait [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre </strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). Par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Il n&rsquo;était pas de ces élus qui voudraient faire oublier leur appartenance à la franc-maçonnerie dès lors qu&rsquo;elle pourrait être préjudiciable à la suite de leur carrière. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p>[Les échos « Culture » sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>La nouvelle tombe comme une bombe meurtrière sur nos plus belles espérances. Les militaires ont donné l&rsquo;assaut au palais de la Moneda. <em>El Presidente ha muerto</em>. Salvador Allende n’est plus. Le monde vacille pour les puceaux de la politique que nous sommes. Pour la première fois de nos vies, la mort n’est plus une image distante, un horizon lointain, une perspective étrangère.  Elle ne se contente pas de briser un homme, un mouvement, un espoir. Elle s&rsquo;insinue au plus profond de mon être pour tenter d&rsquo;en arracher mes idéaux et mes dernières illusions.</p>
<p>Cet homme a voulu croire jusqu&rsquo;au bout à la démocratie. À l&rsquo;aile gauche qui scandait <em>« El pueblo armado jamas sera vencido »</em>, il répondait avec abnégation par d&rsquo;incessants appels à l&rsquo;unité et la tentative permanente de négocier pour empêcher la guerre civile.</p>
<p>Il savait qu&rsquo;au-delà du Chili, de très nombreux peuples solidaires suivaient avec attention et émotion cette aventure qui devait prouver que le socialisme à visage humain était possible, même après la dictature des goulags. Après tant de déconvenues, d&rsquo;espoirs bafoués, une lumière venue de ce petit pays du bout du bout du monde donnait à espérer.</p>
<p>La mort du président Allende n&rsquo;en retentit que plus violemment à mes oreilles encore un peu naïves. Je me souviens très précisément de la virulence et de la brutalité de l&rsquo;information lâchée à la radio, de la détresse et du malheur qui s&rsquo;abattirent sur moi, des larmes impudiques que je ne pus contenir. L&rsquo;onde de choc du traumatisme serait suffisamment longue pour susciter ce qu&rsquo;on dénomma le « syndrome chilien », la peur du coup d&rsquo;État, lorsqu&rsquo;en 1981 la gauche française arrivera au pouvoir.</p>
<p>L&rsquo;expérience chilienne n&rsquo;était pas que politique. Avec mes amis, je l’avais soutenue de toutes mes modestes forces pour sa force éthique incarnée par les derniers mots du Président. Alors qu&rsquo;il refuse de se rendre à la junte, dans une ultime allocution retransmise à la radio, il prononce ces mots bouleversants : « Dans ces circonstances historiques, je veux que le sacrifice de ma vie soit un exemple de fidélité au peuple. Je vous dis et c&rsquo;est là ma conviction profonde, que nous avons semé dans la noble conscience de milliers et de milliers de chiliens une graine que rien ne pourra faire disparaître. Oui, ils sont forts bien sûr ; ils peuvent avoir le dessus. Ils ont beau faire, ni le crime, ni la force brutale ne pourront juguler le processus social. C&rsquo;est à nous qu&rsquo;appartient l’histoire ; ce sont les peuples qui la font. Vive le Chili ! Vive le peuple ! Vivent les travailleurs ! »</p>
<p>Allende avait vécu et choisi de mourir en homme libre. En franc-maçon qui n&rsquo;a pas oublié cette injonction professée le jour de son initiation, après qu&rsquo;il s’est agenouillé pour être adoubé tel un chevalier : Tu ne mettras plus jamais genou en terre, car un franc-maçon vit et meurt debout.</p>
<p>La vie politique offre peu d&rsquo;occasions d&rsquo;honorer de telles fidélités. Je découvrais que j&rsquo;aimais cet homme, sa combativité certes, mais aussi sa simplicité, son sens moral, sa fidélité, cette façon d&rsquo;assumer jusqu&rsquo;au bout sa part de vérité quel qu&rsquo;en soit le prix à payer.</p>
<p>Le frère Allende était un authentique maçon. Vénérable Maître de la Loge Hiram 65 à Santiago à deux reprises, il n&rsquo;était pas de ces élus qui voudraient faire oublier leur appartenance à la franc-maçonnerie dès lors qu&rsquo;elle pourrait être préjudiciable à la suite de leur carrière. Qui plus est, il n&rsquo;hésitait pas à l&rsquo;assumer publiquement. Dans un entretien demeuré célèbre avec Régis Debray <sup class="spip-note">[<em>Entretiens avec Allende sur la situation au Chili</em>, Cahiers libres 202, François Maspero, 1er trimestre 1971.]</sup>, il répond à son interlocuteur, qui pense discerner une contradiction entre ses engagements politique et maçonnique, que ceux-ci sont complémentaires.</p>
<p>«J&rsquo;appartiens personnellement à une tradition maçonnique. Mon grand-père, le docteur Allende Padin, a été grand maître de l&rsquo;Ordre maçonnique au siècle dernier, à une époque où être franc-maçon signifiait lutter. Les loges maçonniques, les loges lautarines ont été les piliers de l&rsquo;indépendance et de la lutte contre l&rsquo;Espagne. Alors tu comprends qu&rsquo;avec une telle tradition familiale et aussi parce que la franc-maçonnerie a lutté pour des principes fondamentaux tels que la Liberté, l&rsquo;Égalité et la Fraternité, on peut avoir ce genre de relations. Cela dit, j&rsquo;ai maintenu au sein de la franc-maçonnerie qu’il ne peut y avoir d&rsquo;Égalité en régime capitaliste, pas même la moindre chance d’égalité ; qu&rsquo;il ne peut pas exister de Fraternité quand il y a exploitation de classe et que la Liberté authentique est une chose concrète et non pas abstraite. Je donne donc aux principes maçonniques le contenu réel qu&rsquo;ils doivent avoir. Bien sûr, je sais parfaitement qu&rsquo;il y a des pays où la franc-maçonnerie ne pourrait pas être considérée comme conforme à ces principes. »</p>
<p>Et de rappeler que si le parti communiste a été fondé en France avec des francs-maçons comme Marcel Cachin, l’incompatibilité entre les deux appartenances a été décidée à Moscou en 1919 par la Troisième <sup class="spip-note">[Internationale <em>(note de la rédaction CLR)</em>.]</sup>. Le frère président le regrette pour qui les deux idéaux, le socialisme et la franc-maçonnerie, sont complémentaires. Probablement a-t-il convaincu Régis Debray, dubitatif à l&rsquo;époque, mais qui écrira un peu plus tard que la franc-maçonnerie est la conscience de la République <sup class="spip-note">[<em>Que vive la République</em>, Odile Jacob, 1989.]</sup>.</p>
<p>Cette conception de la franc-maçonnerie des Lumières, nourricière des grands mouvements sociaux d&rsquo;émancipation de l&rsquo;Humanité, exprimait parfaitement les raisons pour lesquelles j&rsquo;avais voulu en être. Mais une si haute conception morale n&rsquo;était pas partagée à la Grande Loge du Chili qui courba l&rsquo;échine plus bas que sol. La principale obédience chilienne ne trouva rien à redire au coup d&rsquo;État, aux arrestations, tortures, exécutions immédiates, aux déportations, assassinats maquillés en disparitions qui suivirent. Vingt-cinq mille noms d&rsquo;assassinés et disparus sont désormais gravés sur l&rsquo;immense mur de granit, dressé dans le Cementerio General de Santiago. Je me rendrai plus tard dans la capitale chilienne pour enquêter sur le comportement des églises et des obédiences maçonniques face à la dictature, article que publiera <em>Le Monde diplomatique</em>, en 1988 <sup class="spip-note">[<em>Le Monde diplomatique</em> &#8211; voir chapitre plus loin.]</sup> <sup class="spip-note">[Voir <a href="https://laicite-republique.org/?p=15840">P. Kessel : « La franc-maçonnerie face à la dictature chilienne » (Le Monde diplomatique, juil. 88)</a> <em>(note de la rédaction CLR)</em>.]</sup>.</p>
<p>Dans les semaines qui suivirent le coup d&rsquo;État, avec des sœurs et des frères, nous mîmes en place une véritable chaîne de fraternité pour accueillir ces femmes, ces hommes, leurs enfants, qui, tels les anciens républicains espagnols, imaginaient s&rsquo;installer quelques temps dans l&rsquo;exil, quand ils allaient constituer une nouvelle et durable diaspora contrainte à l&rsquo;intégration. L’ambassade de France à Santiago joua un grand rôle, permettant de sauver de nombreuses vies. Arrivés à Paris, les réfugiés avaient besoin de logement, de ressources, de travail, de couverture santé. L&rsquo;installation dans un premier temps ne fut pas trop ardue, le gouvernement facilitant les choses et nombre de militants donnant de leur temps. C&rsquo;était une autre époque. Quel courage il fallut à ces femmes et à ces hommes qui avaient tout laissé sur place pour rebâtir une vie en France et qui durent plus tard, comme pour la plupart des diasporas, affronter l&rsquo;incompréhension de ceux qui avaient été contraints de demeurer au pays ! Les plus favorisés des exilés qui ne bénéficiaient pas nécessairement d&rsquo;équivalences, durent repasser leurs diplômes en France.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a>, <br />
dans la Revue de presse <a href="https://laicite-republique.org/?cat=478">Chili</a> <em>(note de la rédaction CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/109-lemouvant-exemple-du-frere-allende-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« La barbarie contre les Lumières » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/383-la-barbarie-contre-les-lumieres-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/383-la-barbarie-contre-les-lumieres-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Aug 2023 06:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=18824</guid>

					<description><![CDATA[Livre (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). Par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Le cauchemar de plus en plus prévisible, qu’évoquait Charb avec philosophie la dernière fois que nous avons dîné dans [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). Par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Le cauchemar de plus en plus prévisible, qu’évoquait Charb avec philosophie la dernière fois que nous avons dîné dans un restaurant chinois de Belleville, protégés par deux policiers l’un à une table voisine, l’autre à l’entrée, est devenu réalité. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p>[Les échos « Culture » sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>Des mots aux actes, la violence monte en puissance. D’un côté l’islamisme politique qui avance derrière le communautarisme radical, de l’autre l’extrême droite qui s’en nourrit, détourne la laïcité à des fins nationalistes et xénophobes, se rapproche du pouvoir. Ainsi fonctionnent-ils comme le moteur à deux temps de la vie politique qui, petit à petit, vide le jeu démocratique de son sens.</p>
<p>La violence, réduite par les médias à des faits divers dont les auteurs n’ont pas de nom, se banalise, se rapproche. Rappels loin d’être exhaustifs. 2004 : assassinat du réalisateur néerlandais Théo Van Gogh par un islamiste à Amsterdam. 2005 : menaces de mort après la publication dans le quotidien danois <em>Jyllands-Posten</em> de douze caricatures de Mahomet. 2006 : menaces de mort contre le philosophe Robert Redecker, tueries à Toulouse et Montauban faisant 7 morts, Joué-lès-Tours, Dijon, à Nantes une camionnette fonce sur marché de Noël,  Nice, trois militaires  en faction devant un centre juif agressés au couteau par Moussa Coulibaly, Mantes-la-Jolie, aéroport d’Orly, Isère : un mort décapité, attentat du train Thalys, sept attaques à Paris et en Seine-Saint-Denis provoquant la mort de 130 personnes et faisant 413 blessés, un adolescent turc de 15 ans agresse à la machette un enseignant juif, double meurtre à Magnanville, Nice, 86 tués et 286 blessés sur la promenade des Anglais par un camion-bélier jeté sur la foule, Saint-Étienne du-Rouvray, un prêtre égorgé, attaque contre des militaires au Carrousel du Louvre, un policier tué sur les Champs Élysées, attaque au marteau d’un policier devant Notre-Dame-de-Paris, attaque à la voiture bélier à Levallois-Perret, assassinat de quatre personnes et prise d’otages à Trèbes (Aude), attaque au marché de Noël de Strasbourg, assassinat de cinq passants à Villeurbanne, un mort à Paris dans l’attentat à la Préfecture de police de Paris, Villejuif, un mort, Paris, Mohamed Merah ouvre le feu devant le collège Ozar Hatorah faisant quatre morts et un blessé grave, Marseille, un engin incendiaire est jeté contre une école juive, Toulouse, une voiture bélier lancée contre une synagogue de Toulouse, bouteilles d’acide contre une école juive à Paris, attaque à la barre de fer contre une école Loubavitch à Paris, Créteil, Villeurbanne.., Paris encore, bombe au cinéma Rivoli Beaubourg qui accueille le festival international du cinéma juif…la liste est interminable qui remonte pour moi au 9 août 1982 quand cinq hommes armés ont fait irruption et lancé des grenades dans le restaurant de Jo Goldenberg, faisant six morts et 22 blessés.</p>
<p>Cette violence finit par nourrir paradoxalement l’impression qu’elle ne concerne pas tous les Français. Qu’elle ne concerne pas les « Français innocents », selon le lapsus malheureux de Raymond Barre, alors Premier ministre, évoquant maladroitement les victimes non-juives de l’attentat de la synagogue Copernic à Paris, en octobre 1980. Cette violence qui s’insinue dans les profondeurs du corps social sans qu’on réagisse tant qu’il est encore temps me rappelle l’avertissement de mes amis tchèques lorsqu’un petit matin de janvier 1968 ils avaient découvert les chars soviétiques sous les fenêtres de leur appartement, mettant un terme au Printemps de Prague ou bien, quelques années plus tard, le récit de mes amis chiliens, arrêtés et frappés par la soldatesque qui venait de prendre le pouvoir à Santiago un coup d’État que peu d’entre eux avaient réellement imaginé.</p>
<p>À nous, cela n’arrivera pas ! Cette violence qu’on croit sortie de nulle part, qu’on ne veut pas voir monter mais qui a mûri au fil des jours, dont on pense qu’elle ne peut arriver qu’aux autres, masquée par un sentiment d’immunité, d’indifférence, de résignation. Comment peut-on ne rien apprendre de l’histoire ? Toute mon adolescence, je me suis demandé comment le peuple allemand n’a pas vu monter le racisme et l’antisémitisme dès les années 1930 dans l’ombre du nazisme. Ou pourquoi l’a- t-il vu et n’a- t-il rien pu entreprendre pour l’empêcher. Pourquoi une chape de silence a- t-elle été posée sur les « Zola allemands » qui osèrent dénoncer courageusement l’horreur qui se mettait en place et finirent avec les opposants politiques, les communistes, les sociaux-démocrates, les francs-maçons, les juifs, les homosexuels, parmi les tout-premiers déportés au camp de Dachau ouvert dès mars 1933 ? Pourquoi la presse internationale n’a-t-elle rien dit alors que le gouvernement polonais en exil avait fourni des « preuves formelles » de la mise en place de la machine d’extermination depuis mars 1942 ? Pourquoi les Alliés sont-ils demeurés impuissants alors que leur déclaration de décembre de la même année atteste qu’ils savaient, ainsi que le démontre avec rigueur le journaliste Daniel Schneidermann ? <sup class="spip-note">[Daniel Schneidermann, <em>Berlin 1933, La presse internationale face à Hitler</em>, Points, 2020. Lire également sur le sujet : Christian Destremau, <em>Ce que savaient les Alliés</em>, Perrin, 2009 et Stéphane Courtois, <em>Qui savait quoi ?</em> La Découverte, 1987.]</sup>.</p>
<p>Pourquoi 80 parlementaires seulement refusèrent-ils de voter les pleins pouvoirs à Pétain et la fin de la République quand une poignée d’hommes politiques, avec Mendès France, Georges Mandel, Édouard Daladier, Edgar Pisani, Jean Zay, embarquaient sur le <em>Massilia</em> pour poursuivre la lutte contre l’occupant, et que de Gaulle, de Londres lancerait l’Appel du 18 juin ? Pourquoi la cécité s’impose-t-elle comme une forme prétendue de sagesse alors qu’elle n’est que lâcheté, jusqu’au moment où le mal qui a rongé la démocratie après s’en être copieusement nourri accède au pouvoir et révèle sa vraie nature ? Pourquoi et comment des idées barbares peuvent-elles s’imposer un jour à un peuple entier quand il est trop tard ?</p>
<p>7, 8 et 9 janvier 2015 : douze personnes assassinées, onze blessés dans les locaux de <em>Charlie</em>, sur le boulevard Richard Lenoir, à Montrouge, à l’Hyper casher de la porte de Vincennes à Paris. L’apocalypse. Les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, la psychanalyste Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, le policier Franck Brinsolaro, le correcteur Mustapha Ourrad, Michel Renaud, invité de <em>Charlie</em>, Frédéric Boisseau, un agent de maintenance du bâtiment, le gardien de la paix Ahmed Merabet, la policière Clarissa Jean-Philippe, François-Michel Saada, Philippe Braham, Yohan Cohen et Yoad Hattab, tombent sous les balles de terroristes islamistes. C’est un carnage. Le cauchemar de plus en plus prévisible, qu’évoquait Charb avec philosophie la dernière fois que nous avons dîné dans un restaurant chinois de Belleville, protégés par deux policiers l’un à une table voisine, l’autre à l’entrée, est devenu réalité. Pour avoir menacé le monde avec leurs crayons de toutes les couleurs, les dessinateurs de <em>Charlie</em> puis des policiers dans l’exercice de leur fonction et des collaborateurs de l’Hyper casher sont assassinés.</p>
<p>L’indignation ne se divise pas qui me bouleverse comme, ainsi que je l’imagine, elle ébranle le pays. Oncle Maris fréquentait un atelier parisien du Grand Orient. Stéphane Charbonnier, dit Charb, avait entrepris de rejoindre la Loge République. Libertaire, passé par le parti communiste, il se méfiait par principe des organisations qui trop souvent dévorent leurs militants quand ils se révèlent trop indépendants. Mais l’aventure le séduisait. Une association qui n’impose aucune conviction politique à ses membres sinon l’adhésion aux principes des Lumières, et où, après avoir découvert le bonheur du silence contraint, on peut s’exprimer le plus librement du monde à la seule condition de respecter la liberté des autres, cela lui convenait parfaitement ! L’idée le séduisait d’autant que le Grand Orient a toujours accueilli en son sein les esprits critiques, les chansonniers, les plumes impertinentes et libertaires. Charb, qui sous une apparente timidité cumulait ces personnages, était le bienvenu.</p>
<p>À vrai dire nous craignions pour nos amis comme pour ceux qui osent s’exprimer contre l’islamisme politique et doivent être protégés en permanence par la police, mais nous n’y croyions pas vraiment. Et là, comme pour la mort subite, inattendue, d’un être aimé en apparente bonne santé, la violence barbare nous rappelle à la réalité. L’attentat contre <em>Charlie</em> et l’Hyper casher résonnent symboliquement comme l’incendie du Reichstag pour la montée du nazisme. Au-delà de cette limite, toute tolérance avec l’islamisme politique n’est plus tolérable. C&rsquo;est à la République, à ses principes fondateurs, à l’intelligence, à la liberté de pensée que s&rsquo;en sont pris les nouveaux barbares. La République doit réagir faute, telle la République de Weimar discréditée et impuissante, d’être au final emportée par le flot des haines montantes. La République réagit.</p>
<p>Le Président, de l’Élysée, et le Premier Ministre, celui de l’Assemblée Nationale, s’expriment haut et fort, à la hauteur du moment historique que connaît le pays. Ils osent donner son nom au Mal, l’islamisme politique que la plupart des médias se refusent toujours à désigner comme tel. Des discours pétris d’émotion, portant haut les couleurs de la République, comme je n’en ai jamais entendus lorsque, journaliste parlementaire pour l’Agence France Presse, je passais des jours et des nuits au Palais Bourbon à écouter des allocutions, parfois brillantes mais souvent formelles et désincarnées. Les députés, dans un de ces rares moments d’unanimisme républicain, entonnent spontanément une bouleversante <em>Marseillaise</em>. Un frisson poignant parcourt les travées. À travers les élus, le peuple, la démocratie, la France, la République, ne font qu’un. Les concepts trop souvent réduits à la langue de bois respirent et saignent. Ils font sens. Ce fugace élan fusionnel me donne la chair de poule. La politique, quelques instants, cesse d’être un jeu de société. Elle prend de la hauteur et par cette communion exceptionnelle d’êtres si différents, des plus anciens aux plus jeunes, rassure ceux de ma génération qui craignaient avoir raté la transmission de ces valeurs. Une parenthèse bouleversante de symbolisme républicain qui me renvoie à la symbolique maçonnique, à la chaîne d’union que font les maçons, main dans la main, à l’issue de leurs travaux, après avoir affronté leurs idées dans les débats.</p>
<p>Le dimanche 11 janvier 2015, un million de personnes, 44 chefs d’État s’associent à une marche républicaine dans les rues de la capitale et de nombreuses villes du pays. Il y a là du de Gaulle défilant à la Libération de Paris sur les Champs-Élysées, du Mitterrand remontant la rue Soufflot pour gagner le Panthéon. Les références peuvent paraître exagérées. Il n’empêche, sur le moment, mes amis du Comité Laïcité République et du Grand Orient qui participent nombreux à ces défilés à Paris et en province ont le sentiment de vivre une journée historique. D’entrer en Résistance. Pour ces femmes et ces hommes qui depuis des années alertent les pouvoirs publics sur la dangerosité du retour du religieux en politique et en l’occurrence de l’islamisme politique, la blessure s’accompagne d’une légitime colère.</p>
<p>Tel est mon cas. Je suis en colère.  Le 9 août 1982, j’avais moi-même échappé de peu à l’attentat du restaurant de la rue des Rosiers. L’attentat contre <em>Charlie</em> ouvre dans ma tête la voie au retour du refoulé. Je me souviens qu’à l’époque, « il ne fallait pas stigmatiser ». On hésitait à donner son nom au crime et plus encore aux criminels. Antisémitisme ? Non pas ! Rien que des actes isolés ! Des faits divers à traiter comme tels. Des terroristes islamistes ? Non ! Des « individus isolés », des « déséquilibrés » ! Des fous ! Mais, cette fois, on ne nous y prendra pas ! Réplique audacieuse du célèbre <em>No pasaran</em> !</p>
<p>Le Grand Orient que préside Daniel Keller, jeune énarque qui porte beau, probablement promis à un bel avenir, s’exprime avec solennité pour dénoncer la barbarie en actes. Il appelle au sursaut national et engage les francs-maçons à participer massivement aux défilés organisés à travers la France. C’est une première pour ce jeune grand maître qui n’a pas, à la différence de la plupart de ses prédécesseurs, l’expérience des « République-Nation », ces immenses défilés populaires où l’on pétouillait des heures avant que le serpent humain ne commence à s’ébranler sur le pavé parisien. Cela n’a pas l’air de lui déplaire. Dans toutes les villes où des manifestations sont organisées, les maçonnes et les maçons sont présents. Pour beaucoup, ce sont des retrouvailles quasi rituéliques. Depuis des décennies ils sont de ces rendez-vous où la rue rappelle qu’il arrive au peuple de s’éveiller et, selon la formule de Victor Hugo, que « le plus haut symbole du peuple, c’est le pavé.  On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête » <sup class="spip-note">[Victor Hugo, <em>Choses vues</em>, op. cit.]</sup>. Le Comité Laïcité République appelle les citoyens à se joindre aux cortèges et les partis républicains à réagir enfin à la mesure du péril.</p>
<p>Nous imaginons que l’attentat contre <em>Charlie</em> et l’Hyper cacher va réveiller les consciences de ceux qui depuis des mois, des années, ne veulent pas voir monter en puissance le danger du communautarisme. Mais le mauvais vent du déni se lève, aussi inattendu que violent. L’unanimisme de façade se craquelle. On apprend que la minute de silence n&rsquo;a pas été respectée dans toutes les écoles. C&rsquo;est là un doux euphémisme ! Mais il ne faut pas trop en parler, cela risque de « stigmatiser » des jeunes dont on devrait comprendre qu’ils ne comprennent pas ! D’autant plus qu’on n’a peut-être pas fait ce qu’il fallait pédagogiquement pour leur expliquer. Dans certaines cités, l’annonce de l’attentat a été accueilli par des explosions de joie. Des voix d’intellectuels, de journalistes, connus dans le passé pour leur engagement progressiste, tel Emmanuel Todd dont j’apprécie particulièrement les contributions, autrefois mieux inspiré, s’élèvent pour dire qu’ »ils ne sont pas Charlie ». D’autres oseront dire que « la haine de l&rsquo;islam, la religion des plus faibles », constitue la véritable motivation de la grande manifestation du 11 janvier ! Alors que l&rsquo;émotion est encore vive, d’autres déclarent qu&rsquo;ils l&rsquo;avaient un peu cherché ces caricaturistes ! Des humoristes comme Guy Bedos, qu&rsquo;on a tant aimé lorsqu’il dénonçait le racisme et l’antisémitisme de l&rsquo;extrême-droite, ont mis les œillères. Des réseaux complotistes affirment sur les réseaux sociaux que l’attentat contre <em>Charlie</em> serait un coup d’Israël pour monter les Français contre les musulmans ! Les insultes, parfois les menaces, pleuvent sur ces journalistes et intellectuels audacieux qui résistent aux nouveaux maîtres à dé-penser, Élisabeth Badinter, Gérard Biard, Pascal Bruckner, Djemila Benhabib, Alain Finkielkraut, Caroline Fourest, Catherine Kintzler, Samuel Mayol, Robert Redecker, Mohamed Sifaoui, Zineb El Rhazoui, Philippe Val. Les injures ne nous épargnent pas au Comité Laïcité République, d’autant plus blessantes qu’elles émanent parfois de personnes de gauche, de militants laïques, voire de frères pour qui j’avais du respect et de l’amitié, avec qui nous avions dans le passé, mené des combats communs contre toutes les formes de racisme et de ségrégation. Nous voilà accusés de jeter de l’huile sur le feu. Ce à quoi Charb avait déjà répondu, « Le problème ce n&rsquo;est pas l&rsquo;huile, c&rsquo;est le feu » <sup class="spip-note">[Charb, <em>Lettre aux escrocs de l&rsquo;islamophobie qui font le jeu des racistes</em>, publiée à titre posthume, op. cit.]</sup>.</p>
<p>Comme pour les deux millions de Juifs et de Tziganes éliminés par les <em>Einsatzgruppen</em> à l’arrière du front de l’Est, ce qu’on a appelé « la Shoah par balles », comme pour les Polonais de Katyn tombés sous les balles staliniennes, à l’ignominie des massacres s’ajoute bientôt une deuxième mort, celle de la mémoire. Laisser le temps recouvrir l’abjection, réécrire l’histoire, transformer les victimes en responsables de leur destin, ainsi agissent à nouveau ceux qui veulent faire oublier l’attentat barbare du 7 janvier 2015. Avec le Comité Laïcité République nous organisons un hommage aux victimes à la Mairie de Paris puis un évènement aux Folies Bergères, « Toujours Charlie, de la mémoire au combat », avec le Printemps Républicain, la LICRA et le soutien de <em>Charlie Hebdo</em>. Nous espérions que l&rsquo;horreur de l&rsquo;attentat sortirait la gauche de sa léthargie, de sa cécité, de son déni, de ses médiocres petits calculs électoraux. Je l&rsquo;écris alors dans de multiples articles, éditos. Mes amis et moi-même le déclinons sur des plateaux de radio et de télévision, lors de conférences publiques organisées par des loges souhaitant provoquer l’indispensable sursaut. Nous mobilisons nos réseaux et agissons sur le terrain. J’ai toujours privilégié le dialogue, la confrontation des idées à la communication organisée qui tombe d’en haut, l’échange avec les femmes et les hommes. J’aime ces contacts improvisés, ces découvertes humaines. Nos concitoyens ont besoin de retrouver l’usage de la parole publique comme le montrera le mouvement des gilets jaunes, au moins en ses débuts. Quand parler aux autres, avec les autres qu’on ne connaît pas, redevient un geste naturel.  C’est aussi cela la démocratie républicaine. Henri Caillavet, Guy Lengagne, André Henri, anciens ministres, Anne-Marie Lizin, ancienne ministre et présidente du Sénat belge, Christian Bataille, Président de la Fraternelle parlementaire, les députés et sénateurs membres de notre association, Philippe Foussier, Jacques Lafouge, Gilbert Abergel, Jean-Pierre Sakoun, ne ménagent pas leurs efforts et interviennent sur ces tréteaux républicains.</p>
<p>Nous disons notre sidération. Voilà des années que  nous dénonçons la montée des communautarismes, dans les écoles, les crèches, les universités, dans les hôpitaux, les prisons, les entreprises, que nous avons organisé des dizaines de colloques, de conférences, alerté les pouvoirs publics, les partis politiques, les syndicats, les médias pour dénoncer les dangers que les dérives différencialistes font peser sur notre société, nos valeurs et essayer de trouver ensemble les solutions républicaines à opposer à l’islamisme politique et au Front national. Certes le communautarisme n’est heureusement pas synonyme de terrorisme mais il en constitue le terreau idéologique, ainsi que le démontrera Bertrand Rougier dans <em>Les territoires conquis de l’islamisme</em> <sup class="spip-note">[Sous la direction de Bernard Rougier, <em>Les territoires conquis de l’islamisme</em>, Puf, 2020.]</sup>. En un demi-siècle d’engagement, nous avons dû faire face aux provocations des idiots utiles, de l’extrême-droite, des islamistes. Mais il ne fut pas de tâche plus rude que d&rsquo;essayer d&rsquo;ouvrir les yeux de ceux qui ne veulent pas voir, parfois si près de nous.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a>, <br />
dans la Revue de presse <a href="https://laicite-republique.org/?cat=131">609. Terrorisme islamiste</a> <em>(note de la rédaction CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/383-la-barbarie-contre-les-lumieres-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Hollande et l&#8217;Observatoire de la laïcité (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/375-hollande-et-lobservatoire-de-la-laicite-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/375-hollande-et-lobservatoire-de-la-laicite-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Jul 2023 01:29:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=18647</guid>

					<description><![CDATA[Livre (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). Par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Mitterrand, Jospin, Hollande, une malédiction pèse décidément sur la laïcité quand la gauche gouverne. » [Les échos « Culture » sont publiés [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). Par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Mitterrand, Jospin, Hollande, une malédiction pèse décidément sur la laïcité quand la gauche gouverne. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p>[Les échos « Culture » sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>L’élection de François Hollande à la présidence de la République donne à espérer que l&rsquo;on va en finir avec les dérives contre la laïcité. Mais chat échaudé craint l’eau froide. L’homme, un « visiteur du soir » de la belle époque du <em>Matin de Paris</em>, qui livrait le fond de sa pensée en petit comité pourvu qu’il soit en confiance, n’est pas connu pour être un héraut de la laïcité. Ancien « transcourant » au Parti socialiste, proche de Jacques Delors, démocrate-chrétien engagé à la CFTC (Confédération des travailleurs chrétiens), passé de Chaban-Delmas à Mitterrand, de la « nouvelle société » au « programme commun », il a naturellement suscité de la méfiance chez les socialistes laïques. Mais l’ancien dirigeant du Parti socialiste sait ce que la liberté de conscience veut dire et il entend la défendre.</p>
<p>De cette époque du <em>Matin</em>, nous avons conservé des liens de confiance et d’amitié.</p>
<p>À quelques coudées de l’élection présidentielle, un collectif de loges du Grand Orient et d’autres obédiences l’invite à venir plancher rue Cadet. Il sait que bien évidemment il sera interrogé sur la politique qu’il entend mener en matière de laïcité s’il est élu. Je l’ai <em>briefé</em> sur les rapports révélant la situation explosive dans certaines écoles, des hôpitaux, des quartiers mais aussi sur les compromissions avec le communautarisme de nombre d’élus parmi lesquels des socialistes malheureusement.</p>
<p>Tout cela, il ne l’ignore pas. L’homme est toujours bien informé. Afin de mettre un terme au contournement de la loi de séparation favorisé par les interprétations de plus en plus libérales du Conseil d’État et de protéger les pouvoirs locaux soumis aux rudes pressions des lobbies communautaires qui troquent leur soutien électoral contre des financements à leurs associations, je lui expose ma proposition portée par le Comité Laïcité République. Il s’agit de donner pleine valeur constitutionnelle aux principes de la loi de 1905, posant ainsi un verrou à son grignotage incessant. Il suffit d’intégrer dans la Constitution les principes de la loi qui stipule dans son article 2, que « la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ». François Hollande écoute, hoche la tête, acquiesce. Je lui ai bien évidemment confirmé qu’il sera interrogé sur le sujet comme sur le bilan du mitterrandisme et que tous les présents ne seront pas des camarades de son parti.</p>
<p>Le soir de la conférence venu, dans le plus grand temple de la rue Cadet archi bondé, le candidat déroule avec sa bonhomie coutumière le programme qu’il entend mettre en œuvre s’il est élu. Malin, un peu espiègle, l’œil vif du gamin timide mais futé qu’il est demeuré, sachant que l’humour confère la proximité avec les auditeurs, il accompagne les mesures qu’il entend mettre en œuvre d’anecdotes prêtant à sourire. Lorsqu’il aborde la laïcité qu’il a gardée pour la fin du propos, telle une cerise sur le gâteau, il dit l’importance qu’il lui accorde et annonce qu’il est favorable à l’inscription dans la Constitution des principes de la loi de 1905. Une mesure qui deviendra la proposition n° 46 du programme qu’il exposera au meeting du Bourget.  Enfin me dis-je, tout le travail réalisé en amont depuis des années ne l’aura pas été en vain !</p>
<p>La laïcité est de retour à gauche. Je m’en réjouis. Un peu trop vite. C’est mésestimer la capacité de nuisance de ces élus qui ont pactisé avec le communautarisme. Le maire de Strasbourg en tête, Roland Ries, craignant que cette mesure n’en vienne à remettre en cause le Concordat et, imagine -t-il, sa propre réélection, suscite la rébellion au Parti socialiste.</p>
<p>La proposition 46 ne sera finalement jamais intégrée au programme du gouvernement. Une nouvelle fois nous tombons de haut. Une nouvelle fois, la gauche, qui a écrit les plus belles pages de l’histoire de la laïcité, l’abandonne sur le bas-côté de la route. Une grande partie du PS est différentialiste, déclare Élisabeth Badinter, désespérée, qui ose exprimer à voix haute ce que nombre de militants aguerris pensent en leur for intérieur mais n’osent pas exprimer à voix haute de peur de passer pour des vieux schnocks, des <em>has been</em>, des dinosaures <sup class="spip-note">[Elisabeth Badinter, <em>Le Monde</em>, 27 janvier 2012.]</sup>.</p>
<p>À défaut de renforcer la laïcité, François Hollande met en place l&rsquo;Observatoire de la Laïcité qu’avaient souhaité les associations laïques dont le Comité Laïcité République, avec pour mission d’identifier les problèmes et de formuler des propositions au gouvernement. Mais sa composition, qui donne une écrasante majorité aux représentants des ministères, en fera une quasi autorité administrative, aux ordres de l’exécutif.</p>
<p>Très tôt, le débat qui fracture la gauche va le diviser. À l&rsquo;occasion de la présentation du premier rapport annuel sur l&rsquo;état de la laïcité en France, son président Jean-Louis Bianco, ancien secrétaire général de l’Élysée, plusieurs fois ministre, déclare à la presse qu' »il n&rsquo;y a pas de problèmes de laïcité en France » !</p>
<p>Les membres de l’Observatoire n’ont pas été consultés sur une telle déclaration qui affiche une ligne de résignation appelant à « coexister », à faire vivre ensemble les communautés, c’est-à-dire côte à côte et non ensemble, à privilégier le dialogue interreligieux à la laïcité, les accommodements au respect de la loi commune.</p>
<p>Les oppositions jusque-là étaient dites avec les formes qui prévalent dans ce type de cénacle. Jean-Louis Bianco est un homme courtois et les membres de l’Observatoire sont tous des gens bien élevés. Mais là, il n’est pas possible de cautionner ni le fond, ni la forme. Est-ce son point de vue personnel qu’il exprime publiquement ou celui qu’on lui a demandé de promouvoir au Château ? L’Observatoire est-il une machine destinée à masquer les véritables problèmes ? Ça tangue sérieusement.</p>
<p>La sénatrice Françoise Laborde, le député Jean Glavany, ancien ministre, et moi-même, après avoir tenté d’amender le rapport afin qu’il soit plus conforme à la réalité révélée par d’autres études, désavouons publiquement cette prise de position qui aboutit à glisser la poussière sous le tapis. « Il n’est pas possible de dire qu’il n’y a pas de problème de laïcité en France. Dans les universités, les incidents se révèlent en augmentation … » Nous devons constater que l’avis de l’Observatoire prétend le contraire et dresse un constat très différent de celui qu’avait réalisé la Mission laïcité du HCI (Haut Conseil à l’intégration) du 28 mars 2023. Il contribue à éluder les problèmes. Le déni n’est pas la réponse appropriée face à la nouvelle poussée de l’extrême droite qui se nourrit des dégâts occasionnés par les communautarismes. Pour ces raisons, les signataires ne participeront pas au vote de ce projet d’avis et lancent un appel au Premier ministre qui exerce la tutelle sur l’Observatoire afin que s’ouvrent les vrais débats et propose des réponses à la gravité des questions posées, écrivons-nous dans un communiqué.</p>
<p>Est-ce là le mandat qui a été donné au président de l’Observatoire, qui rejoindrait la politique menée dans ce domaine par la ministre de l’Éducation, très en retrait sur les questions des signes religieux portés par les parents accompagnateurs de sorties scolaires ? « Pas de vague », semble être le mot d’ordre commun. Mais les vagues se lèvent.</p>
<p>Lorsque les mêmes trois mousquetaires de la laïcité abordons la question de la crèche Baby Loup, la séance doit être suspendue à plusieurs reprises, chaque représentant de ministère allant prendre ses directives.</p>
<p>Elles ne sont pas les mêmes selon les tutelles politiques. Et pour cause, le Président Hollande couvre Jean-Louis Bianco tandis que le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, défend publiquement la directrice de la crèche. La situation, plus que cocasse, est affligeante et montre combien la liberté de tous ces comités Théodule est limitée. La séance devient tendue. L’Intérieur finit par s’abstenir ce qui signifie que Manuel Valls a été contraint de reculer sous la pression de l’Élysée. On se souvient de l’apostrophe de Jean-Pierre Chevènement, « un ministre ça ferme sa gueule ou ça s’en va ! » Manuel Valls ne quitte pas le gouvernement. Il fait un pas de côté tout en continuant à ferrailler avec le président Hollande à propos de cet Observatoire qui n’observe pas grand-chose.</p>
<p>Françoise, Jean et moi n’avons plus rien à y faire. Nous ne serons pas du renouvellement. Au moins y fis-je la connaissance de quelques personnalités dont je ne partageais pas toutes les convictions mais dignes de respect, tel Alain Christnacht, ancien Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, avec qui travailla Roger Leray, ancien Grand-Maître, dans la perspective de ce qui allait devenir les accords de Matignon sur la Nouvelle Calédonie. Cette expérience de l&rsquo;Observatoire dont j’avais suggéré la création au candidat Hollande, imaginant qu’elle pouvait devenir la cheville ouvrière d’un ressourcement à la laïcité, s&rsquo;acheva en eau de boudin comme la politique laïque du quinquennat.</p>
<p>L’opposition entre le Château et Matignon, entre François Hollande et Manuel Valls, rebondit à l’occasion de l’affaire de l’IUT de Saint-Denis dont le directeur, Samuel Mayol, un enseignant courageux, est suspendu de ses fonctions pour « manipulation islamophobe ». Ses relations avec le président de l’université, dont le père fut un visiteur régulier du Président Mitterrand à l’époque où Jean-Louis Bianco était secrétaire général de l’Élysée, sont exécrables. À l’issue de péripéties odieuses qu’il subit dignement, dénigrement, humiliations, imputation de racisme, accusations d’islamophobie, menaces de mort reçues dans la boîte à lettres de son domicile, diffusion de sa photo sur des sites salafistes, le directeur qui a osé dénoncer le prosélytisme d’une association islamiste dans l’université est blanchi et réintégré. Une nouvelle fois, il a fallu mener bataille face aux associations communautaristes qui développent des affinités inquiétantes avec certaines organisations syndicales universitaires. Le Comité Laïcité République n’a pas ménagé ses forces pour soutenir cet enseignant courageux victime des oukases de la nouvelle doctrine de la foi !</p>
<p>Quelque temps plus tard, Samuel Mayol est désigné lauréat du Grand prix national de la laïcité qu’organise le Comité Laïcité République. Le jury, indépendant, tient bon en dépit de « pressions amicales » qui tentent de nous convaincre que ce choix serait hasardeux ! En revanche, fidèle au Comité Laïcité République, la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui accueille chaque année cette cérémonie dans la grande salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Paris, informée des choix du jury, ne trouve rien à redire. Au sein de son équipe, il n’y a pourtant pas que des amis de la laïcité et certains témoignent en faveur du communautarisme d’une complaisance, voire d’une coupable sollicitude. Anne est présente en ce 26 octobre 2015 et ouvre la cérémonie par un hommage sans faille à la laïcité. La salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Paris est bondée. Six à sept cents personnes représentant des associations laïques, des sensibilités politiques et syndicales, croyantes et incroyantes, des dignitaires des obédiences maçonniques et des citoyens sans titre heureux de sentir l’atmosphère d’une République fière de ses valeurs, ont trouvé place pour cette cérémonie devenue au fil du temps la plus importante manifestation régulière de la famille laïque.</p>
<p>Le Premier ministre, Manuel Valls, tient son engagement. Nous nous connaissons depuis longtemps, de l’époque où nous pouvions nous croiser dans les locaux de la rue Cadet. L’homme qui assume ses choix avec détermination ne s’en est jamais caché même s’il a pris du champ. L’assemblée n’imaginait pas que le chef du gouvernement dont la présence avait été annoncée serait assez gonflé pour tenir son engagement. Il y a belle lurette que les ministres évitent ce genre de réunion trop clivant. Mais c’est bien lui qui déboule, traverse l’immense salle des fêtes de l’Hôtel de ville de Paris par la travée centrale. Il arrive, large sourire malicieux, me signifiant d’un geste de la main qu’il est bien là ! Jusqu’au dernier instant j’ai pu douter, non de sa volonté mais des pressions qu’il aurait pu subir. Je sais que sur la laïcité, dès qu’il s’agit de dossiers concrets, la petite musique de l’Élysée et celle de Matignon ne sont pas à l’unisson. J’ai en mémoire cette réunion à l’Observatoire de la laïcité sur la crèche Baby Loup, au cours de laquelle le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, dut se plier à l’exigence tombée d’en haut. Mais cette fois le Premier ministre a décidé de tenir son cap.</p>
<p>Je n’ai pas toujours, il s’en faut de beaucoup, partagé les projets de la « nouvelle gauche » mais ce jour-là son audace, son intrépidité, sa détermination à défendre la laïcité, conquirent d’emblée le respect de tous. L’assemblée, encore sous l’émotion du récital que vient de donner le grand pianiste turc Fazil Say, lauréat cette année du Grand prix international de la laïcité, condamné dans son pays pour ses convictions laïques, est a priori partagée sur le Premier ministre.</p>
<p>Certains m’ont reproché de l’avoir invité. Même chez les laïques, il arrive que se développent les mauvaises herbes du sectarisme. Manuel Valls, costume sombre, chemise blanche, teint hâlé, l’énergie d’un toréador qui s’apprête à livrer combat, monte à la tribune et se lance dans un discours flamboyant qui sent bon la République que nous aimons, celle des Lumières et de la fraternité universelle. Le souffle de Ferdinand Buisson, d’Aristide Briand, de Jean Jaurès, de Georges Clemenceau passe sous les lambris dorés de cette superbe salle pétrie d’histoire. Manuel Valls affirme sans ambages son soutien à Samuel Mayol quand tant d’autres responsables politiques n’ont pas souhaité courir le moindre risque. Ce jour fait écho à Voltaire osant défendre le Chevalier de la Barre. Les plus réservés dans l’assistance constatent que l’orateur a bien sa place dans cette assemblée.</p>
<p>Voilà près de vingt ans qu’un ministre ou un chef de parti n’a pas parlé clairement la langue de la laïcité. Elle est là. Elle fait partie intégrante de nos valeurs. Et les mots pour le dire sont clairs, sont forts, sont fiers. Elle est au cœur de notre identité républicaine, de notre âme.</p>
<p>Pourtant, elle est aujourd’hui attaquée de toutes parts, contestée, critiquée… On connaît les slogans : « laïcité positive », « laïcité ouverte », comme si la laïcité avait besoin d’être qualifiée. Qualifier la laïcité, c’est la circonscrire, c’est en circonscrire le périmètre, en affaiblir la portée. C’est donc vouloir l’ébrécher, la faire vaciller… Dans ce moment où les repères se brouillent, nous avons besoin de clarté et donc nous avons besoin de laïcité. Car pas d’apaisement, pas de progrès sans laïcité. Laïcité maintenant, laïcité encore et laïcité toujours, dit-il sous un tonnerre d’acclamations. Il est des jours exceptionnels où la politique fait sens et l’on peut être fier de ce que l’on a entrepris.</p>
<p>Le quinquennat de François Hollande n’aura pas permis de faire avancer la laïcité comme il s’y était engagé. Les vents contraires soufflaient trop fort. Reprenant à son compte la formule de François Mitterrand selon laquelle « on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », le président laisse filer. Il donne le sentiment de renvoyer dos à dos le président de l’Observatoire et le Premier ministre. Cela ne l’empêchera pas d’écrire plus tard que la gauche donne le sentiment d’avoir perdu ses repères et que les socialistes, qui il y a un siècle ont défini la laïcité, sont les mieux placés pour défendre leur liberté et la dignité face au communautarisme et à l’ethnicisme.</p>
<p>La prudence politique qui constitue une seconde nature chez lui, apprise à l’école de François Mitterrand, n’aura pas permis sa réélection. Il aura tenu bon sur le « mariage pour tous » en 2012 face à l&rsquo;union sacrée des églises et des conservatismes, mais n’aura su faire oublier les promesses sacrifiées et les compromissions coupables avec le communautarisme. Rien sur la loi Carle qui a <em>boosté</em> les financements publics aux écoles privées. Rien sur le droit à mourir dans la dignité, inscrit dans son programme et dont 90% des citoyens soutiennent le principe.</p>
<p>Et du strict point de vue de la laïcité, le quinquennat demeurera celui des occasions ratées. Ce ne fut pourtant pas faute d’avoir proposé régulièrement à ses conseillers immédiats des pistes de progrès. Mais peut-être étaient-ils convaincus qu’il convenait de faire en sorte que rien ne bouge ?</p>
<p>Sur la fin de son mandat, le 27 février 2017, le président Hollande se rend au Grand Orient, officiellement pour y visiter le musée de la franc-maçonnerie. S’il est déjà venu plancher à plusieurs reprises, c’est la première fois qu’un président en exercice est reçu rue Cadet. Une délicate attention appréciée comme telle avec néanmoins le sentiment d’une sorte de lot de consolation. Il est accueilli par une centaine de frères et sœurs, une délégation d’anciens grands maîtres parmi lesquels plusieurs amis qu’il salue chaleureusement, des délégations d’autres obédiences et par le grand-maître en exercice, Christophe Habas, qui au fil des mois a clairement exprimé l’engagement du Grand Orient en faveur de la laïcité lorsque le pouvoir donnait le sentiment de prendre le large.</p>
<p>Ce jour-là, Habas, connu pour ses talents d’orateur, est encore plus brillant que d’habitude et, sans la moindre note, il prononce un discours empreint d’éloquence et de malice qui exprime avec la plus grande courtoisie mais avec fermeté notre déconvenue concernant la laïcité. Le président, engoncé dans un costume de facture anglaise, chic mais trop près du corps, trop court depuis qu’il a pris quelques kilos &#8211; avec lui je partage cette terrible propension naturelle à prendre des rondeurs à chaque incartade gastronomique &#8211; l’écoute avec ce sourire jovial qui contribue à le rendre normal, en fait sympathique. Le président, si fin connaisseur de bons mots, souligne le talent oratoire de son hôte. Il dit son admiration sur la forme mais aussi son plein accord sur le fond, sur la laïcité. Un peu tard pour le fond, pensent nombre de maçons présents qui, une nouvelle fois, sont déçus, voire se sentent trahis. Mitterrand, Jospin, Hollande, une malédiction pèse décidément sur la laïcité quand la gauche gouverne.</p>
<p>La campagne présidentielle n’augure rien de bon. Quand la gauche oublie sa culture, le pire est à craindre. La voix des socialistes ne se fait plus clairement entendre sur ce sujet alors qu’elle a reçu et en partie dilapidé le patrimoine philosophique des grands anciens et oublié la mission de relancer le projet de Jaurès, Clemenceau, Blum et Mendes, d’un socialisme qui serait la République jusqu’au bout. Ils ne s’en rendent pas compte, jouent petit jeu, ne veulent pas entendre les femmes et les hommes de terrain, les milliers de personnes, anciens militants, qui expriment leur lassitude, leur fatigue, leur déception, qui se sentent trahis et nous disent leur inquiétude. Hier, il ne fallait pas désespérer Billancourt.</p>
<p>Aujourd’hui, il faut séduire les cités ! <em>Vae victis</em>. La gauche est morte pour un temps. Elle ne le sait pas. Emmanuel Macron va le lui faire savoir.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi <a href="https://laicite-republique.org/?cat=92">97. Communiqués de J. Glavany, P. Kessel et F. Laborde (Observatoire de la laïcité)</a>,<br />
dans la Revue de presse le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=991">01. Observatoire de la laïcité</a>,<br />
sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et <a href="https://laicite-republique.org/?p=15780">105. P. Kessel : « Tu comprends bien !  Je te demande si tu es franc-maçon ! » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</a> et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/375-hollande-et-lobservatoire-de-la-laicite-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Le communautarisme, voilà l&#8217;ennemi ! » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/370-le-communautarisme-voila-lennemi-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/370-le-communautarisme-voila-lennemi-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jun 2023 19:24:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=18579</guid>

					<description><![CDATA[Livre par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Le procès en islamophobie commence qui ressemble étrangement à ceux de la Sainte Inquisition qui aurait aimé passer par les flammes tous les Galilée, Newton et Copernic [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Le procès en islamophobie commence qui ressemble étrangement à ceux de la Sainte Inquisition qui aurait aimé passer par les flammes tous les Galilée, Newton et Copernic afin d’empêcher que la Terre ne devienne ronde. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p>[Les échos « Culture » sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>Nous avons gagné une bataille en contenant l’offensive communautariste qui, tel un cancer, ronge la République de l’intérieur.</p>
<p>Mais la guerre commence à peine, une guerre philosophique d’un genre nouveau qui, au vieux clivage gauche -droite qui n’a pas complètement disparu, substitue un affrontement au sein de chaque famille entre républicains et communautaristes.</p>
<p>Ces derniers prétendent se poser en héritiers de Frantz Fanon et défendre les nouveaux damnés de la terre que seraient principalement les musulmans.</p>
<p>Orphelins d’une classe ouvrière avant-garde de la révolution, l’islamisme politique devient pour eux le fer de lance de la nouvelle lutte des classes mondiale.</p>
<p>Ils s’en prennent aux principes des Lumières, à l’universalisme, à la laïcité, outils, disent-ils, de la domination colonialiste.</p>
<p>Le communautarisme qu’ils prônent, c’est le retour à l’assignation à résidence de l’individu à son groupe d’origine. C’est la dissolution de la citoyenneté dans la communauté. C’est le coup d’arrêt à la lente mais progressive émancipation de l’homme et de la femme. C’est la soumission. C’est un immense bond en arrière qui renvoie aux temps où l’Église justifiait l’enfermement des consciences et les bûchers au nom de la vraie foi et de la Vérité. Un retour aux temps où le Parti unique légitimait la déportation des esprits libres dans les goulags au nom d’une prétendue morale de classe !</p>
<p>Le communautarisme ethnique, religieux, social, c’est la République qu’on empoisonne à petit feu.</p>
<p>Stanislas de Clermont-Tonnerre avait perçu les dangers pour la Nation, déclarant au cours de la séance du 23 décembre 1789 de l’Assemblée nationale, que « rien ne doit faire écran entre les citoyens égaux et la Nation, sous peine de mettre à mort la souveraineté du peuple (…)  Il faut tout refuser aux juifs comme nation et tout accorder aux juifs comme individus. Il ne peut y avoir une nation dans une nation » <sup class="spip-note">[Stanislas de Clermont-Tonnerre, <em>Discours sur l&rsquo;assimilation</em>, séance du mercredi 23 décembre 1789.]</sup>.</p>
<p>Plus de deux siècles plus tard, ceux qui osent affirmer que ce principe doit être appliqué à toutes les communautés, musulmane comprise, passent désormais pour réacs, racistes, fachos, islamophobes !</p>
<p>La confrontation des idées monte en puissance dans un désordre amphigourique et dérape parfois en injures, y compris au sein de la famille laïque. Les organes de presse de la Ligue de l’Enseignement et de la Libre Pensée, étonnant attelage d’un socialisme pépère et d’un révolutionnarisme d’un autre temps, se laissent aller à des petites attaques personnalisées contre des responsables des associations du Collectif laïque. Il est vrai que ce dernier, fort d’une quarantaine d’associations, tient le cap d’une laïcité sans qualificatif. Mais jusque-là, dans la famille laïque, les amis d’hier, parfois même les frères et sœurs, faisaient en sorte de cantonner le débat aux idées et d’éviter les attaques personnelles. Désormais, ils sont au bord de la crise de nerfs.</p>
<p>Le Comité Laïcité République, sous la présidence de Philippe Foussier, puis à nouveau la mienne, tout en refusant les attaques personnelles, prend une place centrale dans cette bataille des idées. Communiqués, colloques à Paris et en province, tribunes bien relayées par <em>Marianne</em> et <em>Charlie</em>, le Comité Laïcité République monte en première ligne quand une partie de la presse dite de gauche colporte les accusations grotesques d’islamophobie.</p>
<p>Mes amis et moi, qui combattons depuis toujours le racisme sous toutes ses formes, nous voilà traités de racistes ! Pour nos accusateurs, la laïcité peut bien s&rsquo;appliquer aux catholiques, aux protestants, aux juifs, aux bouddhistes, aux agnostiques, aux athées et aux libres-penseurs mais pas aux musulmans ! Le procès en islamophobie commence qui ressemble étrangement à ceux de la Sainte Inquisition qui aurait aimé passer par les flammes tous les Galilée, Newton et Copernic afin d’empêcher que la Terre ne devienne ronde. Comme il ressemble aux procès de Moscou lorsque toute critique de l’avenir radieux était qualifiée de fasciste et conduisait aux caves de la Loubianka et, pour les survivants, au goulag.</p>
<p>La bataille des idées s’installe au cœur de la vie politique et se fixe sur des situations concrètes qui divisent désormais la gauche et la droite en leur sein. La polémique prend ainsi un tour plus vif lorsque des élus locaux croient pouvoir acheter la paix sociale dans les cités par une politique d&rsquo;accommodements dits raisonnables.</p>
<p>C’est alors qu’éclate l’affaire Baby Loup, moment symbolique qui contraint les uns et les autres à se positionner concrètement. Baby loup, c’est l’histoire d’une crèche à Chanteloup-les-Vignes dans la région parisienne, particulièrement sociale dans un quartier aux populations bigarrées, pauvres, dont la directrice demande à une collaboratrice d&rsquo;ôter son voile pendant ses heures de travail. Celle-ci, de retour d’un long congé a en effet décidé de porter un voile islamique pendant son service alors que le règlement intérieur de l’association impose le respect des principes de laïcité et de neutralité au personnel. La salariée refuse. Elle est licenciée en 2008. Commence alors un long périple judiciaire qui conduira jusqu’en chambre sociale de la Cour de Cassation. Juridiquement, les textes insuffisants ouvrent la voie à des interprétations contradictoires au plus haut niveau des institutions judiciaires. Sur le fond, deux logiques s&rsquo;affrontent, celle, laïque, qui demande que soit privilégiée la protection de la conscience des enfants dans le lieu où ils ont vocation à être instruits et celle pour qui la priorité doit être accordée au droit à la différence, c’est-à-dire au droit de porter un voile à l’intérieur de l’école. La bataille fait rage. Pressions, intimidations, fulminations, injures se succèdent. Pneus crevés, menaces de mort suivent. Natalia Baleato, la directrice, a peur mais tient bon. Bientôt, cette petite femme dont les racines plongent chez les Indiens du sud du Chili, cette ancienne militante de gauche, découvre que l’histoire se déroule à front renversé. Si la salariée qui a introduit le voile dans la crèche reçoit le soutien d’associations communautaristes, de façon plus inattendue elle trouve l’appui d’associations laïques de gauche !</p>
<p>La Fédération Cornec des parents d&rsquo;élèves (FCPE), pilier historique du mouvement laïque, se divise pour ne pas dire se déchire. Ce n’est que le début d’une longue dérive. En 2019, la FCPE, à l’occasion d’une campagne d’affichage avant une élection de représentants, mettra en scène une jeune femme couverte prônant le droit pour les femmes voilées d’accompagner les enfants lors de sorties scolaires !  La Ligue des Droits de l&rsquo;Homme, la Ligue de l&rsquo;enseignement, la Libre Pensée attaquent le choix de la directrice et plaident en faveur du droit de la collaboratrice à porter le voile dans la crèche.</p>
<p>Le Grand Orient de France, les obédiences libérales, le Droit humain, la Grande Loge de France, la Grande Loge féminine, la Grande Loge mixte de France, la Grande Loge mixte universelle, le Comité Laïcité République, l&rsquo;UFAL, Égales, l&rsquo;Association des Libres penseurs, les Comités 1905, Libre Marianne et tout le Collectif des associations laïques défendent la directrice et la laïcité.</p>
<p>Chacun pressent que l’affaire Baby Loup constitue un marqueur national comme l’a été l’affaire du voile au collège de Creil. La philosophe Élisabeth Badinter, fidèle parmi les fidèles, l’avocat Richard Malka, Alain Finkielkraut, Catherine Kintzler, Caroline Fourest, Djemila Benhabib, Pascal Bruckner, Philippe Val, Charb, l’équipe de Charlie et aussi celle de <em>Marianne</em> apportent un soutien sans faille à la directrice.</p>
<p>Le Comité Laïcité République s’engage à fond et, en 2011, décerne le Grand Prix de la laïcité à Natalia Baleato en présence d’Anne Hidalgo, maire de Paris et de centaines de personnes.</p>
<p>La fracture gagne le monde politique. Olivier Besancenot, dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire, Jean Baubérot, Patrick Braouzec, député-maire communiste de Saint-Denis, Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, dans une tribune publiée dans <em>Le Monde</em> dénoncent la stigmatisation dont la salariée de la crèche serait victime <sup class="spip-note">[<em>Le Monde</em> du 13 juin 2011.]</sup>.</p>
<p>La nouvelle version de l’arroseur-arrosé fait florès. L’idéologie différentialiste est à l’œuvre qui s’exprime désormais dans les commissions consultatives, les Comités ad hoc, les observatoires créés pour assister les gouvernements. La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité se divise alors que sa présidente Jeannette Bougrab prend le parti de la crèche et reçoit en retour une salve d’injures et de menaces. L’anonymat des réseaux sociaux transforme le débat contradictoire en explosion de haine. L’Observatoire de la laïcité connaît des remous entre son président, Jean-Louis Bianco, arcbouté sur une ligne laïcité molle qui ne dit pas son nom et une opposition constituée de la sénatrice Françoise Laborde, du député Jean Glavany et de moi-même, qui souhaitons que le gouvernement dépose un projet de loi pour clairement prohiber le port de signes religieux dans les crèches comme tel est le cas dans les écoles.</p>
<p>Des associations, prétendument de défense du droit des femmes à se vêtir librement, contrôlées par des communautaristes et soutenues par des militants d’ultra-gauche sont créées, qui ne cessent de provoquer et de tester la réactivité de la République. Ces associations, telle « Mamans, toutes égales » sauront avec subtilité habiller d’une sémantique progressiste des revendications réactionnaires. Jamais elles n’évoqueront les millions de femmes qui, par le monde, au péril de leur vie, militent pour le droit à ne pas porter le voile. Le dossier rebondira avec l’affaire des mères accompagnatrices de sorties scolaires.</p>
<p>L&rsquo;affaire Baby Loup s’achève honorablement pour l’équipe de Natalia Baléato, la Cour de Cassation ayant débouté la salariée qui contestait son licenciement. Mais la décision de la Cour de Cassation ne règle pas la question au fond. La sénatrice Françoise Laborde dépose une proposition de loi visant à étendre l’obligation de neutralité aux structures privées responsables de la petite enfance et assurer le principe de laïcité. Roger-Gérard Schwartzenberg, président du groupe radical à l’Assemblée, défend une proposition de loi allant dans le même sens. En mars 2013 Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, à son tour demande une loi pour contrer la jurisprudence de Baby Loup. Telle est aussi la proposition que défend le Comité Laïcité République. Malheureusement la gauche, dont le représentant François Hollande siège à l’Élysée, reculera une nouvelle fois devant l’obstacle.</p>
<p>Bien vite l’affaire prend une dimension internationale. Le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, où la République islamique d’Iran et ses alliés islamistes jouent un rôle prépondérant, lance une offensive pour faire croire que la France aurait violé la liberté de manifester sa religion et discriminé les femmes musulmanes. L’Iran, les islamistes mais aussi paradoxalement les ultra-libéraux communautaristes américains se retrouvent pour critiquer la France et sa laïcité. Patrie des Droits de l’Homme, raison pour laquelle elle est toujours appréciée par de nombreux peuples ainsi que j’ai pu le constater à l’occasion de mes voyages, notre République se retrouve stigmatisée comme une vulgaire dictature alors que ses accusateurs n’ont pas un mot sur les totalitarismes aux visages multiples !</p>
<p>Le même scénario se reproduira en 2020, à l’occasion de l’hommage national rendu dans la cour des Invalides au professeur Samuel Paty égorgé dans la rue par un islamiste, lorsque le Président prononcera un grand discours républicain et laïque. De l’Iran au Pakistan, de l’Algérie au <em>New York Times</em>, ce sera un tombereau d’injures et pour et certains de menaces.</p>
<p>L’affaire du voile de Creil et Baby Loup deviennent des symboles de la guerre mondiale des idées. Comme en 1905 la laïcité redevient un enjeu politique. Mais au lieu d’opposer la gauche et la droite, elle divise les partis et en particulier le seul auquel je n’ai jamais appartenu, le parti socialiste. Et ce au moment même où le Front national redouble d’efforts pour tenter de détourner la laïcité à ses fins. La confusion devient insupportable qui aboutit à ce qu’une partie de la gauche se détache de la laïcité, au prétexte de lutter contre l’extrême droite, alors qu’elle en fait le lit.</p>
<p>C’est le moment que je choisis pour écrire <em>Ils ont volé la laïcité</em>, qui fait suite à <em>Marianne je t’aime</em> <sup class="spip-note">[Patrick Kessel, <em>Ils ont volé la laïcité</em>, éd. Gawsewitch-Balland, 2012, 224 p., 18,90 e.]</sup>, un appel au sursaut des républicains face à la montée de l’extrême droite et de l’islamisme politique, objectivement complices. Mon ami Stéphane Charbonnier, dit Charb, directeur de la publication de Charlie, journaliste et dessinateur satirique, accepte bien volontiers d’en illustrer la couverture. Ce sera un petit bonhomme, en chemise avec brassard, défilant au pas de l’oie, le bonnet phrygien au bout d’une pique.</p>
<p>Répondant à ceux qui nous accusaient de jouer à nous faire peur il répondra « J’ai moins peur des extrémistes religieux que des laïques qui se taisent », en ouvrant la cérémonie des prix de la laïcité du Comité Laïcité République dont il présidait le jury en 2012.</p>
<p>Il publiera une admirable <em>Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes</em> <sup class="spip-note">[Charb, <em>Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes</em>, éd. Les Echappés, 2015.]</sup> que je conserve sur ma table de chevet. Bien que protégé en permanence par des officiers de sécurité remarquables qui nous accompagnent à chaque déjeuner ou dîner, auxquels je souhaite rendre hommage, car sans eux la peur étoufferait la démocratie, ni Charb ni moi-même n’imaginons que la mort rôde si près. Mon livre est publié en 2011. Trois ans plus tard, l’impensable s’est produit. Ils ont tué Charb. Comme ils avaient tué Jaurès.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/370-le-communautarisme-voila-lennemi-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Présidentielle 2002 : « Pour une gauche républicaine et laïque » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/359-presidentielle-2002-pour-une-gauche-republicaine-et-laique-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/359-presidentielle-2002-pour-une-gauche-republicaine-et-laique-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 May 2023 20:39:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=18424</guid>

					<description><![CDATA[Livre par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Très vite il se révéla que le souverainisme n’avait pas le même sens chez les uns et les autres. » [Les échos « Culture » sont publiés à titre informatif [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Très vite il se révéla que le souverainisme n’avait pas le même sens chez les uns et les autres. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p>[Les échos « Culture » sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>Les années 2000-2010 sont à vomir. Les réjouissances du millénaire ne sauraient masquer que la décomposition suinte de tous côtés. La <em>Marseillaise</em> est sifflée pendant le match de foot France-Algérie au stade de France à Saint-Denis. Mahmoud Ahmadinejad devient président en Iran et déverse sa bile haineuse et antisémite. Présidée par un Libyen, la 64e Assemblée générale des Nations unies est ouverte au nom de « dieu le miséricordieux » tandis que la commission des droits de l’homme banalise la lapidation de la femme adultère. Et la conférence de Durban en août 2001 se transformera en tribune pour un terrifiant antisémitisme. Une assemblée internationale ou des coalitions hétéroclites mais efficaces combattent ouvertement les principes de la Société des Nations des origines, voulus par les francs-maçons <sup class="spip-note">[Sur la dérive de l’ONU et l’influence des islamistes, lire l’excellent livre de Malka Markovich, préfacé par Élisabeth de Fontenay, <em>Les Nations désunies &#8211; Comment l’ONU enterre les droits de l’homme</em>, éditions Jacob Duvernet, 2008.]</sup>. La guerre entre Hutus et Tutsi débouche sur un monstrueux holocauste. Heureusement, le discours de Dominique de Villepin devant le Conseil de sécurité, affirmant l’opposition de la France à une guerre soi-disant « préventive » en Irak pour « parer à la menace des armes de destruction massive » dont l’administration Bush affirmait à tort détenir la preuve, renoue avec la tradition de la République, conscience des Droits de l’homme.</p>
<p>Cette expression suscitait mon ironie lorsque, lycéen, je découvrais les guerres de Louis XIV ou de Napoléon, la conquête de l’Algérie, de l’Indochine, l’intervention au Mexique… Mes voyages, mes rencontres avec des femmes et des hommes de tous les continents me confirmeraient néanmoins que lorsque la République française est respectée, aimée même, c’est pour sa Révolution, son engagement en faveur de la liberté et de l’égalité des droits. C’est ce trésor qui était en train de foutre le camp.</p>
<p>La décomposition annoncée de la gauche se concrétise par un tremblement de terre politique. Son candidat est éliminé du second tour. Lionel Jospin expliquera ce triste sort par la concurrence de deux candidats de gauche, Christiane Taubira pour les radicaux de gauche et Jean-Pierre Chevènement pour la gauche républicaine. Toujours la fable de la paille et de la poutre dans l’œil du voisin ! Le dirigeant socialiste ne voit pas, ne veut pas voir qu’il a perdu non pour ce qu’il est, un homme solide, austère, parfois rigide qui mérite le respect, mais parce que depuis des années la gauche qu’il incarne a pris ses distances avec les fondements de sa culture historique. Les électeurs attachés à la laïcité n’ont pas oublié sa responsabilité historique dans l’affaire du voile de Creil.</p>
<p>Il paye un bilan global dont il n’est que partiellement responsable. L’échéance présidentielle de 2002 doit permettre de ressourcer la gauche à ses racines républicaines, laïques et sociales. Ce n’est malheureusement pas la voie qu’emprunte le candidat du Parti socialiste.</p>
<p>Aussi est-ce sans regrets que je m’engage avec nombre de mes amis dans l’équipe de campagne de Jean-Pierre Chevènement, tels ces grognards qui suivirent l’Empereur jusqu’au cœur de la Russie, à ceci près qu’il ne s’agit pas de conquérir de nouveaux territoires mais de reconquérir la République.</p>
<p>J’avais déjà participé en d’autres temps aux deux campagnes de François Mitterrand, la première, enthousiasmante avec le sentiment d’être porté par le peuple pour reprendre le chantier d’un socialisme à visage humain, la seconde, enrichie par l’expérience mais dénaturée par la culture de gouvernement.</p>
<p>Notre objectif : refonder une République authentiquement sociale, laïque, universaliste. La page du temps des illusions est pleinement tournée.</p>
<p>Bien que je ne sois pas membre de son parti, le Mouvement républicain et citoyen (MRC), issu du Ceres, je rejoins presque naturellement cette réincarnation politique de Georges Clemenceau dont le portrait est toujours en bonne place sur les rayons de sa bibliothèque dans son bureau de la rue de Bourgogne à Paris. Il en fera une carte de Nouvel An adressée à ses amis où « le père la Victoire » côtoie Jeanne d’Arc et d’autres sauveurs de la Patrie !</p>
<p>Je connais Jean-Pierre Chevènement depuis des années et lui ai rendu visite à plusieurs reprises dans ses bureaux ministériels. L’homme a sans doute sa part d’ambition car on ne se lance pas dans une telle aventure sans y trouver sa gratification. Mais il a d’abord, ce qui manque à beaucoup, une vision gaullienne pour la France et pour la République. Avec ses fidèles compagnons de route, Didier Motchane, Georges Sarre, avec la fondation Res publica qu’il lancera en 2005, il met inlassablement en place des outils d’analyse et publie des ouvrages qui contribuent à la réflexion politique.</p>
<p>Je l’ai invité à plusieurs reprises à s’exprimer à l’occasion de colloques du Comité Laïcité République et également dans ma loge, République.</p>
<p>Le ministre est un homme que l’on respecte pour son intelligence, sa culture, sa rigueur, sa pondération, fût-il parfois un peu raide. Même si l’homme est toujours à l’écoute, son opposition courageuse le conduit à trois reprises à claquer la porte du gouvernement. « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne », lâche-t-il à la sortie d’un conseil des ministres en février 1983. Il démissionne un mois plus tard en opposition avec le président de la République qui refuse de sortir la France du système monétaire européen. Revenu au gouvernement en 1988 comme ministre de la Défense, il s’oppose à la participation de la France à l’intervention militaire américaine en Irak. <em>Last, but not least</em>, ministre de l’Intérieur en 1997, il rejette la politique corse du Premier ministre, les Accords de Matignon qui redéfinissent les relations avec les mouvements nationalistes, et appelle à « la vigilance républicaine ». Pour la troisième fois, il démissionne. On ne peut pas dire de lui qu’il gère une carrière !</p>
<p>Chevènement a des vertus qui font d’autant plus sens que le monde politique s’est petit à petit laissé convertir aux us et coutumes de la société du spectacle et que le cynisme est érigé en art de la politique. L’homme incarne à mes yeux les qualités qu’on est en droit d’attendre d’un homme d’État, l’honnêteté intellectuelle, l’audace, l’abnégation, le sens du bien commun, la capacité d’entendre la critique si elle est fondée et d’en débattre. Il n’est pas franc-maçon mais, à n’en pas douter, il aurait pu y trouver sa place. Respect donc pour l’homme, à défaut de partager toutes les idées de celui que la presse finit par appeler « le Che », comme si l’ancien ministre de l’Intérieur, de la Défense, de l’Éducation nationale, de la Recherche et de l’Industrie portait les idéaux de la révolution cubaine à ses tout débuts.</p>
<p>Le nationalisme qu’on lui attribue ne participe pas de ma culture. J’ai toujours été universaliste et, disons-le, plus cosmopolite que cocardier. J’aime les limes des empires, les ports, où les cultures, les langues, les hommes se côtoient, s’effleurent, se bousculent, « Les eaux mêlées », version Roger Ikor, les espaces tournés vers le devenir plutôt que les terres saintes et territoires sacralisés où l’avenir est enfermé dans la tradition.</p>
<p>L’idée de Nation, trop souvent accaparée, détournée par une droite aux lisières de la xénophobie, me faisait peur par sa capacité d’intolérance et d’exclusion. Penser le monde comme fils de déporté contraint à quelque légitime prudence avec les nationalismes, plus souvent exclusifs qu’intégrationnistes. Je lui préférais la notion de Patrie, sentant bon la Révolution, les sans-culottes montant à Valmy la devise « la Patrie ou la mort » brodée sur leurs étendards, la Fraternité, la Résistance qui ne demandait à personne son certificat de naissance ou de baptême, le cosmopolitisme qui a fait de la France une authentique avant-garde de la culture humaniste. Avec le temps, le sens critique, cultivé notamment en loge, appliqué à mes plus intimes convictions, m’a conduit à dépasser mes préjugés.</p>
<p>La Nation républicaine, ce n’est pas une couleur de peau, une religion, contrairement à ce que défend l’extrême droite depuis toujours et que j’ai passé ma jeunesse à combattre, mais bien l’ensemble des citoyens quelles que soient leurs origines. La Nation n’est pas chauvine, ethnique, raciste mais au contraire universaliste dès lors qu’elle est portée par un État républicain.</p>
<p>Encore convient-il de s’assurer que nos interlocuteurs donnent à ce mot la même signification. Ce ne sera pas toujours le cas dans l’équipe de campagne, avec quelques personnes proches de l’extrême droite qui prôneront un rapprochement avec Philippe de Villiers, « le Chouan » du Puy du Fou, suscitant de sérieuses turbulences.</p>
<p>Jean Poperen, avec qui j’avais travaillé au début du septennat de Mitterrand, universaliste convaincu, avait contribué à me faire lever la barrière de mes interdits. « La Nation n’est pas l’ennemie du reste de l’humanité, me disait-il. Elle ne vit pas en s’opposant aux autres. Bien au contraire, elle se développe en se nourrissant de ce que les autres peuvent lui apporter dans les arts, les sciences, la pensée. » La Nation n’est pas une maladie honteuse ainsi qu’on l’imaginait dans les cercles libertaires de ma jeunesse étudiante, traumatisés par les nationalismes qui avaient engendré les deux guerres mondiales. L’histoire avait eu raison de l’universalisme prolétarien.</p>
<p>C’est donc sans appréhension mais avec vigilance que je rejoins Jean-Pierre Chevènement dans cette passionnante campagne sous l’étendard du Pôle républicain. Cet engagement est personnel. Pourtant je reçois bientôt des messages de soutien, en particulier du Sud-Ouest où l’on ne badine pas avec la laïcité. « Tu avais osé t’opposer au fatalisme du laisser-aller lorsque tu étais Grand-Maître, il faut procéder de même à l’occasion de la présidentielle », m’écrivent des Frères du Grand Orient. Des militants du Comité Laïcité République de plusieurs départements et notamment du Lot-et- Garonne m’invitent à engager l’association en tant que telle dans le Pôle républicain qui se constitue autour de la candidature de Chevènement pour y promouvoir la laïcité et le retour de la République.</p>
<p>Pour le Comité Laïcité République, c’est une première, même si nous avons toujours affirmé le principe de rassemblement des républicains des deux rives au service de la liberté de conscience. Nous n’avons rien inventé. C’est un principe essentiel pratiqué dans les loges maçonniques.</p>
<p>La machine s’emballe. Les appels à la mobilisation se succèdent. Les fondateurs du Comité Laïcité République, Henri Caillavet, Claude Nicolet, Clément Durand, Louis Astre, Gisèle Halimi et des compagnons de combat tel Régis Debray, appuient le mouvement. Bien vite la quasi-totalité des comités locaux m’accompagnent dans cette aventure. Ils se démultiplient, à Toulouse, Saint-Étienne, Lille, La Ciotat, Marseille, Saint-Nazaire, Limoges, Saint-Denis, Besançon, Mulhouse, Lyon, Nice, souvent animés par des amis maçons et des compagnons de route du « Che ». Ils organisent des manifestions, des débats, des meetings.  La parole circule. Une réelle ferveur s’installe qui me rappelle les débuts de la campagne de 1981.</p>
<p>Le Grand Orient auditionne les candidats républicains, à l’exception du représentant de l’extrême droite, mais ne donne pas de consignes de vote. Dans le secret de l’isoloir, chaque maçon fait librement son devoir de citoyen.</p>
<p>Jean-Pierre Chevènement est globalement bien apprécié au Grand Orient. Certes, il est, pour les plus libéraux, de culture marxiste, a contribué à la rédaction du programme commun et incarne l’aile gauche du Parti socialiste dans laquelle tous les frères ne se reconnaissent pas. Mais il parle le républicain à merveille. Les frères et sœurs qui l’écoutent ne peuvent que se réjouir de l’entendre égrener avec talent ces grands principes que la République et la franc-maçonnerie française ont en commun. Sans rien solliciter, ce qui serait contraire aux pratiques de la franc-maçonnerie, je reçois bien vite le soutien de nombreux frères et de sœurs du Grand Orient et d’autres obédiences qui s’impliquent à titre personnel.</p>
<p>Nous vivons un moment intense, joyeux. Dès le début, les sondages donnent à espérer sérieusement un bon score. De nombreux intellectuels rejoignent le mouvement. On croise les époux Aubrac, Gilles Casanova, Catherine Clément, le magistrat Éric Halphen, des journalistes et écrivains, Philippe Cohen, Élisabeth Lévy, Edmonde Charles-Roux, Natacha Polony, Apolline de Malherbe, Éric Zemmour, des politiques, Michel Pinton, fondateur de l’UDF, François Morvan venu du trotskisme, Florian Philippot, alors élève à HEC, qui rejoindra un temps le Front national, Éric Coquerel, futur député mélenchoniste, un certain Emmanuel Macron, étudiant à Sciences Po, assistant de Georges Sarre, sans compter les « visiteurs du soir » Max Gallo, Régis Debray et quelques amis de longue date que « le Che » réunit parfois chez lui à une heure tardive en présence de Nisa son épouse, artiste peintre de talent.</p>
<p>Chevènement a souhaité rassembler les « souverainistes » des deux rives. Mais quelques-uns portent un lourd passé dans leurs bagages. Les relations sont tendues avec Paul-Marie Couteaux, issu de l’extrême droite, député « pasquaïen », proche des milieux catholiques intégristes, et William Abitbol, ancien d’Ordre nouveau, député européen sur la liste Pasqua-Philippe de Villiers.</p>
<p>Je pense à mon père me disant que dans son réseau de Résistance, dans la Seine-et-Marne, il avait travaillé avec d’anciens « Camelots du Roi » qui s’étaient engagés à ne pas confondre leur activité de résistance et leur engagement passé. Dans ce contexte de guerre, ils avaient accepté de travailler sous la responsabilité d’un Juif !</p>
<p>Mais nous n’étions pas dans la France occupée. Très vite il se révéla que le souverainisme n’avait pas le même sens chez les uns et les autres.</p>
<p>Avec Anicet Le Pors, ancien ministre communiste, et Jean Charbonnel, ancien ministre du Général de Gaulle, nous serons à plusieurs reprises contraints de nous démarquer de leur ligne.</p>
<p>Tous les matins, tôt, autour du candidat et de Raphaël Bartold, un préfet, directeur de la campagne, nous faisons le point des déplacements du candidat, des meetings et des passages aux émissions de radio et de télévision dont je suis en principe responsable. Une fois par semaine, l’équipe de direction de campagne se réunit pour évoquer le fond, la ligne, la stratégie, la tactique. Prévoir des réactions aux déclarations des autres candidats et affirmer l’identité politique du nôtre.</p>
<p>Chacun y va de son couplet. Les premiers temps, l’atmosphère est légère. Les générations se croisent. Les strates de militants aussi. Se jalousent parfois, se frottent l’ego afin d’essayer de se placer au plus près du « Che ». C’est là une bien triste constante des comportements humains à l’approche des pouvoirs quels qu’ils soient. L’arrivée impromptue dans l’équipe d’une attachée de communication auto promotionnée suscite une réaction virulente de Claude Marti, pionnier de la communication politique, conseiller de François Mitterrand, de Michel Rocard et de plusieurs chefs d’États africains. Le vieux routier de la com, consultant qui n’a pas été consulté dans ce choix m’écrit qu’il a « passé l’âge des querelles enfantines et se retire de ce nid de vipères ». Je partage son exaspération. Quel dommage pour le « Che » !</p>
<p>Des sujets plus graves nous attendent, liés à l’hétérogénéité de l’équipe. Réunie sous l’étendard d’un programme de salut public, l’équipe, une armée de bonnes volontés, se développe avec son côté Cour des miracles. Se côtoient désormais, en plus de ceux déjà cités, des personnages très différents et l’attelage devient plus difficile à conduire. Pierre-André Taguieff, Danielle Sallenave, Philippe Muray, Henri Guaino, Marcel Gauchet, Jacques Le Goff, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Robert Redecker, Michel Onfray, Michel Houellebecq peuvent se croiser. Des politiques rejoignent le mouvement. André Bellon, ancien président de la Commission des affaires étrangères à l’Assemblée nationale, Gérard Cureau, préfet ancien conseiller de Pierre Mauroy à Matignon, Arnaud Montebourg, de nombreux élus radicaux qui viennent respirer l’air vivifiant du radical-socialisme d’antan, Émile Zuccarelli plusieurs fois ministre qui n’a jamais transigé sur la laïcité ni sur l’unité de la Nation, Michel Scarbonchi, député européen, Jean Rigal, député.<br />
_ Il y a des gaullistes, Pierre Dabezies, Claude Beaulieu, président du Comité Valmy, Catherine Coutard, des monarchistes comme Bertrand Renouvin, des élus chevènementistes, Jean-Yves Autexier, Jean-Luc Laurent, Sami Naïr, député européen. Certains se connaissent du Mouvement des Citoyens, du Parti socialiste, du très iconoclaste club Phares et balises, fondé trois ans plus tôt par l’écrivain Denis Tillinac, proche de Jacques Chirac, du Comité Laïcité République, du Grand Orient.</p>
<p>Lionel Jospin n’avait pas fait le programme minimum en faveur de la laïcité. Chevènement s’engage clairement en sa faveur, déclarant que « l’obligation de la laïcité doit s’appliquer à tous les services publics afin de refuser l’enfermement des jeunes dans des différences que le communautarisme voudrait figer ». Cette déclaration d’intention conduira au ralliement de nombreux électeurs de gauche fatigués des tergiversations du Parti socialiste et du Parti communiste voire de la trahison de certains de ses éminents représentants ralliés à la « laïcité nouvelle ».</p>
<p>Ce qui n’empêchera pas Jean-Pierre Chevènement d’accepter trois ans plus tard la présidence de la fumeuse Fondation pour l’islam de France avec mission de transformer cette coquille vide en un outil performant. Il découvrira bien vite les limites de ce projet sur lesquelles buteront ses successeurs, en particulier le président Macron. Mais est-ce bien à l’État d’organiser les cultes ? </p>
<p>La campagne bat son plein. Mon engagement à ses côtés s’inscrit dans une filiation naturelle à la Révolution française, à la Commune, à la Résistance, de Jaurès à Mendès France, du Front populaire à l’espérance de mai 1981, ainsi que je l’écris dans une première tribune à <em>Libération</em> signée avec Henri Caillavet.</p>
<p>Les sondages donnent plus de 12 % à Chevènement.  Il ne fait aucun doute pour moi que cet excellent score, s’il ne suffira pas à Chevènement pour se qualifier au second tour, contraindra Lionel Jospin à négocier rapidement et à reprendre dans son programme certaines des propositions que nous avançons.</p>
<p>Les choses ne se passeront pas ainsi. Malentendu ? Partie de bras de fer ? Règlement de compte entre les deux hommes depuis que Jean-Pierre a démissionné du gouvernement avec en toile de fond l’affaire corse ? Incompatibilité sur l’Europe au moment où il est peut-être encore temps de rendre à ce projet sa dimension sociale et culturelle alors qu’elle est en voie de se rétrécir à une simple zone de libre-échange selon la volonté des Anglo-saxons ? Impossibilité de trouver une synthèse sur la question du souverainisme ? Poker menteur ?</p>
<p>Le ton monte et dans l’entourage du candidat Jospin des voix s’élèvent, sûres d’elles-mêmes, accusatrices, de mauvais augure pour la suite alors qu’il est encore temps de préparer les conditions d’un désistement au second tour. Au lieu de cela, Chevènement est traité en paria. De son côté, Jean-Pierre maintient un certain flou, affichant un positionnement qui se veut « au-dessus de la gauche et de la droite ». Certains porte-paroles auto-proclamés interprètent, « Ni droite, ni gauche », slogan qui a été porté dans le passé par une certaine extrême droite.</p>
<p>Mitterrand en 1981 avait bien reçu le soutien de nombreux gaullistes dont Jacques Chirac, tout comme le général de Gaulle avait été soutenu par certains socialistes. Mais le contexte est bien différent. En l’occurrence, il ne s’agit pas de rallier des républicains de l’autre rive mais de proclamer l’extinction du clivage gauche droite et d’ouvrir la voie à un ralliement des aventuriers issus de la droite extrême.</p>
<p>Ce qui aurait pu être envisagé avec Philippe Seguin, authentique républicain de l’autre rive, ne pouvait l’être avec n’importe qui ! Ma Loge avait d’ailleurs invité l’ancien président de l’Assemblée à nous présenter sa conception de la République. Personne ce jour-là n’aurait pu mettre en doute ses convictions.</p>
<p>Mais le curseur s’est déplacé. Les souverainistes de l’équipe de campagne, issus de la droite dure, voire extrême, soutiennent le principe d’un rapprochement avec Philippe de Villiers. Certains suggèrent même de ne pas laisser au candidat du Front national la paternité du discours en matière d’immigration !</p>
<p>Il est difficile de comprendre que des personnes issues de la gauche dite « révolutionnaire » aient pu déclarer ne pas être gênées par l’éventuel ralliement du vicomte. Anicet Le Pors critique vertement la dérive d’Alain Morvan. Le ton n’est plus à la gentille camaraderie des débats de campagne. Ça tangue dans la direction de campagne. Les plus anciens n’ont pas oublié que le slogan « Ni droite ni gauche », de Mussolini à Déat et Doriot, a toujours servi la droite extrême. Zeev Sternhell, l’historien israélien, a écrit une somme sur le sujet, montrant comment cette théorie de la disparition de l’opposition gauche/droite a nourri la montée du fascisme <sup class="spip-note">[Zeev Sternell, <em>Ni droite, ni gauche, l’idéologie fasciste en France</em>, Folio histoire 1983.]</sup>.</p>
<p>Jean-Pierre Chevènement, en réunion de direction, dément tout rapprochement de ce type.</p>
<p>Mais les souverainistes de droite, par voie de presse, telle Florence Kuntz dans une tribune publiée dans <em>Le Figaro</em>, montent en ligne et plaident, sans état d’âme, en faveur d’une telle orientation « de nature à attirer l’électorat populaire ». Max Gallo partage cette analyse. Il faut selon lui se placer au-delà de la gauche et de la droite et il trouve des accents populistes qui inquiètent de plus en plus l’aile gauche de l’équipe de campagne.</p>
<p>Les sondages donnent désormais un peu plus de 14% à Chevènement et seulement 16 à Lionel Jospin ! Une erreur a dû se glisser dans l’enquête ! Chevènement pourrait-il se qualifier pour le second tour et porter les couleurs de la République sociale et laïque ? L’impensable devient-il possible ? La question jette le trouble. Autour de la table, le débat devient vif lorsque l’aile la plus droitière relance la perspective d’une concertation, voire d’une alliance, avec Philippe de Villiers. Les échanges sont tendus avec William Abitbol lorsque j’affirme le plus nettement possible qu’ « il n’est pas question de négocier quoi que ce soit avec des mouvements et des hommes marqués par leur liens avec l’extrême droite. La République laïque et sociale ne se négocie pas. »</p>
<p>Nous sommes à un moment clé de la campagne. Mes amis des comités Laïcité République me disent, me téléphonent, m’écrivent, que nous n’avons rien en commun avec les héritiers des cagoulards, des Croix-de-feu, des intégristes catholiques. Anicet Le Pors, Jean Charbonnel et moi ne nous gênons pas pour le dire. Jean-Pierre Chevènement nous rassure. Ce ne sont bien évidemment pas ses convictions.</p>
<p>Mais l’inquiétude demeure, qui gagne des militants issus de la gauche. Le mal est fait dès lors que se répand l’information selon laquelle notre candidat a discrètement dîné avec Philippe de Villiers au domicile du général Gallois à la mi-janvier <sup class="spip-note">[<em>Ouest France</em> du 8 février 2002.]</sup>. Et puis, la rumeur prête à certains « visiteurs du soir » une telle inclination. En 1981, François Mitterrand n’avait-il pas bénéficié d’un soutien bienveillant de Jean-Louis Tixier-Vignancour, avocat d’extrême droite, dont le directeur de campagne à la présidentielle de 1965 n’était autre que Jean-Marie Le Pen ?</p>
<p>Réel malaise dans l’équipe. Nous, femmes et hommes de gauche, engagés dans la campagne de Jean-Pierre Chevènement, républicains et fiers de l’être, publions une tribune dans <em>Libération</em> du 11 février 2002, qui dit qu’au-delà de cette limite, le ticket ne serait plus valable  <sup class="spip-note">[ <a href="https://www.liberation.fr/tribune/2002/02/11/chevenementistes-et-fiers-de-l-etre_393402/">&quot;Chevènementistes et fiers de l&#039;être&quot;</a> <em>(note du CLR)</em>.]</sup>. Nous plaidons pour une négociation à gauche, ouverte aux républicains de l’autre rive mais sans la droite extrême. Sont signataires Henri Caillavet, ancien ministre, Anicet Le Pors, ancien ministre communiste de François Mitterrand, Michel Dahry député européen radical, Jean Charbonnel ancien ministre gaulliste, Danielle Sallenave, écrivain, Karim Zeribi, président d’Agir pour la citoyenneté et moi-même, soutenus par Claude Nicolet, président fondateur du Comité Laïcité République, Henri Peña-Ruiz, philosophe.</p>
<p>La dynamique de la campagne butte sur le manque de clarté des perspectives. Anicet Le Pors, au bureau du Pôle Républicain, déclare que « l’antagonisme droite-gauche repose sur des contradictions de fond dont il n’est au pouvoir de personne de décréter la disparition ». La rupture idéologique est consommée.</p>
<p>Le dernier meeting se tient au Zénith à Paris. Ambiance survoltée. Max Gallo avec ce corps de bûcheron plein de sève, ses grands lancés vers le haut, posture empruntée au Général, la faconde des grands tribuns, l’audace des quasi autodidactes, rassemble toutes ses forces dans la bataille. L’écrivain prolixe qui entrera à l’Académie française, l’historien, l’ancien porte-parole du troisième gouvernement Mauroy, l’ancien directeur quelque peu tyrannique du <em>Matin de Paris</em>, l’adhérent du Comité Laïcité République, sur qui la foi tombera tel un éclair en pleine cérémonie religieuse, se surpasse et donne à voir son immense talent boosté par une insolente énergie.</p>
<p>Mais c’est un chant du cygne. Son discours électrise en même temps qu’il éclaire l’évolution ambigüe de son positionnement. Il cite dix fois la France et la Nation et pas une seule la République alors que Chevènement fait preuve de prudence.</p>
<p>L’écrivain a franchi le Rubicon, jeté les amarres de la Gauche pour les rives du nationalisme. Il y avait du Gambetta, du Jaurès dans cet orateur hors du commun. Il en voudra beaucoup à Henri Caillavet d’avoir déclaré au <em>Nouvel Observateur</em> que, dans ce rôle, il ressemblait à Marcel Déat. La formule est un peu raide mais elle se comprend dans la bouche d’un homme qui a vu les miliciens fusiller son père au début de la guerre.</p>
<p>Aux derniers moments de la campagne, j’imagine que dans le plus grand secret des contacts ont été établis entre les candidats de gauche pour envisager un possible désistement au second tour. Cette perspective avait été abordée en réunion de la direction de campagne. Nous étions opposés entre ceux qui prôneraient l’abstention, ceux qui appelleraient à voter à droite et ceux, majoritaires qui, comme moi, voteraient pour le candidat de la gauche dès lors qu’il concédait une évolution sur le social, la laïcité et l’Europe.</p>
<p>Mais, à ma connaissance, aucune initiative de dialogue ne vint du côté de Lionel Jospin où l’on traite avec condescendance, mépris, animosité, ces voix « chevènementistes de gauche ». La critique de la ligne Jospin est très mal perçue dans son entourage alors qu’il avait lui-même revendiqué « un droit d’inventaire » sur le bilan de François Mitterrand. Notre ralliement entre les deux tours constitue un fait acquis pour ses lieutenants.</p>
<p>Personne n’imagine que le scénario sera tristement tout autre. La veille ou l’avant-veille, nous avons confirmation que Jean-Pierre Chevènement ne sera pas présent au second tour. Il baisse dans les sondages. Il chute et terminera à 5,33 % des voix. La confusion politique a plombé la fin de campagne et éloigné de nombreux électeurs de gauche, séduits par le républicanisme du « Che » mais inquiets des accents nationalistes de certains de ses porte-paroles.</p>
<p>Lionel Jospin est battu et la gauche absente du second tour. C’est la première fois depuis le face à face Pompidou-Poher de 1969. Le ciel nous est tombé sur la tête : Chirac contre Le Pen ! La cabane s’est effondrée sur le chien. Le Parti socialiste est dans l’état où l’avait trouvé François Mitterrand. La gauche plonge dans sa descente aux enfers.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/359-presidentielle-2002-pour-une-gauche-republicaine-et-laique-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1992 : Création de la loge République, pour contribuer à la remobilisation autour du substrat républicain (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/292-1992-creation-de-la-loge-republique-pour-contribuer-a-la-remobilisation-autour-du-substrat-republicain-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/292-1992-creation-de-la-loge-republique-pour-contribuer-a-la-remobilisation-autour-du-substrat-republicain-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 May 2023 10:41:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=17872</guid>

					<description><![CDATA[Livre par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Elle va acquérir une réelle reconnaissance par la qualité de ses travaux, l&#8217;impertinence de ses réflexions et sa capacité à porter deux des siens, Philippe Foussier et [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Elle va acquérir une réelle reconnaissance par la qualité de ses travaux, l&rsquo;impertinence de ses réflexions et sa capacité à porter deux des siens, Philippe Foussier et moi-même, à la grande maîtrise de l&rsquo;obédience. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p>[Les échos « Culture » sont publiés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
<p><strong>Collectif, <em>30 ans de République. Une loge du Grand Orient de France à Paris</em>, éd. <a href="https://www.conform-edit.com/nouveautes-livres-maconniques/revues-maconniques/pour-la-laicite-pour-la-republique-1024-1094-1154-1243-1398-1539-1614-detail.html">Conform</a>, avril 2023, 144 p., 17 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>Le 16 mai 1992, avec des frères que j&rsquo;ai sollicités dans toutes les obédiences, y compris la Grande Loge nationale française, tous viscéralement attachés aux principes des Lumières, nous allumons les feux de la Loge République.</p>
<p>Grâce à la mobilisation des fondateurs et à l&rsquo;implication des vénérables qui m&rsquo;ont succédé, [&#8230;], cette loge va se donner pour perspective de contribuer à lever la confusion qui s’est abattue, telle une chape de plomb, sur le pays et contribuer à la remobilisation autour du substrat républicain.</p>
<p>Et en premier lieu au sein de l&rsquo;obédience où elle va acquérir une réelle reconnaissance par la qualité de ses travaux, l&rsquo;impertinence de ses réflexions et sa capacité à porter deux des siens, Philippe Foussier et moi-même, à la grande maîtrise de l&rsquo;obédience, auxquels il convient d&rsquo;ajouter Jean Verdun, ancien grand maître de la Grande Loge de France, venu s&rsquo;affilier dans notre atelier.</p>
<p>Elle ouvre des chantiers de réflexion sur la situation des banlieues, sur syndicalisme et République, police-justice, l’avenir du travail, l’exclusion sociale, l’enjeu démocratique en Europe de l’Est, l’offensive contre la laïcité, l’encyclique <em>Veritatis Splendor</em>, pour une Europe laïque et sociale, République et démocratie, l’enseignement du civisme à l’école, l’intégration à la citoyenneté.</p>
<p>La loge, particulièrement dynamique, organisera au fil des ans des conférences, des débats, des colloques publics avec des personnalités maçonnes et non maçonnes, [&#8230;].</p>
<p>Certains moments furent particulièrement émouvants. Je me souviens, lors de la réception en 1995 dans le temple Arthur Groussier archibondé, de l’Orient, c’est à dire la tribune, couverte de sautoirs de toutes les couleurs, signes des obédiences et des rites quasiment tous représentés. Lionel Jospin, candidat à l’élection présidentielle, est invité à présenter son projet. Avant qu’il ne pénètre sous escorte dans le temple et s’avance à pas lents dans la travée centrale entre les centaines de sœurs et de frères debout en silence, et que retentit le <em>Chant du départ</em>, la Loge a reçu le jeune grand maître que j&rsquo;étais, accompagné du frère Roland Dumas qui, le matin même, venait d&rsquo;être nommé président du Conseil constitutionnel et pour l’occasion retrouvait le chemin de l’obédience où il n’avait guère été assidu depuis quelque temps.</p>
<p>Chacun est ému. Lionel Jospin avance jusqu’à la tribune où le vénérable et moi-même l’accueillons sous le buste de Marianne, œuvre du frère Jacques France, qui n’est pas sans évoquer la statue de la Liberté que le frère Bartholdi avait sculptée et que la France avait offerte à l’Amérique. Ça sentait bon la République !</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a>,<br />
sur le site de l&rsquo;éditeur <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
sur le site des éditions Conform <a href="https://www.conform-edit.com/nouveautes-livres-maconniques/revues-maconniques/pour-la-laicite-pour-la-republique-1024-1094-1154-1243-1398-1539-1614-detail.html">&quot;30 ans de la Loge République&quot;</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/292-1992-creation-de-la-loge-republique-pour-contribuer-a-la-remobilisation-autour-du-substrat-republicain-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La laïcité attaquée « par ceux-là même qui avaient mission de la défendre » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/352-la-laicite-attaquee-par-ceux-la-meme-qui-avaient-mission-de-la-defendre-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/352-la-laicite-attaquee-par-ceux-la-meme-qui-avaient-mission-de-la-defendre-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Mar 2023 16:24:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=18126</guid>

					<description><![CDATA[Livre par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Par petites touches successives, au fil des années, les principes républicains, en premier lieu la laïcité, sont malmenés. » Patrick Kessel, Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « Par petites touches successives, au fil des années, les principes républicains, en premier lieu la laïcité, sont malmenés. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
<p><em>[Voir l&rsquo;extrait précédent</em> <a href="https://laicite-republique.org/?p=18057">346. « Années 2000 : la gauche et la laïcité balayées par des vents nouveaux » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</a><br />
et ces autres passages}<br />
<a href="https://laicite-republique.org/?p=16541">219. « La laïcité adjectivée » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</a><em>, </em><br />
<a href="https://laicite-republique.org/?p=17590">289. La gauche et les « accommodements raisonnables » avec le communautarisme (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</a><em>.</em><br />
<a href="https://laicite-republique.org/?p=15894">209. 1984 : « La bataille scolaire » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</a><em> ]</em></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p><strong>Au-delà de cette limite, le ticket laïque n’est plus valable<br />
</strong></p>
<p>Ces années 2000 marquent la ligne rouge au-delà de laquelle le ticket républicain pourrait n’être bientôt plus valable. Par petites touches successives, au fil des années, les principes républicains, en premier lieu la laïcité, sont malmenés. <br />
_ Les élus socialistes au Conseil de Paris ont ainsi joint leurs voix à celles de la majorité de droite pour voter le financement d’écoles Loubavitch et une garantie d’emprunt de 10 millions de francs en vue de la construction d’un complexe scolaire juif à Paris 18. <br />
_ La maire de Lille a mis en place des horaires réservés pour les femmes voilées dans la piscine municipale. <br />
_ Le maire du XVIIIe à Paris, ancien ministre de l’Intérieur, a obtenu le financement public d&rsquo;un local aux parois amovibles, tantôt lieu d&rsquo;études coraniques, tantôt lieu de prières, permettant fallacieusement de contourner la loi de Séparation.</p>
<p>Le temps est venu des rapports et études qui alertent de la dégradation de la situation dans des écoles, des crèches, des hôpitaux, des prisons, des quartiers, dans la police et l’armée. Ils sonnent le tocsin sur l&rsquo;état des « territoires perdus » de la République, mais sont accueillis par une quasi omerta quand ils ne sont pas traités de « racistes » et de « fascistes » !</p>
<p>Le déni est une bien étonnante constante de l’Histoire. À toute époque des hommes refusent, tant qu’il est temps, de voir surgir du magma social la bête qui va les dévorer. Les dirigeants occidentaux n’ont pas voulu voir monter le nazisme et sa machine barbare d’extermination. Les communistes ont longtemps refusé de voir les goulags et l’instauration en Union soviétique d’une implacable machine totalitaire, broyeuse d’hommes. Les soixante millions de victimes de la révolution chinoise, les intellectuels maolâtres n’ont pas voulu en entendre parler. Toute proportion gardée, une partie de l’intelligentsia de gauche refuse de considérer la montée de l’islamisme politique comme une menace pour la République. Le déni en politique est criminogène.</p>
<p>Dès 1997, le journaliste Christian Jelen révèle le noyautage de banlieues par l&rsquo;islamisme.</p>
<p>En 2003, Jean-Pierre Obin et une douzaine d&rsquo;inspecteurs de l&rsquo;Éducation nationale mettent en lumière la situation inquiétante dans certaines écoles des zones sensibles : l&rsquo;impossibilité d&rsquo;enseigner certaines matières comme l&rsquo;histoire, la biologie, la philosophie, la littérature libertine ; la constitution de tables par communautés à la cantine et même, dans un cas, de toilettes séparées ; la dépendance de jeunes filles musulmanes à l&rsquo;égard des grands frères agissant comme des directeurs de conscience. Bien que commandé par le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, le rapport n&rsquo;est pas publié. Il faut toute l&rsquo;énergie d&rsquo;Alain Seksig, secrétaire général de la commission Laïcité du Haut Conseil à l&rsquo;Intégration, où nous côtoyons notamment Élisabeth Badinter, Jacques Toubon, Jean-Louis Auduc, Ghaleb Bencheikh, Abdennour Bidar, Sihem Habchi, Catherine Kintzler, Frédérique de la Morena, Malika Sorel… pour faire publier le rapport, enrichi d&rsquo;une série de préfaces, aux éditions Max Milo.</p>
<p>Georges Bensoussan alerte à son tour du danger dans <em>Les territoires perdus de la République</em>. La polémique se déchaîne contre lui. Ainsi que le chantait Guy Béart, « Il a dit la vérité, il doit être exécuté. » Il ne faut pas en parler. Parce que l’extrême droite s’en repaît. Il convient donc de casser le thermomètre pour cacher la fièvre qui montre. Parce que la moindre étincelle peut rallumer le mouvement des banlieues.</p>
<p>La laïcité, que beaucoup avaient jetée aux poubelles de l’histoire, ressurgit comme « bouclier », selon l’expression de Caroline Fourest, face aux agressions différentialistes que les politiques osent de moins en moins affronter.</p>
<p>La machine infernale est sur les rails. Le débat a néanmoins changé de nature. Après l’échec de l’instauration d’un système public unifié de l’éducation nationale, l’Église et les partisans de la « laïcité nouvelle », en particulier la Ligue de l’enseignement, ont conclu une forme de pacte. L’aboutissement d’un long travail préparatoire. Dès 1987, Mgr Vilnet, président de la conférence épiscopale, prône publiquement la redéfinition du cadre institutionnel de la laïcité. « Entre l’Église et l’État, on ne peut plus parler de séparation, mais de collaboration », dit-il. Des contacts officieux avancent en ce sens. L’année suivante, le cardinal Lustiger réclame la renégociation de la loi Jules Ferry et l’intégration de l’instruction religieuse dans l’enseignement primaire.</p>
<p>Pour le Grand Orient, pas question d’accepter que l’année du bicentenaire de la Révolution soit aussi celle du Munich de la laïcité et de l’école républicaine. L’obédience réagit par un communiqué (25 décembre 1989) qui prend le parfait contre-pied de la Ligue de l’enseignement.</p>
<p>À l’époque, je n’imagine pas que le mal est si profond et que cette opération programmée de loin, probablement <em>drivée</em> depuis l’Élysée, a trouvé des alliés de poids au sein de la famille laïque, des socialistes de gouvernement, dans le mouvement syndical, certaines associations de défense des droits et aussi, dans une moindre mesure, au Grand Orient. Par conviction idéologique ou bien par ivresse du pouvoir dès lors que certains aspiraient davantage à une carrière de ministre qu’à la réalisation d’une société sans classes ! Par aveuglement politique, croyant servir les intérêts de la gauche au pouvoir ? Que sont allés faire dans cette galère la Ligue de l’enseignement et l’ancien grand maître du Grand Orient, Roger Leray ?</p>
<p>Il a fallu du temps pour que mûrisse en moi ce terrible constat : la laïcité, historiquement combattue par l’extrême droite, la droite conservatrice et l’<em>establishment</em> catholique devait désormais faire face à une attaque plus insidieuse portée par ceux-là même qui avaient mission de la défendre. Les bouches commençaient à se délier, critiquant la politique de François Mitterrand, réclamant un « devoir d’inventaire ».</p>
<p>Mais Mitterrand demeure ce personnage hors du commun, un Cicéron des temps modernes qui a ramené la gauche au pouvoir, fait adopter d’authentiques grandes réformes, rassemblé les anciens qui n’y croyaient plus, les jeunes qui en rêvaient, pour finalement se complaire dans la tontonmania, le culte du Commandeur cultivé par des amis transformés en dévots. Sur plus d’un sujet le gouvernement a composé, négocié, reculé. Il a su durer. La conjoncture économique, le mur de l’argent qui avait déjà empêché Léon Blum, expliquaient, non sans bon sens, les mitterrandiens les plus fidèles.</p>
<p>Mais qu’est-ce qui obligeait le président en matière de laïcité ? Michel Charasse, son conseiller et ami, anticlérical pur sucre, m’expliquait que le président aurait souhaité faire adopter la mise en place d’un service public unifié de l’Éducation nationale mais que la responsabilité de l’échec en revenait « aux laïques incapables de se mettre en ordre » et, précisait-il, « à tes petits frères du Grand Orient, meilleurs pour parler que pour agir ! »</p>
<p>L’argument n’était pas tout à fait faux. Avec le temps, des témoignages, en particulier des milieux syndicaux de l’Éducation nationale, montrent combien était profonde la division entre les grandes figures du syndicalisme enseignant engagées dans les différents partis et courants de la gauche. Jacques Pommateau, Michel Bouchareissas, André Henry, Jean Battut, Clément Durand, Guy Georges, Louis Astre parmi d’autres, tous authentiques défenseurs de la laïcité et qui, pour certains, participeront à la création du Comité Laïcité République, divergent sur la voie à suivre. Quarante années plus tard, Guy Georges et Louis Astre demeuraient en totale opposition. Le premier, ancien secrétaire général du syndicat national des instituteurs (SNI), promoteur du projet d’ »école fondamentale » de la maternelle à la fin du collège, se voyait reproché par le second d’avoir privilégié la revalorisation des rémunérations des instituteurs sur la mise en place du grand service public et laïque unifié de l’Éducation nationale. Louis Astre accordait la priorité à l’abrogation des lois antilaïques, que son syndicat, la FEN (Fédération de l’Éducation nationale), dont il était le pur produit, venait de réaffirmer à l’occasion lors de son congrès de Toulouse en juillet 1981. L’enjeu ? L’abrogation de la loi Debré institutionnalisant le financement public des établissements privés sous contrat. Le 19 juin 1960, les laïques par centaines de milliers, rassemblés sur la pelouse du bois de Vincennes, représentant près de 11 millions de pétitionnaires, avaient prêté serment d’abroger la loi Debré.</p>
<p>Le sujet demeure une pomme de discorde. En février 2018, Guy Georges, qui nous a préparé un excellent déjeuner chez lui avec Michel Charasse et le député Jean Glavany, le dernier midi précédant une mort vraisemblablement choisie, réponse à une incurable maladie, ne démord pas de sa ligne. Se voulant pragmatique, il estime que l’abrogation de la loi Debré n’est pour le moins pas prioritaire dès lors qu’elle lui semble impossible au regard des rapports de force. Louis Astre estimait que ceux qui ont plaidé cette ligne auprès de Pierre Mauroy, alors Premier ministre, et d’Alain Savary, voire auprès du président, sont responsables de l’échec du projet.</p>
<p>L’admiration pour Mitterrand m’empêchait alors d’imaginer que cet échec et l’opération « laïcité nouvelle », comme par ailleurs l’opération SOS Racisme, pouvaient avoir été inspirées par le président lui-même. François Mitterrand « savait à l’avance que le projet de grand service public unifié de l’Éducation Nationale (…), une promesse électorale irréalisable faite avant 1981 à la FEN (…) ne pouvait pas déboucher, de telle manière qu’au bout de trois ans il ne pouvait plus que retirer le projet et passer l’éponge », écrira Jean-Pierre Chevènement <sup class="spip-note">[Jean-Pierre Chevènement, <em>Le Temps des citoyens</em>, éditions du Rocher, 1993, pp. 92 et 93.]</sup>.</p>
<p>Sur le front des idées, la confusion est à son comble. Le thème de société multiculturelle est a priori sympathique dès lors qu’il suggère des échanges culturels, des rencontres entre les hommes, des métissages, la fraternité dans la liberté et dans l’égalité, ce qui est dans la tradition universaliste de la France. Mais à ne pas en clarifier les termes, il va se transformer en cheval de Troie contre la citoyenneté, en contestation de la Nation. Bientôt il se révèle non pas outil au service de l’émancipation des individus mais arme d’enfermement dans une communauté supposée d’origine. À l’universalisme il oppose l’essentialisme. À l’égalité des droits et des devoirs, le différentialisme oppose une citoyenneté à géométrie variable. À la liberté de conscience, la sujétion à la tradition. À la laïcité, la soumission de l’État à la société civile. C’est exactement le contraire de la République que signifie Anacharsis Cloots, <em>L’Orateur du genre humain</em>, prophète de la République universelle, lorsque le 26 août 1792, de la tribune de l’Assemblée législative, il se présente : « baron en Allemagne, citoyen en France ».</p>
<p>Le plus souvent les élus locaux n’imaginent pas qu’en composant avec le « droit à la différence » ils font entrer le loup dans la bergerie et en chassent la liberté de conscience et l’égalité républicaine. Nombre d’entre eux sont probablement sincères qui croient agir contre le racisme et l’extrême droite alors qu’ils en font le lit.</p>
<p>Quand je les interroge à l’occasion des colloques que nous organisons avec le Comité Laïcité République ils soulignent la « dimension sociale ». Ils ont raison sur ce point. Sujet auquel mon expérience syndicale me rend particulièrement sensible. Les obscurantismes religieux et politiques se développent souvent là où règnent la pauvreté et la désespérance sociale. C’est bien pourquoi le Comité Laïcité République parle toujours de façon inséparable de « République laïque et sociale ». Le sujet est suffisamment prégnant pour qu’en mai 2009, les anciens grands maîtres du Grand Orient signent un texte public s’opposant fermement à toute transformation préjudiciable des acquis sociaux. Sentinelle des libertés et des droits, le Grand Orient continue de veiller.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a>,<br />
les <a href="https://laicite-republique.org/?cat=54">22. Colloques du CLR</a>,<br />
dans la Revue de presse les dossiers <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1503">Paris</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=170">Localités</a>, <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1157">Jean-Pierre Obin</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=387">Atteintes à la laïcité à l&#039;école publique</a>,<br />
<a href="https://laicite-republique.org/?p=16346">« Martine Aubry justifie l’attribution d’une heure hebdomadaire réservée aux femmes musulmanes à la piscine de Lille-Sud » (maire-info.com, 1er juil. 03)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1434">Piscine</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=564">Mixité</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=126">606. Femmes-hommes</a>,<br />
dans les <a href="https://laicite-republique.org/?cat=48">DOCUMENTS</a> le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=628">Haut Conseil à l&#039;Intégration (HCI)</a>, le <a href="https://laicite-republique.org/?p=714">“Rapport Obin” : Les signes et manifestations d&rsquo;appartenance religieuse dans les établissements scolaires (juin 04)</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/352-la-laicite-attaquee-par-ceux-la-meme-qui-avaient-mission-de-la-defendre-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Années 2000 : la gauche et la laïcité balayées par des vents nouveaux » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/346-annees-2000-la-gauche-et-la-laicite-balayees-par-des-vents-nouveaux-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/346-annees-2000-la-gauche-et-la-laicite-balayees-par-des-vents-nouveaux-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Feb 2023 10:52:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=18057</guid>

					<description><![CDATA[Livre par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « L’histoire retiendra que c’est un président de droite qui aura protégé la laïcité à l’école de la République. » Patrick Kessel, Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « L’histoire retiendra que c’est un président de droite qui aura protégé la laïcité à l’école de la République. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>Nicolas Sarkozy, de façon répétitive, cherchera à réviser la loi de séparation ou, à défaut, à mettre en place les moyens de son contournement. C&rsquo;est lui qui, à travers la commission Machelon qu’il installe, favorisera le contournement de la loi de 1905 par la mise en place de baux emphytéotiques destinés à financer la construction de mosquées, l&rsquo;organisation de conférences départementales de la liberté religieuse qui réintroduisent les religions dans le champ politique, lui encore qui empêchera la révision des lois bioéthiques… Un poème à la Prévert de dispositions anti-laïques. Ministre de l’Intérieur, il s’oppose en 2002 au président Chirac qui entend proscrire le port de signes religieux à l’école.</p>
<p>Le ton monte. Alors qu’une partie de la gauche perd sa culture laïque, une partie de la droite la découvre. « Cette loi nous prémunit contre le poison du communautarisme », déclare Jean-Louis Debré, le président de l’Assemblée, qui préside la Mission sur la question du port des signes religieux à l’école <sup class="spip-note">[Mission d’information sur la question du port des signes religieux à l’école, présidée par Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, rapport enregistré le 4 décembre 2003.]</sup>. Dans le même temps Bernard Stasi, ancien ministre, médiateur de la République qui préside la Mission d’information parlementaire sur la question du port des signes religieux à l’école <sup class="spip-note">[Mission sur la question du port des signes religieux à l’école, présidée par Bernard Stasi, ancien ministre. Conclusions remises le 11 décembre 2003.]</sup> conclut que la laïcité est un « principe universel, républicain ». Lui qui n’était a priori pas favorable à une loi, après avoir auditionné de nombreux chefs d’établissement révélant la détérioration de la laïcité sur le terrain, finit par soutenir la proposition d’interdiction des signes religieux à l’école. Et voilà des hommes de droite qui plaident en faveur de l’interdiction des signes religieux, Jean-Louis Debré proposant même que la mesure s’applique également aux écoles privées sous contrat !</p>
<p>La gauche tergiverse. Les tenants de la laïcité « nouvelle » rament à contre-courant. Au Grand Orient, un peu surpris de cette nouvelle équation politique, on est plutôt favorable à une ligne de fermeté. Telle est la politique que je défends lorsque le Comité Laïcité République est auditionné par deux commissions parlementaires. Le président Chirac tranchera en affirmant que « la laïcité ne se négocie pas ». Le ministre Sarkozy range son projet de toilettage, qu’il ressortira en 2007, une fois parvenu à l’Élysée.</p>
<p>Le débat fait rage par tribunes de presse interposées. Les échanges ont été vifs au sein de la commission Stasi. À l’ouverture des travaux, une majorité est défavorable au recours à la loi pour régler le sujet. À la fin, seul Jean Baubérot, le chantre de la « laïcité nouvelle », se désolidarise de la commission, qui conclut à la nécessité de légiférer. Le président de la République lui aurait téléphoné dans la nuit précédant la remise officielle du rapport pour essayer de lever son obstruction. En vain. Baubérot théorisera jusqu’au bout la « laïcité nouvelle », défendant la révision de la loi de 1905 et l’extension du Concordat.</p>
<p>Le rapport Stasi sera adopté et ouvrira la voie en 2004 à la loi sur l’interdiction des signes religieux dans les écoles publiques. Contre une partie de sa majorité, la loi, voulue par le président Chirac, est votée le 15 mars 2004. Je m’en réjouis ainsi que mes amis du Comité Laïcité République. C’est la position en faveur de laquelle nous militons depuis l’affaire du voile de Creil. La liberté, c’est aussi de savoir dire non. Une position juste, non pas tournée contre une religion, contre une population que nous souhaiterions « stigmatiser », mais destinée à protéger des jeunes filles de l’obscurantisme et à sauver l’école de la République. Un engagement largement partagé au Grand Orient même si le discours communautariste y trouve quelques émules.</p>
<p>Le sujet a divisé à droite ; il divise à gauche. Marie-Christine Blandin, membre des Verts puis d’Europe Écologie Les Verts, sénatrice, est contre. La Ligue communiste révolutionnaire et divers mouvements d’extrême-gauche, des communistes, stigmatisent le recours à la loi. Les socialistes bafouillent leur laïcité. Il faut toute l’implication de Laurent Fabius au congrès de Dijon pour les convaincre. L’homme possède cette force qui fait défaut à beaucoup de leaders pour qui écouter reviendrait à s’affaiblir. Je participe alors à un petit groupe autour de lui qui réfléchit sur les évolutions de la société et leurs conséquences politiques. J’essaye de convaincre ces brillantes intelligences, éternels premiers de la classe, des enjeux lourds de la laïcité. Ce n’est pas toujours le principal de leurs soucis mais Laurent Fabius a une oreille attentive. L’homme comprend vite. Je l’invite à venir échanger dans ma loge, République. Il est parmi les responsables socialistes un des premiers à se prononcer en faveur d’une loi sur les signes religieux à l’école. Jack Lang déposera une proposition de loi en ce sens. François Hollande emportera la décision face à ceux qui craignaient une stigmatisation et refusaient de s’engager. 140 députés PS sur 148 voteront finalement cette loi. L’honneur est sauf mais l’histoire retiendra que c’est un président de droite qui aura protégé la laïcité à l’école de la République. On joue à front renversé !</p>
<p>L’élection de Nicolas Sarkozy bouleverse la donne. L’inquiétude s’exprime ouvertement rue Cadet après les propos du nouveau locataire de l’Élysée sur la laïcité. Les loges attendent que l’exécutif fasse savoir au président les risques qu’il fait courir à l’école publique. Alain Bauer, conseiller au « Château », obtient une audience pour le Grand Orient. Afin de signifier clairement l’importance de cet entretien, le grand maître en exercice, Jean-Michel Quillardet, se fait accompagner d&rsquo;une délégation de ses prédécesseurs. C&rsquo;est la première fois qu&rsquo;une telle ambassade est constituée. Chacun des Maçons présents veut marquer l&rsquo;unité et la détermination du Grand Orient face à toute tentative de porter atteinte à la Laïcité.</p>
<p>Nicolas Sarkozy ouvre l’audience par un discours improvisé même si Alain l’a probablement bien briefé sur chacun de nous.  Le président se présente, de sa voix doucereuse, le ton séducteur, comme un défenseur de la laïcité de toujours. Les entretiens avec les présidents de la République commencent toujours ainsi ! Cela se gâte en général dès lors que le président aborde ses projets de réforme ! Sarkozy n’échappe pas à cette tradition. Bien vite, il dénonce la « laïcité dévoyée » et se prononce en faveur d’une « laïcité moderne ». Chacun des grands maîtres présents prend tour à tour la parole pour dire avec les formes qu’utilisent généralement les francs-maçons, ce qui n’ôte rien à leur fermeté, le risque qu’une telle initiative ferait courir à la paix sociale. Politique, le président, qui a entendu à l’unisson l’opposition de ses interlocuteurs, répond qu’il n’est pas favorable à une révision de la loi mais qu’il entend procéder à quelques « ajustements techniques ». Les apparences sont sauves.</p>
<p>Mais une nouvelle fois, il ne s’agit que de reculer pour mieux sauter. Quelque temps plus tard, Nicolas Sarkozy lancera l’opération révision de la Constitution afin d’y intégrer un « droit à la différence » qui aurait permis l’extension des accommodements dits « raisonnables » et l’extension du communautarisme. Une disposition apparemment anodine mais en réalité en totale contradiction avec un des piliers de la République : l’égalité des droits et des devoirs entre tous les citoyens.</p>
<p>Le Comité Laïcité République livre la bataille des idées, s’exprime par des communiqués, des textes, des prises de parole, des colloques à Paris et en province où il a créé des comités locaux et régionaux, avec les associations laïques membres du collectif national. Mais le président persiste et signe. Pour quelles raisons ? Adhésion à une idéologie issue de l’ultra-gauche et de l’extrême-droite ? Règlement de compte avec la chiraquie ? Arrière-pensée électoraliste imaginant que les électeurs de confession musulmane lui seront reconnaissants et contribueront à sa réélection ? Perspective d’une extension du Concordat afin d’obtenir les faveurs de l’Église ?</p>
<p>Simone Veil, qu’il a chargée de présider une mission d’étude sur la réécriture du préambule de la Constitution afin d’y introduire un droit à la différence, sait qu’on ne joue pas impunément avec l’égalité entre tous les citoyens. Survivante des camps de la mort, elle a éprouvé dans sa chair où peuvent conduire des politiques différentialistes. Aussi refuse-t-elle avec la plus grande fermeté ce projet, lui opposant l’universalisme des principes républicains.</p>
<p>Il faut reconnaître à Nicolas Sarkozy une détermination sans faille. Le projet de réforme de la constitution retoqué, il lance le débat sur l’identité nationale, avec pour arrière-pensée la chasse aux électeurs du Front National. Nous aurions préféré un débat sur la citoyenneté républicaine.</p>
<p>La politique n’a pas toujours le parfum de la rose. Une nouvelle fois, le Comité Laïcité Républicaine monte en ligne pour dénoncer le risque d’une dérive xénophobe. Nous organisons un colloque à l’Assemblée nationale, donnant la parole à des philosophes et à des politiques, dont Brice Hortefeux, le très sarkoziste ministre de l’Intérieur. Je me souviens avoir clairement expliqué en conclusion qu’il n’y a rien d’illégitime à s’interroger sur le thème « Qu’est-ce qu’être français ? », à condition que ce ne soit pas le prétexte à une dérive nationaliste, chauvine, xénophobe, comme le pays en a connu à plusieurs périodes de son histoire. « Il fut un temps où la Nation était une référence de gauche. À condition de ne laisser aucune place à la xénophobie, au racisme, à l’antisémitisme. Bien cadré, un débat sur le sens de la citoyenneté, l’égalité des droits et des devoirs qu’elle confère, l’universalisme des principes qu’elle garantit, menacés par les identités communautaristes, ethniques ou religieuses, ferait sens. Chaque génération a vocation à intégrer la suivante. Intégrer. Un mot qu’on n’ose plus prononcer ! Pas uniquement les réfugiés, les exilés, les candidats à la citoyenneté mais tous les jeunes afin qu’ils deviennent des citoyens libres et responsables, partagent une langue, une mémoire, une histoire, une culture, une belle amitié qui les rassemble au-delà de leurs particularismes. Une occasion de rappeler que depuis la Révolution française, l’identité française ne se définit pas par une couleur de peau et une religion. L’identité française n’est pas blanche, catholique, apostolique et romaine. Cette définition c’est celle que l’extrême-droite ultra-catholique a toujours défendue. Celle de l’État français de Vichy qui avait commencé avant Vichy. Qui était là, insidieuse et par moments si explicite, au moment de l’affaire Dreyfus ».</p>
<p>Le ministre me répond que cela va de soi. Nous n’en sommes pas convaincus. Il ajoute que bien évidemment, ni le président ni lui-même ne partagent ces idées d’extrêmedroite. Personne ne leur en fait procès. Mais à trop détourner les véritables débats d’idées, on finit par les vider de sens aux seules fins électoralistes. La communication a pris la place de l’idéologie pour manipuler les consciences. La politique sonne creux.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a>,<br />
le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1161">14. “Commission Stasi” : audition du CLR</a>, les <a href="https://laicite-republique.org/?cat=11">11. Communiqués du CLR</a>, le colloque <a href="https://laicite-republique.org/?cat=874">61. &quot;Identité nationale et citoyenneté républicaine&quot; (CLR, Licra, 17 nov. 07)</a>, l&rsquo;édito <a href="https://laicite-republique.org/?p=663">70. Pour un ministère de la citoyenneté républicaine (31 oct. 07)</a>,<br />
dans la Revue de presse le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1615">Sarkozy et la laïcité</a>, la rubrique <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1147">Voile, signes religieux à l&#039;école</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/346-annees-2000-la-gauche-et-la-laicite-balayees-par-des-vents-nouveaux-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Pèlerinage avec mon père, le pendu d’Auschwitz » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/357-pelerinage-avec-mon-pere-le-pendu-dauschwitz-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/357-pelerinage-avec-mon-pere-le-pendu-dauschwitz-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Feb 2023 22:52:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=18168</guid>

					<description><![CDATA[Livre par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). Patrick Kessel, Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, préface de Gérard Delfau, éd. L&#8217;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e. [Voir aussi 321. P. Kessel [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait).</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<p><em>[Voir aussi</em> <a href="https://laicite-republique.org/?p=17989">321. P. Kessel : « Juif et franc-maçon » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</a> <em>]</em></p>
<h2>« </h2>
<p>130 660. Tel était le numéro matricule tatoué par les nazis sur l’avant-bras gauche de mon père à son arrivée à Auschwitz. Ces chiffres accompagnés d’un petit delta la pointe en bas, gravés verts sur une peau blanche parsemée de poils blonds, viennent encore certaines nuits troubler mon sommeil comme celui de nombre d’enfants de déportés se sentant coupables d’être jeunes et vivants.</p>
<p>Comme les éleveurs marquent leurs bêtes au fer rouge. Comme on tatouait les esclaves. Ce numéro valait ticket d’entrée dans l’enfer des sous-hommes. Au-delà de cette limite, les nazis considéraient que les créatures qui s’ébranlaient des wagons plombés après des jours entassées sans eau, sans nourriture, sans latrines, comptaient moins que des bêtes. Avant de les exterminer, ils s’ingéniaient à les humilier, à les terroriser, à les déshumaniser, à détruire toute capacité de résistance, toute velléité de penser, à rompre toute espérance, à les réduire à la lie de la terre. Ils voulaient briser jusqu’aux fantômes de leurs fantômes. Une apocalypse de l’Autre.</p>
<p>Il faisait froid, gris, triste. Par bourrasques, un vent violent cinglait les visages. Ce n&rsquo;était pas l&rsquo;hiver implacable que connurent les déportés dans leur pyjama rayé et leurs sabots de bois, immobilisés, debout en rangs des heures durant, en pleine nuit glaciale, pour de simples appels tandis qu&rsquo;aboyaient des chiens menaçants et vociféraient nazis et kapos attendant le moindre prétexte pour abattre leurs matraques sur des corps harassés. Mais la froideur était vive et l&rsquo;émotion si intense que le silence s&rsquo;imposa entre nous comme ces quelques secondes de mutisme total qui précèdent l&rsquo;ouverture d&rsquo;un concert. Il ne s&rsquo;agissait pas de musique mais du souffle de la mort.</p>
<p>J&rsquo;avais organisé ce voyage à Auschwitz. Pour la première fois depuis la libération des camps de la mort, des francs-maçons venaient officiellement se recueillir collectivement dans ce lieu qui demeurera pour toujours comme celui de la barbarie.</p>
<p>Nous étions plusieurs centaines de francs-maçons, hommes et femmes, représentant toutes les obédiences françaises, venus de province et de Paris par un vol charter que nous avions organisé. Des délégations de presque tous les Orients européens étaient venues de leur côté, parfois en voiture, de Bulgarie, d&rsquo;Espagne, de Grèce, d&rsquo;Italie, de Lettonie, de République Tchèque, de Russie, de Pologne, du Portugal, de Slovaquie, de Suisse, de Turquie, d&rsquo;Ukraine, de Yougoslavie. Seuls les cordons et baudriers symboliques de toutes les couleurs rompaient l’accablante atmosphère de tristesse et de deuil, l&rsquo;indicible horreur de ce que l&rsquo;homme avait pu faire à l&rsquo;homme, ici, un demi-siècle plus tôt. Des journalistes parisiens nous avaient accompagnés. L&rsquo;émotion les arrachait à leur mission professionnelle.</p>
<p>Des centaines de discours que j&rsquo;ai eus à prononcer dans ma vie sociale et maçonnique, ce fut et de très loin le plus difficile à articuler, là où la mémoire en cendres de l&rsquo;immonde nous prenait à la gorge. Au même moment en Alsace, au Struthof, seul camp d&rsquo;extermination installé en France par les nazis, et à Paris, au siège du Grand Orient, Aimé Simon et Philippe Guglielmi, respectivement premier et second grands maîtres adjoints, lisaient le même appel à la Fraternité que j’avais rédigé et qui s’adressait à l&rsquo;Humanité.</p>
<p>L&rsquo;émotion se fit plus intense encore lorsqu&rsquo;à l&rsquo;issue de mon propos et du dépôt de gerbes fleuries nous nouâmes nos mains pour former une chaîne d&rsquo;union. Une émotion décuplée car le Frère qui était à mes côtés, rescapé d&rsquo;Auschwitz, qui y revenait pour la première fois depuis sa libération en 1945, n&rsquo;était autre que mon père.</p>
<p>À un moment de l&rsquo;éprouvante visite, nous avions fait une halte sous la potence où les nazis exécutaient les très rares auteurs de tentatives d’évasion. C’est là que mon père avait été pendu. Fait exceptionnel, avec sept déportés polonais, ils étaient parvenus à s’échapper du camp. Poursuivis par les chiens hurlants, rattrapés, épuisés par le froid, la faim, ils furent condamnés à être pendus. Il fut le dernier à être hissé sur la potence devant un parterre de déportés-musiciens que les nazis obligeaient à jouer <em>Lili Marlene</em> comme pour une fête entre gens de bonne compagnie. Ses coéquipiers d’évasion avaient été exécutés les uns après les autres. À son tour, il était prêt à mourir. La corde a cassé. Il a survécu miraculeusement, mais c&rsquo;est là une autre histoire qu&rsquo;il écrivit bien plus tard, dans <em>Pendu à Auschwitz</em>.</p>
<p>Dans l’avion qui nous reconduisait, alors qu’on s’apprêtait à nous servir une belle collation, Saly, l’ami de mon père, du même convoi 57, sortit de son sac des filets de <em>schmaltz herring</em>, quelques tranches de <em>pickelfleisch</em>, des gros cornichons au sel et un flacon de vodka. Je lui fis remarquer que nous allions être servis. Alors il sourit et me répondit avec cet humour juif qui transforme la fragilité en force, « on n&rsquo;est jamais trop prudent. La dernière fois, ça manquait un peu » !</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/357-pelerinage-avec-mon-pere-le-pendu-dauschwitz-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>P. Kessel : « Juif et franc-maçon » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/321-p-kessel-juif-et-franc-macon-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/</link>
					<comments>https://laicite-republique.org/321-p-kessel-juif-et-franc-macon-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Feb 2023 17:43:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L'Harmattan, 2021)]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://localhost:8080/?p=17989</guid>

					<description><![CDATA[Livre par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France. (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait). « La détestation du juif, le plus souvent associée à celle du franc-maçon, portée en France par l’extrême droite, revenait en force, soutenue cette fois par des individus [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Livre</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>par Patrick Kessel, cofondateur et président d’honneur du Comité Laïcité République, ancien Grand Maître du Grand Orient de France.</strong></p>
<div class="spip-descriptif">
<p>(<i>Marianne toujours !</i> de Patrick Kessel &#8211; extrait). « La détestation du juif, le plus souvent associée à celle du franc-maçon, portée en France par l’extrême droite, revenait en force, soutenue cette fois par des individus se réclamant d’une certaine gauche révolutionnaire. »</p>
</div>
<div class="spip-chapo">
<p><strong>Patrick Kessel, <em>Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain</em>, préface de Gérard Delfau, éd. L&rsquo;Harmattan, 8 déc. 2021, 34 e.</strong></p>
</div>
<h2>« </h2>
<p>De l’attentat de la rue des Rosiers aux polémiques autour de la jeunesse de Mitterrand, je me trouvais contraint de revisiter mon lien à ma judéité.</p>
<p>Adolescent, j’imaginais que pour aimer l’humanité, il convenait de se dégager de toute appartenance communautaire. Je voulais faire alliance avec le monde entier, le genre humain, être frère en humanité de tous les êtres humains. J’imaginais me débarrasser de toute aliénation, de tout enfermement dans une doctrine, de tout déterminisme, de toute assignation à résidence, de toute appartenance essentialiste, une histoire, une tribu, un peuple, une foi, un parti, une nation. Je voulais croire qu’ainsi nous bâtirions une République universelle, une patrie peuplée d’individus libres et égaux, d’hommes nouveaux.</p>
<p>Je ne percevais pas que le risque était grand de fabriquer des êtres identiques, clones asservis dont rêvent toutes les dictatures politiques ou religieuses. Je ne savais pas encore que l » « homme nouveau » a toujours été le cheval de Troie des tyrannies.</p>
<p>Je confondais la communauté à laquelle adhèrent librement des individus aux affinités électives, une mémoire, une culture, une foi, une philosophie, une sexualité… avec le communautarisme qui assigne à résidence des individus en fonction de leurs origines supposées et revendique des droits différenciés qui peuvent se substituer aux lois du pays.</p>
<p>J’oubliais qu’on naît dans un ventre, dans un lieu, dans une langue, dans une mémoire consciente ou pas. Que la quête de la liberté se retourne contre elle-même si elle cède à « la mythologisation de l’idéal d’émancipation et conduit à des individus sans attache, sans identité », ainsi que l’écrit Pierre-André Taguieff <sup class="spip-note">[Pierre-André Taguieff, <em>L’émancipation promise</em>, Le Cerf, 2019, p. 12.]</sup>.</p>
<p>Dans l’immédiat l’antisémitisme dont, jeune homme, j’imaginais qu’il régresserait pour enfin disparaître avec le temps, l’éducation, la culture, l’appel à la Raison, non seulement ne disparaissait pas mais s’installait à nouveau au cœur de la société et me mordait les mollets.</p>
<p>La critique de la politique d’Israël, légitime notamment en matière de territoires occupés, se diluait dans un antisionisme souvent faux-nez d’une nouvelle forme d’antisémitisme. Des intellectuels, tel l’écrivain chilien Luis Sepulveda dont j’appréciais par ailleurs la littérature, écrivait ainsi que « nazisme et sionisme se donnent la main » <sup class="spip-note">[Luis Sepulveda, <em>Une sale histoire</em>, Métaillé, 2005.]</sup>.</p>
<p>Le Palestinien devenait le juif du juif comme si Israël se comportait en Reich exterminateur. La détestation du juif, le plus souvent associée à celle du franc-maçon, portée en France par l’extrême droite, revenait en force, soutenue cette fois par des individus se réclamant d’une certaine gauche révolutionnaire.</p>
<p>Longtemps j’avais ignoré que l’antisémitisme dit « économique » s’était développé au XIXe siècle dans une partie de la gauche, à côté de l’antisémitisme religieux du catholicisme et de l’antisémitisme racial de l’extrême droite, et qu’il avait fallu du temps, même à Jaurès, pour s’engager en faveur de Dreyfus puis à certains de ses héritiers pour dénoncer le révisionnisme et le négationnisme de certains à l’ultragauche.</p>
<p>« Une partie de la gauche est en passe de voler à la droite la plus extrême son lexique, ses codes et ses réflexes », écrira un peu plus tard le journaliste Alexis Lacroix <sup class="spip-note">[Cité par Michel Dreyfus, <em>L’Antisémitisme à Gauche</em>, La Découverte, 2009.]</sup>. Une quinzaine d’années après l’assassinat d’Ilan Halimi, torturé et tué par le « gang des barbares », le meurtre de Sarah Halimi suppliciée et défénestrée en 2017, tous deux parce qu’ils étaient juifs, les flots de haine déversés sur les réseaux sociaux, les statistiques du ministère de l’Intérieur comptabilisant près de 700 faits à caractère antisémite par an, montraient que la haine du juif était de retour mais traitée dans la presse comme un fait divers et leurs auteurs comme des malades mentaux.</p>
<p>J’avais beau être à mille lieues du mouvement de retour à la tradition religieuse initié notamment avec le rapatriement des Sépharades d’Afrique du Nord, du ressourcement à la tradition talmudique prôné par une partie des Ashkénazes de ma génération en réaction à l’assimilationnisme de leurs parents, ce retour de l’antisémitisme me concernait de plus en plus. Comme une vieille blessure cicatrisée qui se met à saigner. L’attentat de la rue des Rosiers auquel mon frère et moi avions échappé <sup class="spip-note">[Lire <a href="https://laicite-republique.org/?p=16414">195. « Rue des Rosiers, haro sur la République » (Marianne toujours ! de Patrick Kessel &#8211; extrait)</a> <em>(note du CLR)</em>.]</sup> en constituait un signe précurseur dont je n’avais pas pleinement pris la mesure. Des pièces d’un puzzle géant s’assemblaient.</p>
<p>C’est quoi être juif ? La question était unique, les réponses multiples. Plus je mettais du champ avec la culture religieuse et celle du sionisme nationaliste, moins je pouvais prétendre à l’image d’un juif authentique selon le mot de Sartre, et plus je ressentais ma judéité <sup class="spip-note">[Jean-Paul Sartre, <em>Réflexions sur la question juive</em>, Gallimard Folio, 1986, p. 109.]</sup>. Qu’était-ce ? Il était temps de prendre le sujet à bras le corps.</p>
<p>Mes grands-parents du côté paternel, immigrés de Russie qu’ils avaient quittée après les terribles pogroms de la fin du XIXe siècle et de Roumanie du côté maternel, où sévissait à la même époque un fort antisémitisme qui se déploiera sous la dictature fasciste d’Antonescu, dont Malaparte rendra compte dans <em>Kaput</em>, son plus célèbre ouvrage, n’étaient pas religieux. Tout juste une fois l’an retrouvions-nous à la synagogue Alter, mon grand-père maternel, un bel homme grand et mince, élégant à la Maurice Chevalier, polyglotte, pour la fin de l’office du Kippour. Suivie d’un bon repas, cette petite fête qui s’interrompit à sa mort constituait le Noël des Juifs « assimilés ».</p>
<p>Même si, autour du 24 décembre, mes parents dressaient à la maison un petit sapin avec boules et guirlandes, en attendant la visite du père Noël et ses cadeaux pour les gosses.  Chez les Kessel, nous n’étions vraiment pas religieux. Mais juifs oui et fiers de l’être. Mon père n’imposait pas ses convictions. Le bon Dieu ? Libre à chacun d’y croire s’il le souhaitait. Lui ne pouvait pas. On ne célébrait pas d’autres fêtes traditionnelles, rien que les anniversaires, les nôtres et celui de la libération d’Auschwitz.</p>
<p>Que pouvait dès lors signifier pour le petit garçon que j’étais le fait d’être juif ? Il arrivait que, nous promenant avec mon père près de notre domicile, il s’arrêtait pour deviser avec un vieux monsieur très digne, chapeau noir, pardessus noir, cheveux et longue barbe bien taillée, noire et blanche, qui habitait également le quartier, à deux pas du lycée Chaptal. C’était le grand rabbin Kaplan, un homme doux que j’imaginais comme l’évêque des juifs, qui connaissait l’histoire de mon père et lui témoignait une grande affection.</p>
<p>Mon père ne croyait pas en dieu et on ne le voyait jamais à la synagogue mais le grand rabbin qui le savait ne lui en faisait pas grief. Et de mon père, il me disait : « Tu peux être fier de ton Papa, c’est un grand exemple pour les juifs français. » Je ne comprenais pas bien de quoi il s’agissait, mais je suivais son conseil, j’étais fier de mon père et de quelque chose de plus sans savoir quoi exactement.</p>
<p>De la même façon, en nous promenant rue des Rosiers, qui alors ressemblait encore à une petite artère d’un pauvre village de Pologne, pour acheter quelques nourritures du « yiddishland », Papa prenait-il toujours le temps de deviser et de glisser discrètement un billet au vieux Salomon, fatigué par les ans et les vicissitudes d’une vie de pauvreté et d’exil, au manteau élimé et au large chapeau noir, issu du même shtetl que ce grand-père russe que je n’avais pas connu.</p>
<p>Alors mon père, né en France, me racontait quelques anecdotes dont il avait lui-même hérité de son père et que je retrouverai plus tard sous la plume d’Isaac Singer ou de Sholem Asch.  Là s’arrêtait ma culture du judaïsme. Mes grands-parents avaient quitté la Russie pour fuir les pogroms et la misère sans demander leur reste, sans documents d’état-civil au point qu’au moment où j’écris ces lignes, je ne connais pas avec certitude leur lieu de naissance. Les deux guerres mondiales ont probablement effacé beaucoup de leurs traces mais j’aurais aimé, à la façon de Daniel Mendelsohn, remonter le fleuve de l’exil, extirper de l’oubli quelques témoignages miraculeusement échappés aux dévastations et au génocide5.</p>
<p>Peut-être était-ce cela être juif ? Ne pas avoir de papiers ? Ne pas avoir de passé immédiat même si on disait des juifs que c’est un des plus vieux peuples, certes composite, mais ayant survécu quand tant d’autres ont disparu. D’où son rôle de bouc émissaire. J’aurais presque oublié cette origine si le numéro gravé sur l’avant-bras gauche de mon père, si visible lorsqu’il remontait ses poignets de chemise, ne scintillait à mes yeux comme une étoile de David.</p>
<p>Être juif qu’était-ce ? On en parlait peu à la maison, mon père évoquant rarement la déportation. En revanche, il abordait régulièrement l’ardente obligation de « bien travailler à l’école, d’apprendre un vrai métier qui permette de gagner sa vie n’importe où, d’être libre ». Parfois, il ajoutait la nécessité de toujours disposer d’une valise et d’un peu d’or pour pouvoir partir à nouveau si nécessaire. Je retrouvai plus tard dans une boîte à gâteaux métallique, conservée pieusement par ma mère, une collection de « Bons points » et de « Tableaux d’Honneur », tels des ausweis pour la liberté.</p>
<p>Ainsi m’obligea-t-il à passer le certificat d’études alors qu’à l’époque la voie lycéenne conduisait au brevet, puis au bac. « Ce sera un premier diplôme, on ne sait jamais de quoi est fait demain ! » Au moins cela me permit-il d’apprendre les noms des affluents des fleuves, des sous-préfectures et de calculer l’heure à laquelle devaient se croiser deux trains partis l’un de la ville A, le second de la ville B, le premier roulant à X km/h et le second à … etc. Sans oublier les baignoires dont il convenait de calculer à quelle heure elles seraient remplies alors que l’évaporation contrariait l’opération ! Cette culture m’éclairait sur celle du « juif errant » que mes ancêtres avaient dû être mais ne me disait toujours pas ce que signifiait être juif pour nous sans pratique ni foi religieuses.</p>
<p>Je l’appris à l’école communale lorsqu’un gros balourd me traita de « sale juif » et m’envoya un vilain coup de poing qui me cassa le nez parce que je m’étais lié d’amitié avec deux jeunes Sénégalais, particulièrement brillants et beaux gosses, arrivés en cours d’année et qu’il jalousait. Il n’aimait pas les Noirs. Je découvris qu’il n’aimait pas les juifs non plus. J’étais juif donc par le regard des autres même si la nature ne m’avait pas conçu avec un nez charnu et des lèvres lippues comme les caricatures d’extrême droite présentent le juif.</p>
<p>À treize ans, mon père me proposa de suivre les cours pour préparer, si je le souhaitais, ma « bar-mitzva », la communion juive, la cérémonie par laquelle l’adolescent est censé devenir un homme. Je voulais faire comme les copains et l’appât des cadeaux ne fut pas pour rien dans mon choix.</p>
<p>Trois mois plus tard, mes questions impertinentes demandant au rabbin d’expliquer les miracles, en particulier comment les flots de la mer Rouge avaient pu s’ouvrir pour laisser passer Moïse et son peuple avant de se refermer sur Pharaon et son armée, me jetèrent hors du cours. Il n’y avait pas de place pour les allégories, rien qu’une lecture littérale. Pas de place pour le doute. J’arrêtai comme j’avais commencé avec le même soutien de mon père pour qui j’étais en âge de choisir. Je ne savais pas encore que, par cette confiance et ce respect de ma liberté de conscience, mon père me transmettait d’authentiques principes maçonniques.</p>
<p>Au fil des ans, en rupture définitive avec la religion, sans attirance pour l’exode en « Terre promise », je me retrouvai un peu juif du « gefilte fish », un peu juif sartrien façonné par l’antisémitisme, un peu « juif imaginaire » à la façon du jeune Alain Finkielkraut. Un peu juif « par les mots » selon l’expression d’Amos Oz, heureux dans l’étude, dans l’art de l’exégèse, dans la rébellion que porte chaque nouvelle lecture des textes et du monde.</p>
<p>D’abord j’étais un juif, fils de survivant d’Auschwitz semblable à nombre d’enfants de déportés qui portaient la culpabilité d’être vivants quand nos géniteurs avaient vu leur jeunesse sacrifiée pour que nous soyons libres. Il fallait vivre pour nous et pour eux.</p>
<p>À la maison, à défaut d’évoquer la tradition juive, mon père nous rappelait à l’ordre dès lors que nous ramenions une mauvaise note, que nous avions eu un mot avec ma mère ou que nous n’achevions pas notre assiette trop généreusement remplie comme si nous devions compenser le manque que les parents avaient connu. « Vous ne savez pas ce que c’est que la faim. On risquait notre vie pour sauver un croûton moisi que d’autres voulaient nous arracher. »</p>
<p>À défaut de connaissance de la Tradition, mon père faisait en sorte que nous ayons une connaissance de la morale. Être juif, pour lui, c’était d’abord être vivant, « penser avec sa tête », être bon à l’école car dans la vie « il faudra être meilleur pour être l’égal des autres, toujours se cultiver, être respectueux des autres mais ne pas se laisser faire, être discret dans la rue, travailleur et persévérant, respectueux de ce pays qui nous a accueilli et de ses lois » pour lequel son frère aîné était mort à Zuydcoote sous les balles des Messerschmitt pilonnant sur la plage les soldats britanniques et français qui cherchaient désespérément à embarquer pour l’Angleterre. Son second frère avait été prisonnier de guerre durant près de cinq ans et lui s’était engagé dans la Résistance avant d’être arrêté, torturé, déporté.</p>
<p>À la maison, il n’y avait pas besoin du bon dieu pour se sentir juif. Sans que ce soit tabou, nous n’en parlions jamais. Une fois tout au plus s’est-il laissé aller à dire « Comment pourrais-je croire en un dieu qui aurait laissé faire ce que j’ai vu à Auschwitz ? » Plus tard, un rabbin m’expliqua « est juif celui qui renonce à l’idolâtrie » <sup class="spip-note">[Talmud, traité meguila 13 a, cité par B. Lévy, <em>Être juif</em>, Verdier, 2003.]</sup> Une définition qui serait allée sur mesure à mon père et qui me convenait parfaitement dès lors qu’elle signifiait renversement des dogmes et liberté absolue de conscience.</p>
<p>Pas religieux, nous n’avons jamais davantage envisagé d’émigrer en Israël même si Papa manifestait sa solidarité par un soutien financier modeste mais régulier et recevait à la maison des amis dont certains, anciens résistants, s’étaient engagés dans une brigade juive internationale. La guerre des Six Jours fit sortir de l’innocence l’écolier que j’étais. Je me découvrais une tendresse, une empathie pour le jeune État hébreu. Je n’avais nulle intention de rejoindre un jour cette nation car je me sentais Français avant tout, mais, j’étais touché au tout début de la guerre des Six Jours, inquiet lorsque les radios en quasi-direct évoquaient la bataille de chars dans le désert puis soulagé quand la victoire inattendue se dessina. Une forme de revanche sur le destin ? Secrètement, je ressentais une certaine fierté quand je pensais que ces soldats étaient un peu les enfants des rescapés des camps de la mort.</p>
<p>Des années plus tard, en reportage en Allemagne, je visitai l’ancien camp de concentration de Dachau, le premier mis en place dès 1933 par le régime nazi. Un lieu dont les transformations récentes ne parvenaient pas à adoucir la terrible mémoire. Un lieu condamné à demeurer sans morale, sans éthique, sans humanité. Où les mots se révélaient impuissants à dire l’émotion. Je comprenais la douleur des survivants qui ne voulaient pas revenir sur le lieu de ces massacres. Tristesse et colère. J’étais bouleversé même si, pour avoir souvent évoqué les camps avec mon père, je me croyais immunisé. Dans la rue, je scrutais les visages des quarantenaires et plus essayant de déceler s’ils étaient survivants ou avaient été complices des bourreaux, peut-être bourreaux eux-mêmes ? Même si Thomas Mann, Prix Nobel de littérature en 1929, disait avoir définitivement perdu tout respect pour les Allemands à cause d’Hitler, j’entendais la voix de mon père m’inviter à ne pas être injuste. « Je n’en veux pas au peuple allemand. Beaucoup d’entre eux ont payé de leur vie leur opposition au nazisme. » Mais, sur le moment, je pensais avoir ressenti l’indicible blessure des déportés et leur indépassable pudeur. Comment survivre, comment témoigner ? Comment être cru ? « Avec mes quelques amis rescapés, nous avons décidé de nous taire car soit on ne nous croyait pas, soit on nous lançait « vous avez eu de la chance de revenir, désormais il faut passer à autre chose » », disait mon père avant de relever le défi et prendre la plume pour rédiger son témoignage. Si tous les survivants n’étaient pas juifs, tous les juifs étaient des survivants.</p>
<p>Quelques heures plus tard, je participais à Munich à la conférence de presse d’un des plus gros constructeurs de machines agricoles de la planète, totalement impliqué dans l’économie nazie. Ma colère n’était pas tombée. Le dossier de presse sur papier glacé exposait l’histoire d’une des plus anciennes entreprises du pays. Manquaient curieusement les pages de la période 1939-1945. Provocateur, devant plusieurs dizaines de journalistes médusés, l’air faussement naïf, je prenais la parole et demandais un dossier complet, le mien ayant perdu les pages correspondant à la période de la guerre ! Un froid glacial tomba sur la salle de conférence. Le directeur, un homme de taille moyenne, sec, cheveux raides, blonds, courts, la nuque dégagée, les pattes coupées au-dessus des oreilles, cambré dans un costume sombre, serré, auquel des galons et le double S auraient été sur-mesure, avec ce regard glacial des carnassiers qui s’imaginent toujours seigneurs d’une race supérieure, m’invita à le rejoindre sur la tribune à la fin de la séance. Ce que je fis. Cinquante ans plus tôt j’aurais déjà reçu une balle dans la nuque ! Épelant mon nom inscrit sur un badge à la boutonnière, d’un ton doucereux, il me dit avec un large sourire qu’il voulait complice : « mais K-E-S-S-E-L, c’est un nom allemand » ! Les yeux dans les yeux, je lui lançais « non monsieur, c’est un nom juif » !  Son regard jeta deux torches de haine. Je m’étais fait du bien.</p>
<p>Dans les temps qui suivirent, je découvrais la complexité de la réponse. J’étais juif pour les antisémites et mécréant pour les ultra-orthodoxes qui osaient m’expliquer que si des juifs avaient été déportés, l’Éternel avait fait ce choix pour les punir de ne pas respecter les préceptes religieux ! En d’autres termes, ils l’avaient bien cherché ! Un remake de la déportation à Babylone ! Un obscurantisme qui n’avait rien à envier aux dévots de l’islamisme, aux intégristes de l’Inquisition. Nécessairement, cet aveuglement chez les juifs m’était plus insupportable que chez n’importe qui d’autre et son développement rapide en Israël m’inquiétait qui nourrissait une politique conservatrice si éloignée de l’idéal socialisant et laïque des fondateurs.  Mon père nous avait quittés et heureusement, il n’avait pas eu à subir de telles obscènes élucubrations.</p>
<p>Mes liens avec « l’être juif » n’étaient ni religieux, ni nationalistes. Mais ils existaient ! Il ne suffisait pas de ne pas croire pour ne pas être juif. En revanche, plus je lisais sur le rôle social au XIXe et XXe siècle des juifs à Vienne, à Prague, à Budapest, dans les arts, les sciences, la médecine, la presse, dans les avancées pour l’émancipation et plus je me sentais des affinités électives et imaginaires avec Spinoza, Marx, Einstein, Freud, Walter Benjamin, Hannah Arendt, Moses Mendelssohn, Stefan Zweig, Édouard Bernstein, Erich Fromm, Otto Bauer. De la même façon que je ressentais des proximités avec Lev Davidovitch Bronstein dit Trotski, Kamenev, Zinoviev, Rosa Luxembourg, Karl Radek, David Riazanov, Isaac Deutscher, juifs émancipés de la religion qui correspondaient à une image moderne, à l’instar de ce que seront les premiers sionistes en Israël.</p>
<p>Interrogé en 1903 au congrès du parti ouvrier social-démocrate de Russie pour savoir s’il se considérait comme russe ou comme juif, Trotski répondit « Vous vous trompez, je suis social-démocrate » <sup class="spip-note">[Michaël Löwy, <em>Rédemption et utopie &#8211; le judaïsme libertaire en Europe centrale</em>, éditions du Sandre, 2009.]</sup>.  Ce n’était pas de la haine de soi comme d’aucuns l’ont dit mais une volonté de tendre vers l’universel, de dépasser toutes les formes d’obscurantisme, de donner sens à mes identités multiples et mouvantes. Je me sentais français, socialiste, franc-maçon et de plus en plus juif dès lors que l’actualité jetait une lumière nouvelle sur un passé que certains avaient voulu enterrer. Mais juif comment ? J’avais le sentiment de partager, non un dieu, non des gènes, non des lois mais une mémoire, un sens de l’humour, une soif de connaissance, un lien aux livres, une force du doute, du questionnement, une dimension cosmopolite que j’appelais judéité sans lien avec la synagogue ni avec le retour à Sion qu’exacerbait le réveil de l’antisémitisme.</p>
<p>Désirant chercher plus profondément les réponses à ma question « Qu’est-ce qu’être juif? », je me lançais dans la lecture de Frantz Rosenzweig, Martin Buber, Gershom Scholem, Henri Atlan <sup class="spip-note">[<em>Les étincelles du hasard</em>, Seuil, 1999.]</sup>, Hyam Maccoby <sup class="spip-note">[Hyam Maccoby, <em>L’Exécuteur sacré, le sacrifice humain et le legs de la culpabilité</em>, Le Cerf, 1999.]</sup> et même Benny Lévy passé du maoïsme à la Kabbale et de Jean-Paul Sartre à Emmanuel Lévinas <sup class="spip-note">[Benny Lévy, <em>Être juif &#8211; Étude lévinassienne</em>, Verdier 2003 et <em>Le Livre et les livres, entretiens sur la laïcité</em>, Alain Finkielkraut et Benny Lévy, Verdier, 2005.]</sup>. Ce qui me séduisait par-dessus tout, dans ma vision idéaliste de juif mécréant, c’était l’étude des textes, l’ouverture au questionnement permanent, aux commentaires des commentaires, la suprématie des questions sur les réponses. Même si je n’étais pas dupe de l’embrigadement de la conscience des enfants auquel on procède dans les yeshivas, comme dans la plupart des écoles religieuses du monde.</p>
<p>Débarrassée de toute orthodoxie, sans dogmes, sans clergé et sans dieu pour qui le veut, ouverte à tous les questionnements sur le sens de la vie, cette démarche intellectuelle n’était pas sans rappeler les travaux des ateliers de sagesse des Hauts Grades maçonniques. Une philosophie qui, face à l’espace du vide, à l’empire du Rien, pouvait faire bon ménage avec une forme d’athéisme, ajouterai-au risque parfaitement assumé de blasphémer comme me le reprochèrent les quelques interlocuteurs traditionalistes avec qui j’échangeais sur le sujet. Cette « judéité », nom que je donnais à cette démarche, source de jouissance intellectuelle, pouvait nourrir un messianisme : celui de l’émancipation toujours inachevée.</p>
<p>Croquer le fruit de l’arbre de la connaissance, sortir d’Égypte et n’oublier jamais avoir été esclave, bâtir et rebâtir la tour de Babel ; ces grands mythes de la Genèse, je les interprétais pour signifier que rien n’est impossible à l’homme qui se crée et se recrée sans cesse, se relève après chaque chute, se pose en maître de son destin. Qui projette son regard, son intelligence sur la structure de l’univers lequel semble merveilleusement obéir à la logique de l’entendement humain. Qui poursuit son aventure de la connaissance en sachant qu’elle demeurera inachevée. De la même façon que les plus lucides des juifs savent que le Messie ne viendra jamais mais leur l’espérance résonne comme une éternelle promesse que l’homme s’adresse à lui-même. De la même façon que les francs-maçons savent que la construction du temple est conçue pour demeurer inachevée.</p>
<p>Les juifs n&rsquo;avaient pas toujours été les bienvenus en Maçonnerie, au point de créer leur obédience, le B’nai B’rith où Freud vint plus d’une fois tester ses théories psychanalytiques. Mais depuis le XIXe siècle, ils furent assez nombreux à travailler dans les loges, à échanger, à deviser, à débattre librement dans des échanges intellectuels qui ne sont pas parfois sans ressembler au « pilpoul », cet art du dialogue talmudique qui consiste à se jouer des contradictions et à répondre à une question par une question.</p>
<p>Dans les ateliers, ils avaient rejoint les protestants, une autre minorité malmenée au cours de l’histoire du pays, qui appréciaient également ces assemblées où ils étaient respectés, pouvaient librement deviser, croire ou ne pas croire, tout questionner. Avec eux ils furent nombreux à s’engager en faveur de la laïcité et de la liberté de conscience.  se retrouver dans l’idéal d’une République universelle ainsi que le chevalier de Ramsay, une des grandes figures de l’histoire de la franc-maçonnerie, l’avait écrit dès le 18e siècle. Ce que l’extrême-droite et les complotistes considérèrent comme la preuve d’une collusion entre juifs et maçons pour dominer le monde.</p>
<p>Aussi les loges furent-elles très attentives quand furent publiés les livres de Robert Paxton sur la France de Vichy brisant le mythe d’une France résistante, de Pierre Péan sur les ambivalences de jeunesse de François Mitterrand, de Jean Birnbaum posant la question de la continuité entre la République et Vichy, entre Vichy et la République <sup class="spip-note">[Pierre Birnbaum, <em>La leçon de Vichy</em>, Seuil, 2019.]</sup> et que s’ouvrirent enfin les procès de quelques hauts fonctionnaires français, organisateurs de la politique antisémite de Vichy qui avaient innocemment poursuivi de belles carrières, comme si de rien n’était. Ma vision en fut bouleversée.</p>
<p>En 1972, lorsque mon père publia <em>Pendu à Auschwitz</em>, couronné du prix littéraire de la Résistance <sup class="spip-note">[Sim Kessel, <em>Pendu à Auschwitz</em>, Solal, 1972.]</sup>, même ses amis survivants lui donnaient le conseil « d’oublier, car cela n&rsquo;intéresse plus personne. De toutes façons, ils ne veulent pas entendre », disaient-ils.</p>
<p>Robert Paxton rappelait le ralliement à Vichy de la haute fonction publique, des commis de l’État, l’absence de réaction sur le statut des juifs le 3 octobre 1940 <sup class="spip-note">[Robert Paxton, <em>La France de Vichy</em>, Seuil,1972.]</sup>. La hiérarchie vaticane donna l’exemple qui mit plus d’ardeur à favoriser les filières qui permirent la fuite des criminels de guerre, Eichmann, Mengele le médecin fou d’Auschwitz, Barbie, à leur fournir, tel l’évêque Houdal, des passeports pour une nouvelle vie en Amérique latine ou en Syrie.</p>
<p>À l’exception de quelques évêques, tel Mgr Saliège de Toulouse qui eut l’audace de déclarer en 1942 que « les juifs sont des hommes et les juives des femmes et que tout n’est pas permis contre eux ». Pêle-mêle l’assassinat de René Bousquet, l’ancien chef de la police de Vichy, l’homme de la rafle du Vel d’hiv qui déjeuna jusqu’en 1986 avec Mitterrand dans sa maison de campagne de Latche, le procès de Klaus Barbie, de Maurice Papon devenu ministre sous la Ve République, de Jean Legay, Préfet, premier haut fonctionnaire à être condamné pour sa contribution à la traque des juifs, la sortie de <em>Shoah</em>, le colossal film de Claude Lanzmann, lèvent des tabous sur cette période sombre alors que les principaux bureaucrates et juristes de la politique antijuive de l’État français ont échappé à la justice à la Libération <sup class="spip-note">[Cité par Pierre Birnbaum, Laurent Joly, <em>L’antisémitisme de bureau</em>, Grasset, 2011, p 353.]</sup>.</p>
<p>Voilà qu’il apparaît que l’antisémitisme n’a pas été le fait que des responsables de l’État français. Des sphères dirigeantes au bas de la pyramide sociale il s’est vite banalisé, pénétrant la culture quotidienne des moments les plus insignifiants. On se souvient de Roger Hanin dans le film <em>Au bon beurre</em> d’Édouard Molinaro d’après le roman de Jean Dutourd, qui interprète un crémier veule, avide de profit et de reconnaissance qui colporte un antisémitisme du quotidien. On connaît moins la correspondance d’une patronne de maison de passe qui écrit aux autorités compétentes pour savoir si elle a le droit d’utiliser les services d’une femme, certes très bien mais juive <sup class="spip-note">[David Rousset, <em>Le pitre ne rit pas</em>, éditions du Pavois, 1948.]</sup> !</p>
<p>Cette couardise, cette lâcheté qui ressort petit à petit des fosses où on avait cru les enterrer pour toujours, furent heureusement compensées par le courage et la générosité des « Justes ». Comme les parents d’un frère de ma loge qui cachèrent dans leur cave à Paris un couple de juifs et leurs enfants tout le temps de l’occupation.</p>
<p>Ce sont ces monstruosités aux petits pieds qui ressurgissent du déni au moment même où l’antisémitisme redevient un clignotant essentiel de la fragilisation des démocraties. Plus que jamais je sais comment je suis juif et pourquoi je suis franc-maçon.</p>
<h2> »<br />
</h2>
<hr>
<div class="spip-ps">
<p>Voir aussi, sur le site de l&rsquo;éditeur, <a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-marianne_toujours_50_ans_d_engagement_laique_et_republicain_patrick_kessel-9782343246741-71863.html">&quot;Marianne toujours !&quot;</a>,<br />
et le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1169">Marianne toujours ! 50 ans d’engagement laïque et républicain, par Patrick Kessel (L&#039;Harmattan, 2021)</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=741">42. Livres</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=10">9. Culture</a>,<br />
dans la Revue de presse le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=185">Antisémitisme</a> dans <a href="https://laicite-republique.org/?cat=116">605. Discriminations</a>, <br />
<a href="https://laicite-republique.org/?p=2053">“David Cameron dénonce l&rsquo;échec du multiculturalisme en Grande-Bretagne” (AFP, 5 fév. 11)</a>, <a href="https://laicite-republique.org/?p=1928">“Allemagne: le modèle multiculturel a « totalement échoué », selon Merkel” (AFP, 16 oct. 10)</a> <em>(note du CLR)</em>.</p>
</div>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://laicite-republique.org/321-p-kessel-juif-et-franc-macon-marianne-toujours-de-patrick-kessel-extrait/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
