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	<title>Le Monde « Nouvelles spiritualités des jeunes » (août 24) &#8211; Comité Laïcité République</title>
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	<title>Le Monde « Nouvelles spiritualités des jeunes » (août 24) &#8211; Comité Laïcité République</title>
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		<title>Chez les jeunes, « chamanisme made in France » (Le Monde, 30 août 24)</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Sep 2024 22:44:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Revue de presse (Le Monde, 30 août 24) (Le Monde, 30 août 24). [Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.] Lire &#34;Chamanisme made in France&#34;. « Nouvelles spiritualités des jeunes » (4/6). Entrer en transe au son du tambour, consommer de [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Revue de presse</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>(<i>Le Monde</i>, 30 août 24)</strong></p>
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<p>(<i>Le Monde</i>, 30 août 24).</p>
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<p>[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
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<p>Lire <a href="https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2024/08/28/chamanisme-made-in-france_6297937_3451060.html?random=1520676196">&quot;Chamanisme made in France&quot;</a>.</p>
<p>« Nouvelles spiritualités des jeunes » (4/6). Entrer en transe au son du tambour, consommer de l’ayahuasca… Sous nos latitudes, les néochamans séduisent une jeunesse désireuse d’explorer son inconscient et d’interroger son rapport au vivant. Non sans danger.</p>
<p>Par Margherita Nasi</p>
<p>Allongées sur le sol, les yeux bandés, une trentaine de personnes respirent à l’unisson. Elles gonflent leur poitrine puis expulsent l’air vigoureusement, portées par des mélodies intenses, ponctuées de rythmes tribaux. L’atmosphère se charge d’encens et d’émotions. Quelques mains se crispent, des jambes sursautent, des corps tremblent. Larmes et sanglots se mêlent aux éclats de rire. Des cris résonnent dans la salle, dont un lancinant : « Je t’aime ! »</p>
<p>Cet exercice de respiration chamanique s’est tenu au printemps, en banlieue de Lyon, dans un grand loft industriel, le plus souvent loué comme salle de danse ou de réception. « En modulant le souffle jusqu’à l’hyperventilation, le cerveau bascule en mode sommeil, sauf qu’on est réveillés », explique Charlotte Hoefman. Sourire serein et cheveux bruns, la jeune femme de 32 ans anime des retraites qui mêlent yoga, chant de mantras et techniques chamaniques comme la respiration ou le voyage au tambour.</p>
<p>Des « outils » découverts dans sa vingtaine, à la suite du décès brutal de son père. Fraîchement diplômée de Sciences Po Lyon, Charlotte Hoefman entre alors en état de sidération. Pendant six mois, elle est clouée au lit. Puis finit par acheter un aller simple pour le Népal et voyage deux ans durant. Elle gravit des sommets de plus de 5 000 mètres, découvre le yoga en Inde et le chamanisme en Mongolie, où elle entre en transe, portée par le son du tambour. « Mes mâchoires claquaient, mes paupières se sont révulsées, j’ai pris peur. Plus tard seulement j’ai appris que certains sons nous font basculer dans un état modifié de conscience, un sujet qui fait l’objet d’investigations scientifiques. Ça m’a rassurée et passionnée. »</p>
<p>« Réveil des consciences »<br />
Pourtant, dans ses stages comme sur les réseaux sociaux, où elle comptabilise plus de cent mille abonnés, Charlotte Hoefman évite les références au chamanisme, préférant parler de « réveil des consciences ». « Je fais du chamanisme sans le dire. Prononcer ce terme, c’est susciter tout un tas de projections. Les uns s’attendent à entrer en transe, les autres à voir leur animal totem, d’autres encore à prendre des psychotropes. Le chamanisme est galvaudé. »</p>
<p>Cercles de tambours, festivals, huttes de sudation – une sorte de sauna amérindien qui permettrait de communiquer avec les esprits –, le chamanisme se déploie en France sous de multiples visages. « Les apprentis chamans ont des parcours variés, constate l’anthropologue indépendante Laetitia Merli. Ils choisissent la tradition qui leur correspond le mieux, ils bricolent leur propre spiritualité. »</p>
<p>L’engouement pour le chamanisme, un terme vernaculaire d’origine sibérienne, remonte aux années 1960. Une nouvelle génération se rend alors en Amérique centrale et du Sud, « portée par l’idée que l’homme pourrait se régénérer au contact de ces populations soi-disant primitives, renouer avec quelque chose que nous aurions perdu avec les processus d’urbanisation, de sécularisation et d’industrialisation », retrace l’anthropologue David Dupuis, rattaché à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux.</p>
<p>Aujourd’hui, c’est dans un contexte de crise sociale et écologique que les jeunes s’intéressent au chamanisme, perçu comme l’expérience religieuse originelle. « Le chamanisme renvoie à un envers de la modernité occidentale, en ce qui concerne la santé mais aussi notre rapport au vivant », poursuit David Dupuis, également commissaire de « Visions chamaniques », au Musée du quai Branly. L’exposition, qui s’est terminée en mai, présentait un panorama des images visionnaires induites par l’ayahuasca.</p>
<p>Ce breuvage hallucinogène, popularisé par la Beat generation des années 1960, reste une des principales portes d’entrée du chamanisme. Selon un rapport de l’International Center for Ethnobotanical Education, Research and Service, 4 millions d’individus en auraient consommé au moins une fois dans leur vie. Seulement 10 % d’entre eux appartiennent à des groupes indigènes. La consommation de cette plante chargée en diméthyltryptamine, une molécule psychotrope rebaptisée « molécule de Dieu », est un phénomène de plus en plus répandu dans le monde occidental. En Europe, les retraites avec prise d’ayahuasca, substance illégale en France, se multiplient.</p>
<p>Cyrille, 44 ans, psychopraticien spécialisé en hypnose, en consomme régulièrement en Belgique. Le rituel dure une nuitée, témoigne le psychothérapeute : « Il n’y a aucune proposition de système de croyances. Chacun vient avec son monde psychique et ses intentions. Pour moi, c’est de la psychothérapie induite par des agents pharmacologiques. »</p>
<p>Balthazar Benadon, 33 ans, a découvert la plante aux résonances mystiques en 2016, en Espagne : « Je travaillais comme agent immobilier à Paris, avec l’impression d’avoir capitulé face aux pressions sociales. L’ayahuasca a réveillé un feu sacré en moi, l’inspiration fondamentale qu’on peut avoir à habiter dans le monde. » Depuis, le trentenaire a déménagé au Pays basque. Il propose des retraites dans des pays à la législation plus souple : « Parmi les personnes que j’accompagne, certaines en parlent à leur médecin généraliste. C’est la mode. »</p>
<p>Trop peut-être, met en garde Zoë Hababou, cofondatrice de l’association Decriminalize Nature France, un mouvement de sensibilisation à la valeur des substances psychédéliques : « On paie plusieurs centaines d’euros pour prendre de l’ayahuasca le week-end, puis retourner au travail le lundi, dans une optique consumériste. Les soi-disant chamans qui encadrent la prise du breuvage n’ont souvent aucune compétence. »</p>
<p>La Miviludes, qui a traité cinquante-neuf saisines sur le chamanisme pour l’année 2021, appelle à la vigilance. Sur son site, on lit que la consommation d’ayahuasca « dans le cadre de “stages” dont les intervenants n’ont reçu aucune formation médicale sérieuse peut être d’une efficacité redoutable dans le processus d’emprise mentale exercé par un gourou sur ses adeptes ».</p>
<p>« Expériences radicales »<br />
Certaines retraites associent l’ayahuasca à Bufo alvarius, un crapaud originaire du désert de Sonora, au Mexique, dont le « venin » – en fait, un mucus toxique – provoquerait une extase spirituelle : « On fume le liquide dans des pipes en verre, on s’écroule au bout de deux secondes tellement c’est fort. Il faut faire attention à ces expériences radicales », prévient Zoë Hababou. L’autrice d’une série d’ouvrages sur la médecine amazonienne a participé à une centaine de cérémonies d’ayahuasca. Elle conseille ceux qui souhaitent en consommer dans les règles de l’art : « En retraite dans la jungle, on suit un régime qui exclut le sel, le sucre, la viande, les laitages et les relations sociales. »</p>
<p>Répandu en Amazonie, mais aussi de plus en plus en Mongolie, autre berceau du chamanisme, le tourisme chamanique fait évoluer les coutumes locales. « Dans ce contexte, autochtones n’utilisent plus l’ayahuasca pour convoquer les esprits du gibier, mais pour soigner le burn-out ou la dépression », relate David Dupuis. Là où le chamanisme tisse des relations avec des êtres invisibles, le néochamanisme, plus narcissique, mobilise l’ayahuasca pour mieux se connaître soi-même : « On peut voir y voir une dégradation d’une pratique ancestrale, critiquer une forme d’appropriation culturelle. Mais il s’agit aussi d’un laboratoire d’élaboration de nouvelles pratiques thérapeutiques et spirituelles », explique l’anthropologue.</p>
<p>Loin de s’opposer, usages chamaniques et préoccupations occidentales peuvent se combiner. A terme, Charlotte Hoefman envisage de proposer des retraites au Pérou. Elle se remémore sa propre prise d’ayahuasca comme le moment « le plus intense de [s]on existence » : « D’un seul coup, j’ai ouvert les yeux et perçu les choses avec une autre clarté. »</p>
<hr>
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<p>Voir aussi dans la Revue de presse tout le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1659">Le Monde &quot;Nouvelles spiritualités des jeunes&quot; (août 24)</a> <em>(note de la rédaction CLR)</em>.</p>
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<li class="spip-document-item"><a class="spip-document-link" href="/wp-content/uploads/2024/09/240830lemondeune.jpg"><span class="spip-document-thumb-wrap"><img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="150" src="https://laicite-republique.org/wp-content/uploads/2024/09/240830lemondeune-150x150.jpg" class="spip-document-thumb" alt="240830lemondeune.jpg" loading="lazy" /></span><span class="spip-document-title">240830lemondeune.jpg</span> <span class="spip-document-mime">image/jpeg</span></a></li>
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		<title>Des jeunes souhaitent « jeûner en paix » (Le Monde, 31 août 24)</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Aug 2024 20:59:45 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Revue de presse</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>(<i>Le Monde</i>, 31 août 24)</strong></p>
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<p>(<i>Le Monde</i>, 31 août 24).</p>
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<p>[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
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<p>Lire <a href="https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2024/08/29/jeuner-en-paix_6298709_3451060.html">&quot;Le jeûne des jeunes&quot;</a>.</p>
<p>« Nouvelles spiritualités des jeunes » (5/6). Présente dans de nombreuses traditions religieuses, la pratique de la diète stricte séduit aujourd’hui un public jeune, largement sécularisé, en quête d’un renouveau spirituel. Le jeûne a même ses stages.</p>
<p>Par Gaétan Supertino</p>
<p>Ici, tout semble conçu pour la détente. Certains profitent du sauna, d’autres d’une séance de massage avant d’aller assister à un cours de yoga ou de s’asseoir pour contempler les contreforts du Vercors à travers la baie vitrée. Dans cette vaste maison drômoise aménagée dans une ancienne ferme, la quinzaine de séjournants de Clairière &amp; Canopée (C&amp;C) présents en ce week-end de mai pluvieux tentent d’affronter le plus confortablement possible leur adversaire commun : la faim.</p>
<p>Guillaume Charroin, 39 ans, à la tête de cette entreprise qui propose des séjours de jeûne, tente ainsi d’éviter à ses clients ce qu’il a subi lors de sa première expérience. C’était en 2007 et il s’en souvient encore, douloureusement. Agé de 22 ans, il vient de terminer ses études de tourisme à Toulouse et ressent le besoin de « vivre une expérience initiatique ». Avec un ami, ils optent pour le jeûne, « par curiosité ». Ils décident de se priver de nourriture pendant une semaine.</p>
<p>« Mais nous avons fait tout ce qu’il ne fallait pas faire ! » Son ami et lui décident en effet de le faire dans leur maison, où ils vivent avec cinq colocataires, plutôt bon vivants, et en plein centre-ville, « où les tentations sont nombreuses ». Alors qu’il est conseillé d’avoir une légère activité physique, « pour que le corps continue de produire de l’énergie », les deux hommes passent leurs journées « à ne rien faire ». « C’était vraiment difficile, nous ne pensions qu’à manger », se remémore-t-il. Mais les deux compagnons tiennent.</p>
<p>« Un allègement du mental »<br />
A l’époque, Guillaume Charroin ne savait pas encore qu’il allait y consacrer une partie de sa vie. Aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, il pratique un jeûne d’une semaine au moins une fois par an, en plus de la gestion de C&amp;C, fondée il y a sept ans. Comment une expérience désagréable se transforme-t-elle en vocation ? « Même si c’était douloureux, une magie a opéré, assure Guillaume Charroin. J’avais développé une forme de clairvoyance, un allègement du mental. Lorsqu’on jeûne, notre ancrage dans le réel est différent », théorise-t-il, évoquant aussi une « expérience de dépouillement », une manière de « déconstruire la peur de la faim ».</p>
<p>Guillaume Charroin décide d’en faire son métier après un voyage en Amérique du Sud et du Nord, avec le même ami. « Notre expérience du jeûne nous a appris à moins nous soucier des conditions matérielles. Nous dormions et mangions dans la nature ou chez l’habitant. Libérés de cette charge mentale, nous étions davantage reliés aux autres et à notre environnement. »</p>
<p>Les jeûnes proposés par C&amp;C, facturés de 900 à 2 800 euros la semaine, s’accompagnent d’ailleurs de randonnées guidées, avec pauses méditatives et exercices de visualisation, pour mieux se « connecter » aux éléments. Ayant reçu une éducation catholique, Guillaume Charroin assure aujourd’hui que « la nature est [s]on Eglise ». « Je suis émerveillé par la beauté, l’équilibre, la résilience qui y est à l’œuvre. Cet état d’esprit contemplatif arrive naturellement avec le jeûne », poursuit-il, rappelant que nombre de traditions spirituelles incluent cette pratique, du ramadan au carême, en passant par la « quête de vision » des religions polythéistes.</p>
<p>« Un point de saturation »<br />
« Lors d’un jeûne au-delà de trente-six heures, les acides gras sont transformés en corps cétoniques par le foie, ce qui constitue une fourniture énergétique idéale pour les neurones. C’est l’une des raisons de l’apaisement et de la lucidité ressentie, et sans doute une explication de sa recommandation par la plupart des religions », explique, pour sa part, Jacques Rouillier, médecin généraliste et cofondateur de l’Académie médicale du jeûne.</p>
<p>Dans une France sécularisée où, pour beaucoup, les religions ne répondent plus aux besoins de sens, le jeûne apparaît chez certains comme une alternative, voire un rituel, face aux rythmes imposés par notre société. Dans ses travaux, la sociologue Isabelle Jonveaux, autrice d’Une culture de la satiété. Enquête sociologique sur le jeûne comme expérience spirituelle (Presses universitaires de Rennes, 230 pages, 24 euros), analyse la démarche de certains jeûneurs « comme le signe d’un point de saturation, qui s’ancre dans la conviction que plus de consommation n’apportera pas plus de bonheur » et comme « une distinction à l’égard de la société d’abondance qui caractérise l’Europe de l’Ouest ».</p>
<p>Près de 27 % des Français auraient déjà jeûné, ne serait-ce que partiellement (Ipsos, 2022). Et la pratique séduit aussi les jeunes. « Nous sommes toujours connectés, sans jamais prendre de pause, regrette ainsi Jéromyne Duclos, 30 ans, naturopathe pour C&amp;C et pratiquant un jeûne d’une semaine par an depuis cinq ans. Cela permet d’ouvrir une parenthèse, de reconsidérer ce qui est essentiel. Pour la jeunesse, c’est une voie intéressante vers une reconnexion à son intériorité, aux autres, à l’environnement, et éventuellement à quelque chose de plus spirituel ».</p>
<p>La plupart des clients de C&amp;C rencontrés par Le Monde – âgés de 23 à 66 ans – confient avoir voulu jeûner après avoir ressenti un vif besoin de se « recentrer ». « On est tous en quête d’une paix intérieure. Le jeûne opère une mise à jour, tant du corps que de l’esprit. On ne se préoccupe plus de ce que l’on va manger, les pensées vont et viennent, c’est une forme de méditation », raconte, par exemple, Charlotte (les personnes désignées par un prénom ont demandé qu’il soit modifié), 35 ans, qui jongle entre sa vie de famille, son métier de cheffe pâtissière et la création d’une entreprise, dans l’Hérault.</p>
<p>Un régime préventif<br />
Mais tout le monde n’est pas non plus réceptif à la pratique. « Ce séjour m’a permis de souffler, de couper, un temps, du brouhaha quotidien, mais cela ne va pas plus loin », avance pour sa part Angélique, 23 ans, originaire du Beaujolais, qui a tenté l’expérience après une « intense période de travail » et des tensions dans son couple. « Je suis très terre à terre, et je ne peux pas dire que cela m’aide à me recentrer, à ressentir la nature ou les énergies, même si je respecte ceux qui vivent une telle expérience. » Cette jeune peintre en bâtiment a effectué son premier jeûne avec C&amp;C en mai et n’est pas certaine de reproduire l’expérience. « Mais cela m’a donné envie de partir plus souvent de chez moi, de profiter. Je me dis juste que je peux le faire pour moins cher, et en mangeant ! »</p>
<p>Plusieurs clients de C&amp;C disent avoir subi des reproches de la part de membres de leur entourage, craignant qu’ils soient entrés dans une secte. Certains stages de jeûne sont d’ailleurs régulièrement épinglés par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, qui alerte sur les risques d’exploitation d’un état de fragilité induit par la faim. Guillaume Charroin assure pour sa part « refuser tout discours dogmatique. Chacun va vivre une expérience différente, et tout le monde n’en retire pas une conclusion spirituelle ».</p>
<p>Les séjours sont en outre préparés en collaboration avec des médecins. Avant chaque jeûne, tous les participants sont invités à suivre un régime pour habituer le corps à moins manger. Mais le risque zéro n’existe pas, comme cette fois où les équipes de C&amp;C ont dû rompre le jeûne d’une séjournante qui passait son temps à vomir à cause de l’excès de bile provoqué par la faim. L’ordre des médecins continue d’ailleurs de regarder avec méfiance la pratique qui, outre la sensation de faim, peut provoquer des maux de tête importants, des étourdissements, voire des malaises et des troubles du rythme cardiaque.</p>
<p>Guillaume Charroin voudrait néanmoins faire connaître le jeûne à un public large. Montrant les fleurs (locales) dressées sur la table de cuisine de la maison drômoise servant à accueillir les tisanes maison, il insiste : « Le jeûne nous ouvre à une certaine conscience du monde, à un art de vivre. En ces temps de dérèglements à tous les étages de la planète, je suis convaincu qu’il peut nous donner les clés pour prendre soin de nous, des autres et du monde. »</p>
<hr>
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<p>Voir aussi dans la Revue de presse tout le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1659">Le Monde &quot;Nouvelles spiritualités des jeunes&quot; (août 24)</a> <em>(note de la rédaction CLR)</em>.</p>
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<h2>Documents joints</h2>
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<li class="spip-document-item"><a class="spip-document-link" href="/wp-content/uploads/2024/08/240831lemondeune.jpg"><span class="spip-document-thumb-wrap"><img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="150" src="https://laicite-republique.org/wp-content/uploads/2024/08/240831lemondeune-150x150.jpg" class="spip-document-thumb" alt="240831lemondeune.jpg" loading="lazy" /></span><span class="spip-document-title">240831lemondeune.jpg</span> <span class="spip-document-mime">image/jpeg</span></a></li>
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		<title>« La jeunesse vaut bien une messe lente » (Le Monde, 1er-2 sept. 24)</title>
		<link>https://laicite-republique.org/6-la-jeunesse-vaut-bien-une-messe-lente-le-monde-1er-2-sept-24/</link>
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		<pubDate>Sat, 31 Aug 2024 19:16:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Revue de presse (Le Monde, 1er-2 sept. 24) (Le Monde, 1er-2 sept. 24). [Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.] Lire &#34;La jeunesse vaut bien une messe lente&#34;. « Nouvelles spiritualités des jeunes » (6/6). La « Messe qui prend son temps », [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Revue de presse</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>(<i>Le Monde</i>, 1er-2 sept. 24)</strong></p>
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<p>(<i>Le Monde</i>, 1er-2 sept. 24).</p>
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<p>[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
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<p>Lire <a href="https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2024/08/30/la-jeunesse-vaut-bien-une-messe-lente_6299670_3451060.html?random=469620926">&quot;La jeunesse vaut bien une messe lente&quot;</a>.</p>
<p>« Nouvelles spiritualités des jeunes » (6/6). La « Messe qui prend son temps », lancée par des jésuites pour attirer les moins de 35 ans, est une liturgie plus longue, qui laisse plus de place à la méditation et aux interactions. Autour de ce rendez-vous du dimanche soir, d’autres offres se développent, mêlant le spirituel, le social et l’écologie.</p>
<p>Par Gaétan Supertino</p>
<p>Une oreille peu habituée à la liturgie catholique ne percevra peut-être pas dès le départ la différence. Comme dans une messe classique, on y chante Kyrie eleison (« Seigneur, prends pitié », en grec ancien), on y fait des signes de croix, et lorsque le prêtre lance « Le Seigneur soit avec vous », les fidèles répondent en chœur « Et avec votre esprit ». « C’est bien une messe catholique, qui suit le missel romain [trame liturgique validée par le Vatican] », tient à préciser Benoît Thevenon, 33 ans, étudiant aux Facultés Loyola – l’institut d’études supérieures des jésuites, à Paris – et coordinateur général de la « Messe qui prend son temps » (abrégée en « MT »).</p>
<p>Il ne s’agit pourtant pas d’une messe tout à fait comme les autres. La « MT » a été spécialement conçue par la Compagnie de Jésus pour s’adresser à la jeunesse, alors que seuls 30 % des Français de moins de 25 ans se définissent comme « chrétiens » (Odoxa, 2022) – contre 50 % de la population générale –, et qu’à peine 7 % des catholiques de moins de 30 ans vont à la messe le dimanche (d’après une étude de 2018 codirigée par l’Institut catholique de Paris).</p>
<p>La grande innovation de la « MT », qui se tient tous les dimanches à 19 heures dans l’église Saint-Ignace (Paris 6e), est précisément qu’elle « prend son temps ». Alors qu’une messe classique dure environ une heure, celle-ci s’étale sur quatre-vingt-dix minutes. Au milieu de l’office, la liturgie s’arrête net, et fait place au silence. Un déroutant silence de vingt minutes, durant lequel les fidèles sont invités à méditer, seuls, les textes qu’ils ont entendus. Une musique rappelle ensuite les fidèles à leur siège, et chacun est invité à échanger avec ses voisins, par groupes de trois ou quatre, sur ce qui l’a touché durant la cérémonie.</p>
<p>« Une liturgie adaptée »<br />
Une petite révolution : dans un monde catholique où la plupart des activités tournent autour du prêtre et où l’on s’interroge sur les dérives du « cléricalisme » (la concentration des pouvoirs entre les mains des clercs), ici, tous les fidèles sont appelés à s’investir, que ce soit pendant la messe ou en amont, du choix des musiques à la rédaction des prières. « C’est une liturgie adaptée à certaines attentes de notre époque, avec une dimension individuelle – la prière personnelle – et une horizontalité assumées : tout le monde interagit et le clergé n’est pas seul à diriger », résume l’historien Charles Mercier, auteur de L’Eglise, les jeunes et la mondialisation (Bayard, 2020).</p>
<p>Depuis qu’il a pris le poste de coordinateur général il y a trois ans, Benoît Thevenon est à la fois le chef d’orchestre et le visage de la « MT ». Celui qui se destine à devenir prêtre à l’issue de son cursus en philosophie et en théologie tente de maintenir cet esprit de communauté. Tous les dimanches soir, il invite les fidèles à partager un pot, et une fois par mois, un dîner. Il propose aussi un « cadeau » aux nouveaux. « Je leur distribue des Kinder à la sortie, s’amuse-t-il. Cela peut paraître idiot, mais je me dis qu’ils se sentent accueillis. »</p>
<p>Ce Lyonnais d’origine, issu d’une famille pratiquante mais « où l’on ne parlait pas non plus de Jésus tout le temps », doit sa vocation à une « expérience de la solitude ». Après différentes expériences marquantes avec la communauté catholique du Chemin neuf, l’idée de devenir prêtre commence à germer en lui. Il décide néanmoins de mener ses études d’architecte jusqu’au bout. « Je voulais être certain que je ne me lançais pas dans une vie religieuse pour choisir une bande de potes. Je ne voulais pas non plus être celui qui est devenu curé car il ne savait pas quoi faire d’autre », raconte-t-il.</p>
<p>Benoît Thevenon rencontre les jésuites il y a huit ans, à la chapelle de La Sapienza, l’université de Rome où il finit ses études d’architecte. Il décide finalement d’intégrer l’ordre et d’en assumer les conséquences, dont le célibat. « Cela m’a un peu refroidi, j’ai eu besoin d’un peu de temps pour cheminer avec cette idée. Mais j’ai pris conscience que, quoi qu’il advienne, nous sommes fondamentalement seuls sur terre. Célibataire ou non, on expérimente un manque, constitutif de notre être, que personne ne peut combler », raconte celui qui confie avoir eu « deux femmes qui ont compté dans sa vie ». Mais il assure que cette solitude ne lui pèse pas : « C’est une manière différente de nouer des relations. Il y a un désir d’être toujours disponible, et la “MT” participe de ce désir. Je la conçois comme un espace de joie et de consolation. »</p>
<p>« Grand amoureux » de l’Eglise, Benoît Thevenon assure « ne pas être aveugle sur ses limites ». « Il va falloir que l’Eglise fasse rapidement un pas de plus » sur la place des femmes, suggère-t-il notamment. Plusieurs fois dans l’année, il fait appel à une prédicatrice pour commenter les textes liturgiques et introduire la prière. En plus de la possibilité de se confesser auprès d’un prêtre, la « MT » propose des permanences d’écoute avec une religieuse. « Pour certains ou certaines, il est plus simple de se confier à une femme qu’à un homme. Or, il y a peu de lieux où l’on peut rencontrer une femme qui “représente” l’institution sans prendre rendez-vous », note-t-il.</p>
<p>La « Messe qui prend son temps » souffle cette année ses 25 bougies. Née à Paris, inspirée des exercices spirituels d’Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur des jésuites qui invitait à « chercher et trouver Dieu en toutes choses » et à adapter sa foi à son époque, elle se décline aujourd’hui à Toulouse, Lille ou Bordeaux, mais aussi au Royaume-Uni, en Italie, en Suisse et au Canada.</p>
<p>En chute libre après le Covid-19, les effectifs repartent (un peu) à la hausse depuis deux ans. A Paris, environ un millier de fidèles la fréquentent à l’année, soit cent à deux cents par dimanche en moyenne. « La “MT” n’est peut-être pas l’initiative qui réunit le plus de monde, mais elle suscite des engagements forts et durables », souligne l’historien Charles Mercier.</p>
<p>« Tiers-lieu »<br />
Les fidèles ont même un quartier général pour prolonger leurs échanges : la Maison Magis, créée il y a cinq ans par les jésuites et des jeunes de la « MT ». Ce « tiers-lieu » – comme le définissent les fondateurs –, situé non loin de Saint-Ignace, propose différentes activités : en plus de la préparation de la messe, on peut y suivre un accompagnement spirituel auprès des jésuites, animer des ateliers culturels, faire du bénévolat auprès des réfugiés accueillis par l’ONG Jesuit Refugee Service (JRS), intégrer des réseaux d’initiatives écologiques, accéder à un espace de « cowork », ou simplement boire un coup et déguster une bière locale au comptoir du bar tenu par des jeunes fidèles.</p>
<p>Plusieurs jeunes interrogés par Le Monde disent que la « MT » les a « réconciliés » avec la messe. « Quel que soit mon état, je m’y sens bien », observe ainsi Sabine Piveteau. Si elle a reçu une éducation catholique durant son enfance, cette médecin généraliste de 31 ans a rapidement quitté les bancs de l’Eglise en grandissant, trouvant même « rebutant » d’entrer dans une église avant de connaître la « MT ». Ophélie Omnes abonde. Originaire d’un village de l’Essonne, ayant grandi dans une famille pratiquante mais « ouverte », elle a été déçue par la plupart des paroisses qu’elle a fréquentées à Paris. « Quand on est catholique et progressiste, ce n’est pas facile de trouver un groupe dans lequel on peut s’exprimer. En ce sens, la “MT” a été une révélation pour moi », raconte cette consultante en droit et communication de 33 ans.</p>
<p>Reste la question de « l’après ». La « MT » et la Maison Magis sont ouvertes aux moins de 35 ans. Dans les faits, peu de fidèles contreviennent à cette règle, pour l’instant. « On ne jette personne dehors, mais si on devait en arriver à une majorité plus âgée, il faudrait intervenir. L’idée est de garder contact avec les jeunes », reconnaît Benoît Thevenon, qui finira aussi par laisser sa place. Certains nous ont confié qu’ils se sentent prêts à fréquenter une messe classique. Mais tous l’assurent : ils ne pourront plus se contenter d’une attitude passive.</p>
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<p>Voir aussi dans la Revue de presse tout le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1659">Le Monde &quot;Nouvelles spiritualités des jeunes&quot; (août 24)</a> <em>(note de la rédaction CLR)</em>.</p>
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<h2>Documents joints</h2>
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<li class="spip-document-item"><a class="spip-document-link" href="/wp-content/uploads/2024/08/240901lemondeune.jpg"><span class="spip-document-thumb-wrap"><img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="150" src="https://laicite-republique.org/wp-content/uploads/2024/08/240901lemondeune-150x150.jpg" class="spip-document-thumb" alt="240901lemondeune.jpg" loading="lazy" /></span><span class="spip-document-title">240901lemondeune.jpg</span> <span class="spip-document-mime">image/jpeg</span></a></li>
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		<title>Chez les jeunes, « il y a de l’oracle dans l’air » (Le Monde, 27 août 24)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Aug 2024 19:26:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le Monde "Nouvelles spiritualités des jeunes" (août 24)]]></category>
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					<description><![CDATA[Revue de presse (Le Monde, 27 août 24) (Le Monde, 27 août 24). « Astrologie, tarologie, cartomancie… » [Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.] « « Nouvelles spiritualités des jeunes » (1/6). Astrologie, tarologie, cartomancie… Amorcé au moment de la pandémie, le regain [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="spip-surtitre"><strong>Revue de presse</strong></p>
<p class="spip-soustitre"><strong>(<i>Le Monde</i>, 27 août 24)</strong></p>
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<p>(<i>Le Monde</i>, 27 août 24). « Astrologie, tarologie, cartomancie… »</p>
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<p>[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]</p>
<p>« « Nouvelles spiritualités des jeunes » (1/6). Astrologie, tarologie, cartomancie… Amorcé au moment de la pandémie, le regain d’intérêt des générations X et Y pour les pratiques ésotériques témoigne de leur quête d’introspection. »</p>
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<p>Lire <a href="https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2024/08/25/les-nouveaux-oracles-ce-moyen-d-acceder-a-soi-un-peu-differemment-qui-enthousiasme-les-generations-x-et-y_6294855_3451060.html">&quot;Les nouveaux oracles, ce « moyen d’accéder à soi un peu différemment » qui enthousiasme les générations X et Y&quot;</a>.</p>
<p>Nouvelles spiritualités des jeunes — 1/6 — Astrologie, tarologie, cartomancie… Amorcé au moment de la pandémie, le regain d’intérêt des générations X et Y pour les pratiques ésotériques témoigne de leur quête d’introspection</p>
<p>Par Charlotte Bozonnet</p>
<p>Sous l’enseigne lumineuse « Bonne aventure », un épais rideau de velours violet isole la petite cabine du brouhaha ambiant. A l’intérieur, Louise tire les cartes à Max, la trentaine, cheveux châtains et pardessus kaki, venu avec une de ses amies, Romane (tous les deux ont souhaité que leur prénom soit modifié). « Il y a l’idée d’un combat, quelque chose de pernicieux dont vous devez vous débarrasser, car il vous contraint, vous maintient à l’étroit », explique Louise en posant sur la table une carte de tarot représentant un serpent enroulé autour d’un glaive. Max, concentré, opine de la tête : « Ce que ça veut dire pour moi est très clair. »</p>
<p>Depuis 2021, Louise Térive – son nom est un pseudonyme – reçoit, chaque jeudi et vendredi soir, à Ground Control, une ancienne halle de la SNCF, devenue un lieu branché du 12e arrondissement de Paris, où la jeunesse vient dîner, boire une bière, jouer au ping-pong, flâner dans la librairie et chez le disquaire, fureter au milieu des fripes mais aussi, donc, se faire tirer les cartes et lire son thème astral.</p>
<p>Dans le public, pas vraiment de doux rêveurs, ni d’originaux en marge, mais plutôt des étudiants et des jeunes cadres travaillant dans la capitale. « C’est la majorité des personnes qui viennent me voir ici », confirme la cartomancienne et astrologue de 39 ans, longs cheveux bouclés. Il faut dire que l’exercice a un coût : comptez 25 euros pour un tirage ou une lecture flash, de quinze minutes, et 80 euros pour une consultation de cartomancie d’une heure. Un prix que certains amateurs n’hésitent pas à payer.</p>
<p>Tous les milieux<br />
En hausse depuis l’épidémie de Covid-19, l’engouement pour l’astrologie, la cartomancie et la tarologie ne retombe pas. Selon une enquête IFOP réalisée en 2022 auprès de quelque 2 000 jeunes, 61 % des 11-24 ans croient à, au moins, une parascience (astrologie, cartomancie, lignes de la main…). Plus précisément, 50 % croient à l’explication des caractères par les signes astrologiques ; 38 % dans les prédictions des médiums ; 33 % aux lignes de la main ; 27 % à la cartomancie. Et cet attrait pour ces pratiques, qui relèvent de la croyance et ne reposent sur aucune vérité scientifique, touche tous les milieux.</p>
<p>Louise Térive, elle, a eu le déclic peu avant ses 18 ans en découvrant le thème astral que sa mère avait fait réaliser lorsqu’elle est née. Simple cadeau de naissance dans cette famille sans pratique religieuse, le document en forme d’accordéon, sur lequel s’entremêlent planètes, signes, maisons et aspects, est une révélation pour la jeune fille. « J’y ai lu beaucoup de choses précises, justes et éclairantes sur moi. J’ai reconnu mes contradictions intérieures entre un côté lié à l’imaginaire et un autre très cartésien, que j’ai souvent eu du mal à concilier. Le voir écrit noir sur blanc m’a procuré un vrai soulagement », raconte la jeune femme.</p>
<p>L’astrologie et la cartomancie ne sont alors qu’un hobby dans sa vie. Louise est inscrite en master d’histoire de l’art à la Sorbonne qu’elle obtient en 2013. Après ses études, elle est artiste plasticienne et exerce des boulots alimentaires pour payer ses factures. Mais, en 2020, confinée comme toute la France, elle lit une petite annonce pour travailler pour une plate-forme téléphonique de voyance. L’expérience ne dure que six mois, mais elle lui fait prendre conscience que cela peut être un métier. Ainsi, depuis 2021, en plus de consultations privées et de participations à des événements pour des grandes marques, Louise Térive est présente, deux soirs par semaine, à Ground Control. Cette activité lui rapporte environ 1 000 euros par mois pour l’équivalent d’un mi-temps.</p>
<p>« Un accompagnement », sans déterminisme<br />
« On vit dans une société qui est confrontée à de nombreux questionnements existentiels. Face à cela, il y a un désir de créer des spiritualités affranchies des dogmatismes », estime la jeune femme en référence au déclin des croyances religieuses traditionnelles qui traverse les sociétés occidentales. Pour elle, si les jeunes manifestent un regain d’intérêt pour les pratiques ésotériques, c’est parce qu’elles représentent « un moyen d’accéder à soi un peu différemment ». Loin de l’image de la voyante lisant un avenir tout tracé dans une boule de cristal, la jeune femme revendique une pratique « moderne », un « accompagnement » dont on aurait évacué toute idée de déterminisme.</p>
<p>Apparue en Mésopotamie trois mille ans avant notre ère, l’astrologie, fondée sur l’observation du ciel, est prise très au sérieux jusqu’au XVIIe siècle. Sa remise en question a lieu au siècle des Lumières. En France, Colbert, ministre de Louis XIV, interdit son enseignement dans les universités. Sociologue et auteur de Prédire. L’astrologie au XXIe siècle en France (Fayard, 2013), Arnaud Esquerre, directeur de recherche au CNRS, rappelle que le recours à l’astrologie est une constante : « C’est une manière de se projeter dans l’avenir, une façon de réduire l’incertitude, qu’elle soit professionnelle ou affective. » Et « sa pratique ne cesse d’évoluer avec la société ».</p>
<p>S’incarnant de nos jours principalement sous la forme d’horoscopes ou de consultations d’astrologues « professionnels », encore genrée, plus utilisée par les femmes que par les hommes, l’astrologie s’est beaucoup diffusée ces dernières années auprès des jeunes par le biais des applications proposant des horoscopes et des thèmes astraux mais aussi des comptes Instagram spécialisés dans cette croyance.</p>
<p>Théodore Fachan, 34 ans, astrologue queer, s’est fait connaître avec son podcast « Z comme Zodiaque », lancé en 2018, qui s’adresse autant aux initiés qu’aux débutants. Pâtissier et cofondateur du café Contresort, dans le 18e arrondissement de Paris, il n’est pas surpris par l’engouement actuel. « On vit une époque complexe, peut-être pas plus que les précédentes, mais on est tellement informés qu’il est difficile de s’en extraire. L’urgence climatique, l’incertitude géopolitique, les inégalités… Tout cela donne envie de se connecter à quelque chose de plus grand que soi, d’essayer de trouver du sens », estime ce diplômé de Sciences Po.</p>
<p>“Une suspension d’incrédulité”<br />
Là non plus, pas question de déterminisme. « On peut tirer les cartes le matin et aller manifester l’après-midi pour le climat », dit-il. Pas de naïveté non plus dans la démarche. « Pendant une heure trente [le temps d’une lecture de thème astral], on opère une “suspension d’incrédulité”, c’est-à-dire que l’on accepte de vivre une fiction comme si c’était la réalité, comme on le fait au cinéma ou lorsqu’on lit un livre », précise-t-il.</p>
<p>Ce féru d’astrologie depuis l’enfance regrette toutefois que le secteur soit si mal réglementé, citant notamment la persistance des plates-formes de voyance par téléphone, dont l’objectif est de garder les clients le plus longtemps en ligne et de faire ainsi grimper la facture.</p>
<p>A Ground Control, Louise Térive s’est tournée vers Romane. L’élégante trentenaire, blazer rouge et gobelet de bière à la main, tire la carte de la force : une jeune femme domptant un lion. « Beaucoup d’énergie s’en dégage et il est parfois difficile de ne pas se disperser. L’enjeu : comment apprivoiser son lion ? Si l’on gère mal son énergie, il y a le risque de burn-out, mais on peut aussi tomber dans un côté control freak [« maniaque du contrôle »] », explique Louise. Max, à son côté, se marre. Il reconnaît bien son amie dans cette description et refera probablement un tirage dans trois mois, l’occasion de partager des « moments intimes » entre amis.</p>
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<p>Voir aussi dans la Revue de presse tout le dossier <a href="https://laicite-republique.org/?cat=1659">Le Monde &quot;Nouvelles spiritualités des jeunes&quot; (août 24)</a> <em>(note de la rédaction CLR)</em>.</p>
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<li class="spip-document-item"><a class="spip-document-link" href="/wp-content/uploads/2024/08/240827lemondeune.jpg"><span class="spip-document-thumb-wrap"><img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="150" src="https://laicite-republique.org/wp-content/uploads/2024/08/240827lemondeune-150x150.jpg" class="spip-document-thumb" alt="240827lemondeune.jpg" loading="lazy" /></span><span class="spip-document-title">240827lemondeune.jpg</span> <span class="spip-document-mime">image/jpeg</span></a></li>
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